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18 juin 2016

Ils meurent tous avant d’être dénoncés, en Grande-Bretagne comme en France…Ce criminel, Clement Freud, partageait le même bureau que Cyril Smith, député libéral comme lui, mort en 2010, et objet de 144 plaintes pour viol, mais jamais poursuivi grâce à l’appui du MI5, les services secrets de Sa Majesté.

J’emprunte à BFM TV ce papier repris de la presse britannique :

En plus d’être le petit-fils du psychanalyste le plus célèbre de l’histoire, Clement Freud était une vedette de la scène culinaire et de la vie politique britanniques. Il se retrouve aujourd’hui accusé, à titre posthume, d’être un pédophile.

Après l’animateur Jimmy Savile en 2012, ou encore le comédien Rolf Harrisen 2014, plusieurs femmes accusent de pédophilie une autre figure bien connue des Britanniques: Clement Freud. Ce petit-fils du célèbre psychanalyste Sigmund Freud est mort en 2009. Il a été pendant plusieurs décennies un des animateurs et chefs cuisiniers médiatiques préférés du public. Il a également été pendant quatorze ans, entre 1973 et 1987, un député du parti libéral à la Chambre des Communes.

Les deux témoignages qui lancent l’affaire

C’est un documentaire produit pour la chaîne ITV qui a mis le feu au poudre.Le Telegraph s’en fait ici l’écho. Sylvia Woosley, aujourd’hui âgée de plus de soixante-dix ans, y raconte qu’après avoir sympathisé avec ses parents alors qu’il travaillait comme manager des cuisines du célèbre hôtel Martinez de Cannes, il a commencé à abuser d’elle alors qu’elle n’avait que dix ans.

En 1952, une crise traversée par le couple de ses parents conduit sa mère…à l’envoyer vivre chez Freud. Là, les sévices reprennent. Il lui faudra attendre ses 19 ans pour réussir à s’enfuir.

Une deuxième femme accuse, sous couvert d’anonymat, Clement Freud de viol. Elle assure que Freud a débuté ses attouchements quand elle avait onze ans. Il l’aurait ensuite violée alors qu’elle avait environ dix-huit ans.

Selon elle, l’acte a été si violent qu’elle a saigné pendant une semaine. Il était alors député et travaillait dans le même bureau que Cyril Smith, lui-même convaincu de pédophilie depuis.

Freud soupçonné d’être lié à l’enlèvement de Maddie

Les secousses provoquées par ces révélations vont déjà loin. Elles relancent même l’enquête autour de la disparition de la petite Maddie McCann au Portugal en 2007. Clement Freud disposait en effet d’une villa à Praia Da Luz, lieu où la petite fille s’est volatilisée. Dans les semaines qui avaient suivi la perte de Maddie, Freud s’était rapproché des parents McCann, gardant même le contact avec eux.

Ils ont fait part de leur « horreur » après avoir découvert les accusations contre Clement Freud. Un des fils de celui-ci précise cependant que son père n’était pas au Portugal au moment des faits.

Les cas s’accumulent

Les choses ne semblent pas destiner à en rester là pour Clement Freud en tout cas. Une troisième femme, Vicky Hayes, s’ajoute à la liste de ses anciennes victimes présumées, comme l’illustre le Guardian. C’est dans les années 60 que le restaurant de fruits de mer de son père a reçu la visite de ce visage incontournable de la scène culinaire anglaise. Vicky Hayes avait alors quatorze ans. Elle déclare que c’est trois ans plus tard que Clement Freud l’a violée.

Le nom du descendant du fondateur de la psychanalyse a été cité devant les policiers plusieurs fois en 2010 et en 2012. Mais pour le moment, il n’a pas retenu l’attention des enquêteurs.

Sylvia Woosley a confié le récit de ses retrouvailles avec Freud qui ont eu lieu une vingtaine d’années après qu’elle a fui sa maison. La discussion prend place à la Chambre des Communes. A la question de Sylvia lui demandant: « Pourquoi moi? », Freud s’était permis de répondre: « Parce que je t’aimais. Tu étais une petite fille très sensuelle. »

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17 juin 2016

Cette affaire illustre le traitement de l’information à deux vitesses dans la presse française.

Un directeur de service du ministère de la Justice a été mis en examen et placé en détention provisoire mercredi pour viol, révèle l’Express Selon Libération, citant Europe 1, le chef de département aurait abusé d’une femme à la suite d’un déjeuner de travail «très arrosé». Les faits se seraient déroulés la semaine dernière dans les toilettes d’un restaurant situé au cœur d’un centre commercial d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), à deux pas d’une annexe de la chancellerie.

Europe 1 précise que le déjeuner avait pour objet «la négociation d’une prestation de service entre le ministère et l’entreprise pour laquelle travaille la victime». En garde à vue, le cadre de la chancellerie a reconnu «connaître la plaignante», mais a farouchement nié les accusations portées. Le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire «pour viol» et l’auteur présumé a été placé en détention provisoire.

Contacté par Libération, le ministère de la Justice indique que «les faits ont été signalés dès le 6 juin au procureur, conformément aux dispositions de l’article 40 du code de procédure pénal». Ajoutant que le mis en cause était désormais «en congés d’office».

Joint dans la matinée par L’Express, le ministère de la Justice assure « ne pas avoir d’information » sur le sujet.

Remarques :

-L’identité du violeur présumé n’est pas indiquée. Dans le scandale Franck Lavier, cet acquitté d’Outreau mis en examen la semaine dernière pour viol et agressions sexuelles sur sa fille mineure, de nombreux médias avaient publié le prénom de la victime sans aucun respect de sa minorité. Ici, ils n’exigent pas l’identité d’un violeur présumé. Les 207 journalistes membres de l’association de la presse judiciaire n’ont donc pas cru bon d’exiger cette information de la Chancellerie.

-La Chancellerie « n’a pas d’information » pour l’Express, mais en donne à Libération.

-Le ministère de la Justice conclut à une « mise en congés d’office », sans nous dire si elle signifie le maintien du salaire du présumé criminel (le viol est un crime relevant des Assises). Une éventuelle saisie conservatoire jusqu’à un renvoi aux Assises n’est pas évoquée.

-Ni Le Monde ni Le Figaro ne parlent de cette affaire gravissime, sauf erreur de lecture de ma part sur leurs sites internet.

Conclusion : près de quatre siècles après, l’adage de Jean de la Fontaine reste d’actualité. « Selon que vous serez puissant ou misérable, etc » (Les animaux malades de la peste), et la « grande » presse reste la même. On comprend mieux, si besoin, les obstacles des enfants victimes de viols pour se faire entendre.

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13 juin 2016
La confraternité exclut la complicité face à notre déontologie de journalistes. C’est pourquoi je signale pour les regretter les manquements à ce principe du quotidien Le Monde dans la nouvelle affaire Lavier. J’en dénombre trois:

1- sur le monde.fr, ce lundi 13 juin à 20H00, toujours RIEN sur la mise en examen à Boulogne-sur-Mer de Franck Lavier hier pour viol par ascendant et agressions sexuelles par ascendant sur sa fille de 16 ans. N’est-ce pas ce qu’on appelle un mensonge par omission ? Ou une autocensure ? Si quelqu’un a trouvé l’info quelque part, dites-le moi et je retirerai ce paragraphe.

2- la seule info de ce journal remonte à mercredi, avec deux fautes professionnelles: la première, avec la publication du prénom de la jeune victime. Je ne l’avais pas donné ici. Mais désormais ce prénom est dans tous les médias dont on partage la publication sur facebook.

3- la seconde faute: M. Lavier n’a pas été relaxé en 2005 mais acquitté aux assises des Paris, contrairement au titre. La relaxe concerne la correctionnelle.

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12 juin 2016

Vous avez été plus de soixante enfants cités comme victimes présumées de viols dans les 30.000 pages du dossier judiciaire à Outreau.
Seuls 12 d’entre vous ont été reconnus comme telles et indemnisés
aux assises en 2005.
La jeune C., 16 ans, a osé parler. Son père, Franck Lavier, a été mis en examen pour viol, agressions sexuelles, et laissé en liberté sous contrôle judiciaire, mais avec interdiction de retourner au domicile familial.
Vos silences jusqu’ici s’expliquent : la peur, la honte, les menaces, l’amnésie post-traumatique, toutes les victimes les éprouvent à des degrés divers. Elles forment un mur entre vos blessures indélébiles et l’envie de les révéler à la face d’un monde qui vous semble indifférent.
Mais non, vous n’êtes pas seuls ! C. a ouvert la voie, il ne tient qu’à vous de vous y engouffrer pour faire sauter le barrage qui retient les immondices dans le cloaque du silence.
Vos prédateurs ont peur, sachez-le, et ceux qui les défendent tremblent.
Nous seront de plus en plus nombreux à vous soutenir.
Un autre victime va bientôt sauter le pas et imiter C., selon mes informations. Je ne puis en dire plus pour d’évidentes raisons.
Levez-vous en masse, et faites sortir la vérité de son puits !.

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Voici un article de J. Cuvillier, publié sur Médiapart. La vidéo de Jonathan est sur mon Facebook depuis une semaine.

 

12 JUIN 2015 |  PAR JACQUES CUVILLIER

Après le verdict, Jonathan a livré ses impressions. Ceux qui ont trouvé intelligent d’insinuer que les enfants Delay avaient été en quelque sorte « instrumentalisés », « manipulés », mus par des motivations inavouables sombrent dans le ridicule.  Je reproduis ci-dessous l’intégralité de l’interview que Jonathan a accordé pour les sites Pedopolis et Donde Vamos. Sans autre commentaire.

PP : Jonathan, bonjour

Jonathan : Bonjour

PP : Nous sortons des 3 semaines de procès de Daniel Legrand, il vient d’être acquitté. Déjà, comment vous sentez-vous ?

Jonathan : J’ai pris une claque, après qu’on nous ait annoncé le verdict. Un verdict que je n’ai pas compris mais que j’accepte, parce que je n’ai pas d’autre choix que de l’accepter. Ce que je trouve regrettable c’est qu’on ne nous ait pas lu les conclusions des jurés, le pourquoi il ont décidé de l’acquitter. Je me suis renseigné auprès de mon avocat, et la conclusion apparemment fait 3 pages où il n’y a quasiment rien. Donc ils l’ont acquitté sur le doute, parce qu’il y avait des éléments mais pas assez pour pouvoir le condamner

Donde : Tu te sens un petit peu seul ? Tu t’es senti un petit peu soutenu dans tout ce combat ?

Jonathan : Oui j’avais énormément de monde qui était là pour me soutenir. J’ai reçu énormément de messages. Je pense avoir répondu à plus de 10.000 messages de soutien. A force j’ai fait des messages groupés parce que bon, je ne peux pas répondre personnellement à tous les messages un par un c’est pas possible. Mais oui il y avait beaucoup beaucoup beaucoup de personnes qui étaient là. Et même les personnes qui n’étaient pas présentes relayaient les informations et m’envoyaient des messages de soutien et pour moi c’est très important. Ils m’ont accompagné dans cette épreuve qui a duré 3 semaines, et voilà j’en suis très content.

PP : Est-ce que vous pensez que le procès s’est déroulé dans de bonnes conditions ?

Jonathan : De mon point de vue personnel oui dans de très bonnes conditions, parce que ça m’a permis d’être entendu, et comme je l’avais expliqué déjà dans d’autres interviews, ça m’a permis de déposer un poids, un poids que je traîne depuis maintenant presque10 ans, voir 15 ans, et j’ai déposé ce poids à la barre, et je suis reparti sans, je suis reparti libre, et ça c’était très très important.

Et en deuxième point, ce qui est malheureux c’est que je suis venu chercher mon statut de victime. Un statut qu’on ne m’a jamais donné, qui a été reconnu judiciairement mais par le déroulement des 2 anciens procès, un à Saint-Omer et un à Paris, qui ne m’a jamais été donné ; et ce que je trouve malheureux c’est que j’ai du moi-même venir le chercher, parce qu’il n’y a personne qui me l’aurai donné, c’est ça qui est malheureux. Donc je suis venu le récupérer moi.

Donde/PP : Est-ce qu’il a des choses qui t’ont semblé anormales pendant le procès ?

Jonathan : En premier point, sur la plaidoirie de l’avocat général, je regrette vraiment et je trouve ça honteux de sa part, sa plaidoirie je la trouve honteuse, notamment parce que depuis le début du procès, il n’a posé aucune question à charge contre Daniel Legrand, et aucune question qui est en faveur de la partie civile. Donc de mon point de vue personnel je savais déjà qu’il était là pour l’acquittement, et d’ailleurs je ne suis pas la seule personne qui l’a remarqué. Il nous a manqué de respect, à moi-même personnellement, à mes frères, en caricaturant la parole de mes frères, en osant prétendre et en s’excusant publiquement devant Daniel Legrand, en lui disant qu’il ne comprend pas comment Chérif a pu dire que lui-même a été victime de son propre père ; son père est décédé mais à la rigueur ça c’est pas le problème, mais moi je trouve ça honteux. Et il a manqué de respect à toutes les personnes qui m’ont soutenu, à toutes les personnes qui travaillent dans des associations pour la protection de l’enfance, à toutes les victimes qui ont pu regarder le procès et qui ont pu suivre ça de prêt mais qui jusqu’à maintenant n’ont jamais trouvé la force de pouvoir parler, et ça je trouve ça vraiment honteux de sa part. Vraiment.

PP : On a vu un « expert » québécois qui a remis sur le tapis la théorie des faux souvenirs. Qu’est ce que tu penses de tous ses arguments, de faux souvenirs, de souvenirs reconstruits, d’erreurs en fait ?

 Jonathan : Je trouve sa théorie complètement minable, minable parce qu’en règle générale il n’était pas là. Nous ce qu’on a pu raconter c’est impossible de l’inventer, et ce qui est intéressant c’est que le tribunal nous avait accordé de diffuser mes auditions quand j’étais plus jeune. Je pense que ça a pu contrecarrer les propos de cet expert ; et je ne comprends pas comment il peut faire part de sa théorie, d’ailleurs une théorie qui n’a jamais été trouvée. Il a soit disant fait une thèse on ne sait pas où elle est ; et on ne connaît pas ses sources, On ne sait pas sur quoi il s’appuie, on ne connaît rien de lui …

Donde : D’après toi c’est une théorie qui sert à discréditer les victimes seulement ? Toi en tant que victime tu trouves que c’est vraiment aberrant ou qu’il y a peut-être un fond de vérité dans ce qu’a raconté cet expert ?

 Jonathan : Non c’est minable ce qu’il raconte. Et moi d’ailleurs ça m’a mis un peu sur le cul, parce qu’on ne peux pas se permettre d’émettre de tels propos alors que personnellement il ne nous connais pas, personnellement il ne nous a jamais expertisé, personnellement il ne connaît pas notre histoire, et c’est un manque de respect aussi par rapport à tous les experts qui nous ont vu, tous les médecins qui nous ont vu, ça remet limite en question notre statut de victime, et ça c’est aberrant. C’est aberrant, de sa part c’est aberrant.

PP : Un argument qui revient très souvent dans la bouche de la défense c’est que tu es manipulé par ton entourage. Qu’est-ce que tu as à répondre à ça ?

 Jonathan : c’est un peu gros. En précisant que la plupart des gens qui me soutiennent, bien sûr n’étaient pas là au moment des faits. Ils ont suivi l’histoire comme tout le monde et je ne me sens pas manipulé pour ma part, je ne me sens pas manipulé. Et qu’on puisse prétendre que … Je ne vois pas. Je ne vois pas comment on peux me manipuler, je suis quelqu’un qui est très méfiant de base, et je me laisse difficilement approcher, et moi-même je le sais parce que c’est ma façon de fonctionner mais ….C’est basé sur aucun fondement, aucun.

PP : Est-ce que tu aurais quelques conseils à donner ou quelque chose de particulier pour les victimes qui hésitent à aller en justice, à se déclarer, à porter plainte ?

 Jonathan : Je l’ai déjà fait dans de précédentes interviews ; laisser un message et un encouragement peut-être. Moi je l’ai fait il y a très longtemps, et je peux comprendre que c’est dur. Et si ils arrivent un jour à essayer de crever l’abcès qui pourra leur permettre de pouvoir balancer les choses, moi je l’ai fait et ça fait un bien fou. Après il y a tout ce système de déni ; c’est dramatique. Je pense qu’ils ne se rendent pas compte sur le moment mais ça viendra un jour, et je les incite vraiment à le faire parce qu’il faut extérioriser tout ça, c’est un soulagement, c’est une délivrance, mais bon pour le moment ils n’en sont pas à ce stade mais je les encourage vraiment à le faire, parce que ça fait un bien fou.

PP : Est-ce qu’il y a quelque chose d’autre d’important que tu veux nous dire ? Quelque chose qu’on ne t’a pas demandé, ou que tu veux ajouter ?

Donde : Quelque chose sur le procès ? Qu’est que tu as envie de dire, pour toi, pour tes frères, pour la justice, pour ce pays ?

Jonathan : Je suis très content d’avoir partagé ces 3 semaines de procès, notamment parce que c’était un devoir, c’est un combat, et je suis très content d’avoir pu déposer à la barre, je suis très content que Dimitri ai eu la force de le faire, je suis très content que Chérif ai pu le faire ; j’ai été ému par leurs dépositions, et je pense qu’il y a certaines personnes qui ne réalisent pas ce que ça fait de se retrouver à la barre 10 ans après. Nous on nous pose des questions, mais ils n’ont pas l’impact que ça a de creuser dans sa mémoire après tant d’années. Voilà, j’ai pu partager certains moments avec mes frères, j’ai pu discuter avec eux, j’ai pu retrouver Chérif après 2 ans et demi d’absence, j’ai pu retrouver Dimitri après 2 ans d’absence. Et aujourd’hui ça va … ce procès est terminé, je l’ai malheureusement perdu mais, je l’ai perdu aux yeux de la justice mais je l’ai gagné par mon courage, par celui de mes frères, et aujourd’hui ça va nous permettre de nous rassembler. On a passé notre temps à se déchirer, parce qu’on ne se connaissait pas. Ça fait peut-être 2 ou 3 ans qu’on essaye de se découvrir, qu’on essaye de se connaître, parce qu’on s’est toujours connu dans un contexte de violence, de maltraitance, de beaucoup de choses, et j’espère qu’on pourra continuer d’avancer loin de tout ça et essayer de tourner la page, continuer de se reconstruire parce que c’est vraiment important, et voilà, si je peux leur adresser un petit message : merci. Merci à eux, merci à toutes les personnes qui ont soutenu, merci à toutes ces associations, merci à tout ceux qui sont sur le terrain, merci à toutes les personnes qui se battent. C’est en continuant sur ce terrain qu’on avancera et un jour toutes ces personnes paieront, et voilà on a perdu aujourd’hui on gagnera demain, pour moi c’est le principal.

Donde : Le combat n’est pas terminé quelque part

 Jonathan : Le combat n’est pas terminé, ça fait 10 ans que je me bat et c’est pas terminé, c’est très très loin d’être terminé …

 

Après Outreau Jonathan conteste les « faux souvenirs »

12 JUIN 2015 |  PAR JACQUES CUVILLIER

Après le verdict, Jonathan a livré ses impressions. Ceux qui ont trouvé intelligent d’insinuer que les enfants Delay avaient été en quelque sorte « instrumentalisés », « manipulés », mus par des motivations inavouables sombrent dans le ridicule.  Je reproduis ci-dessous l’intégralité de l’interview que Jonathan a accordé pour les sites Pedopolis et Donde Vamos. Sans autre commentaire.

PP : Jonathan, bonjour

Jonathan : Bonjour

PP : Nous sortons des 3 semaines de procès de Daniel Legrand, il vient d’être acquitté. Déjà, comment vous sentez-vous ?

Jonathan : J’ai pris une claque, après qu’on nous ait annoncé le verdict. Un verdict que je n’ai pas compris mais que j’accepte, parce que je n’ai pas d’autre choix que de l’accepter. Ce que je trouve regrettable c’est qu’on ne nous ait pas lu les conclusions des jurés, le pourquoi il ont décidé de l’acquitter. Je me suis renseigné auprès de mon avocat, et la conclusion apparemment fait 3 pages où il n’y a quasiment rien. Donc ils l’ont acquitté sur le doute, parce qu’il y avait des éléments mais pas assez pour pouvoir le condamner

Donde : Tu te sens un petit peu seul ? Tu t’es senti un petit peu soutenu dans tout ce combat ?

Jonathan : Oui j’avais énormément de monde qui était là pour me soutenir. J’ai reçu énormément de messages. Je pense avoir répondu à plus de 10.000 messages de soutien. A force j’ai fait des messages groupés parce que bon, je ne peux pas répondre personnellement à tous les messages un par un c’est pas possible. Mais oui il y avait beaucoup beaucoup beaucoup de personnes qui étaient là. Et même les personnes qui n’étaient pas présentes relayaient les informations et m’envoyaient des messages de soutien et pour moi c’est très important. Ils m’ont accompagné dans cette épreuve qui a duré 3 semaines, et voilà j’en suis très content.

PP : Est-ce que vous pensez que le procès s’est déroulé dans de bonnes conditions ?

Jonathan : De mon point de vue personnel oui dans de très bonnes conditions, parce que ça m’a permis d’être entendu, et comme je l’avais expliqué déjà dans d’autres interviews, ça m’a permis de déposer un poids, un poids que je traîne depuis maintenant presque10 ans, voir 15 ans, et j’ai déposé ce poids à la barre, et je suis reparti sans, je suis reparti libre, et ça c’était très très important.

Et en deuxième point, ce qui est malheureux c’est que je suis venu chercher mon statut de victime. Un statut qu’on ne m’a jamais donné, qui a été reconnu judiciairement mais par le déroulement des 2 anciens procès, un à Saint-Omer et un à Paris, qui ne m’a jamais été donné ; et ce que je trouve malheureux c’est que j’ai du moi-même venir le chercher, parce qu’il n’y a personne qui me l’aurai donné, c’est ça qui est malheureux. Donc je suis venu le récupérer moi.

Donde/PP : Est-ce qu’il a des choses qui t’ont semblé anormales pendant le procès ?

Jonathan : En premier point, sur la plaidoirie de l’avocat général, je regrette vraiment et je trouve ça honteux de sa part, sa plaidoirie je la trouve honteuse, notamment parce que depuis le début du procès, il n’a posé aucune question à charge contre Daniel Legrand, et aucune question qui est en faveur de la partie civile. Donc de mon point de vue personnel je savais déjà qu’il était là pour l’acquittement, et d’ailleurs je ne suis pas la seule personne qui l’a remarqué. Il nous a manqué de respect, à moi-même personnellement, à mes frères, en caricaturant la parole de mes frères, en osant prétendre et en s’excusant publiquement devant Daniel Legrand, en lui disant qu’il ne comprend pas comment Chérif a pu dire que lui-même a été victime de son propre père ; son père est décédé mais à la rigueur ça c’est pas le problème, mais moi je trouve ça honteux. Et il a manqué de respect à toutes les personnes qui m’ont soutenu, à toutes les personnes qui travaillent dans des associations pour la protection de l’enfance, à toutes les victimes qui ont pu regarder le procès et qui ont pu suivre ça de prêt mais qui jusqu’à maintenant n’ont jamais trouvé la force de pouvoir parler, et ça je trouve ça vraiment honteux de sa part. Vraiment.

PP : On a vu un « expert » québécois qui a remis sur le tapis la théorie des faux souvenirs. Qu’est ce que tu penses de tous ses arguments, de faux souvenirs, de souvenirs reconstruits, d’erreurs en fait ?

 Jonathan : Je trouve sa théorie complètement minable, minable parce qu’en règle générale il n’était pas là. Nous ce qu’on a pu raconter c’est impossible de l’inventer, et ce qui est intéressant c’est que le tribunal nous avait accordé de diffuser mes auditions quand j’étais plus jeune. Je pense que ça a pu contrecarrer les propos de cet expert ; et je ne comprends pas comment il peut faire part de sa théorie, d’ailleurs une théorie qui n’a jamais été trouvée. Il a soit disant fait une thèse on ne sait pas où elle est ; et on ne connaît pas ses sources, On ne sait pas sur quoi il s’appuie, on ne connaît rien de lui …

Donde : D’après toi c’est une théorie qui sert à discréditer les victimes seulement ? Toi en tant que victime tu trouves que c’est vraiment aberrant ou qu’il y a peut-être un fond de vérité dans ce qu’a raconté cet expert ?

 Jonathan : Non c’est minable ce qu’il raconte. Et moi d’ailleurs ça m’a mis un peu sur le cul, parce qu’on ne peux pas se permettre d’émettre de tels propos alors que personnellement il ne nous connais pas, personnellement il ne nous a jamais expertisé, personnellement il ne connaît pas notre histoire, et c’est un manque de respect aussi par rapport à tous les experts qui nous ont vu, tous les médecins qui nous ont vu, ça remet limite en question notre statut de victime, et ça c’est aberrant. C’est aberrant, de sa part c’est aberrant.

PP : Un argument qui revient très souvent dans la bouche de la défense c’est que tu es manipulé par ton entourage. Qu’est-ce que tu as à répondre à ça ?

 Jonathan : c’est un peu gros. En précisant que la plupart des gens qui me soutiennent, bien sûr n’étaient pas là au moment des faits. Ils ont suivi l’histoire comme tout le monde et je ne me sens pas manipulé pour ma part, je ne me sens pas manipulé. Et qu’on puisse prétendre que … Je ne vois pas. Je ne vois pas comment on peux me manipuler, je suis quelqu’un qui est très méfiant de base, et je me laisse difficilement approcher, et moi-même je le sais parce que c’est ma façon de fonctionner mais ….C’est basé sur aucun fondement, aucun.

PP : Est-ce que tu aurais quelques conseils à donner ou quelque chose de particulier pour les victimes qui hésitent à aller en justice, à se déclarer, à porter plainte ?

 Jonathan : Je l’ai déjà fait dans de précédentes interviews ; laisser un message et un encouragement peut-être. Moi je l’ai fait il y a très longtemps, et je peux comprendre que c’est dur. Et si ils arrivent un jour à essayer de crever l’abcès qui pourra leur permettre de pouvoir balancer les choses, moi je l’ai fait et ça fait un bien fou. Après il y a tout ce système de déni ; c’est dramatique. Je pense qu’ils ne se rendent pas compte sur le moment mais ça viendra un jour, et je les incite vraiment à le faire parce qu’il faut extérioriser tout ça, c’est un soulagement, c’est une délivrance, mais bon pour le moment ils n’en sont pas à ce stade mais je les encourage vraiment à le faire, parce que ça fait un bien fou.

PP : Est-ce qu’il y a quelque chose d’autre d’important que tu veux nous dire ? Quelque chose qu’on ne t’a pas demandé, ou que tu veux ajouter ?

Donde : Quelque chose sur le procès ? Qu’est que tu as envie de dire, pour toi, pour tes frères, pour la justice, pour ce pays ?

Jonathan : Je suis très content d’avoir partagé ces 3 semaines de procès, notamment parce que c’était un devoir, c’est un combat, et je suis très content d’avoir pu déposer à la barre, je suis très content que Dimitri ai eu la force de le faire, je suis très content que Chérif ai pu le faire ; j’ai été ému par leurs dépositions, et je pense qu’il y a certaines personnes qui ne réalisent pas ce que ça fait de se retrouver à la barre 10 ans après. Nous on nous pose des questions, mais ils n’ont pas l’impact que ça a de creuser dans sa mémoire après tant d’années. Voilà, j’ai pu partager certains moments avec mes frères, j’ai pu discuter avec eux, j’ai pu retrouver Chérif après 2 ans et demi d’absence, j’ai pu retrouver Dimitri après 2 ans d’absence. Et aujourd’hui ça va … ce procès est terminé, je l’ai malheureusement perdu mais, je l’ai perdu aux yeux de la justice mais je l’ai gagné par mon courage, par celui de mes frères, et aujourd’hui ça va nous permettre de nous rassembler. On a passé notre temps à se déchirer, parce qu’on ne se connaissait pas. Ça fait peut-être 2 ou 3 ans qu’on essaye de se découvrir, qu’on essaye de se connaître, parce qu’on s’est toujours connu dans un contexte de violence, de maltraitance, de beaucoup de choses, et j’espère qu’on pourra continuer d’avancer loin de tout ça et essayer de tourner la page, continuer de se reconstruire parce que c’est vraiment important, et voilà, si je peux leur adresser un petit message : merci. Merci à eux, merci à toutes les personnes qui ont soutenu, merci à toutes ces associations, merci à tout ceux qui sont sur le terrain, merci à toutes les personnes qui se battent. C’est en continuant sur ce terrain qu’on avancera et un jour toutes ces personnes paieront, et voilà on a perdu aujourd’hui on gagnera demain, pour moi c’est le principal.

Donde : Le combat n’est pas terminé quelque part

 Jonathan : Le combat n’est pas terminé, ça fait 10 ans que je me bat et c’est pas terminé, c’est très très loin d’être terminé …

 

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12 juin 2015

Lisez bien le papier du quotidien Le Parisien que j’ai partagé hier sur facebook

1/ Le prof n’a même pas été viré de l’enseignement ! Il « a également obligation de soins et interdiction d’exercer une activité professionnelle ou bénévole près de mineurs. » Il peut donc donner des cours ailleurs à des majeurs…malgré la découverte de photos pédopornographiques dans son ordinateur et les plaintes pour viol. Il sera au pire muté.

2/ Son nom n’est pas publié. Ainsi ses futurs élèves ne sauront pas à qui ils ont affaire.

3/ L’un des commentaires des lecteurs est atterrant : son fils a été élève dans le collègue du prof, et ce père a appris l’info sur les viols par…        LE PARISIEN. La direction n’a pas alerté les parents ! Le directeur s’est distingué, comme dans le cas que je dénonce dans mon livre avec les Lavier d’Outreau lors du procès pour maltraitance de deux de leurs enfants au procès de 2012. Le directeur refuse de répondre à la presse. Sa démission d’impose face à ce grave dysfonctionnement.

4/ Mais les enfants violés à Maisons-Alfort ont peut-être été victimes de « FAUX SOUVENIRS » ??? L’argument sorti de sa toge rouge par l’avocat général Cantero à Rennes dans son réquisitoire en faveur de l’acquittement de Daniel Legrand fils. Une théorie du XIXe siècle balayée par les vrais psy.

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06/06/15

https://pedopolis.com/wp-content/uploads/2015/06/outreau_indemnites.png

Comme certains mauvais esprits (c’est un euphémisme) mettent en doute sur le net et facebook l’existence de 12 enfants violés et indemnisés après les procès d’Outreau en 2004 et 2005 (Saint-Omer puis Paris), je vous livre ci-joint le document officiel qui en fait état.

Les audiences du procès de Rennes, achevé hier avec l’acquittement de Daniel Legrand fils, ont pu donner l’impression que seuls les 4 enfants Delay avaient été victimes.

C’est absolument faux, n’en déplaise à ceux qui nient encore la réalité de ces horreurs.

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06/06/15

Je vous livre mon adaptation satirique du tube de Claude François, dédiée à Florence Aubenas et Lucie Soullier après leur article « Outreau : trois semaines dans l’ombre des révisionnistes » dans le Monde de ce samedi.

Vous devez savoir que j’étais à Rennes de lundi à jeudi soir et que j’ai suivi toutes les audiences intégralement.

Vous devez surtout apprendre qu’aucune des deux journalistes du quotidien n’est venue me parler, à aucun moment, avant ou après les audiences, ou pendant les suspensions de séance, pour me demander mon avis, avant de me mettre en cause dans leur papier écrit à quatre mains. C’est le contraire de ce que j’apprenais aux futurs journalistes quand je donnais des cours à l’IPJ ou à Sciences Po…

 

Voici ce « Comme d’habitude » abrégé, et revu à ma manière :

 

Je me lève, et je vous bouscule

Vous ne bougez pas

Comme d’habitude

Soullier, et toi Aubenas

Aux yeux n’avez pas froid

Comme d’habitude

Ma main caresse mon clavier

Vous n’me lisez pas

Comme d’habitude

Mais vous, changez mes propos

Comme d’habitude

 

Vous me taillez un costard

Bien trop grand pour moi

Comme d’habitude

A deux, vous m’abominez

Sans m’avoir parlé

Comme d’habitude

Sans bruit, la raison vous quitte

Plus de cellules grises

Comme d’habitude

Gare à, l’effet Rosenthal

Comme d’habitude

Comme d’habitude, dans tous vos papiers

Vous occultez la vérité

Comme d’habitude, je vais sourire

Comme d’habitude, je vais même rire

Comme d’habitude, vous me faites vomir

Comme d’habitude

 

Et puis le jour s’en viendra

De vos repentirs

Comme d’habitude

Soullier, Aubenas

Vous trouverez la voie

Comme d’habitude

Toutes seules, vous découvrirez

L’objectivité

Comme d’habitude

Vos calomnies, j’essuierai

Comme d’habitude

(…)

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04/06/15

Un double coup de théâtre identique à celui de Paris en 2005 dans la même affaire d’Outreau a secoué les assises des mineurs à Rennes jeudi, avec les réquisitions de l’avocat général demandant l’acquittement de Daniel Legrand fils, accusé de viol présumé sur les enfants Delay, et la décision des avocats de la défense de ne pas plaider après cette invocation de son « innocence ».

Le verdict sera rendu vendredi, mais une telle communion de pensée entre le ministère public et la défense laisse une marge infinitésimale à une éventuelle condamnation du fils Legrand, déjà acquitté en 2005, avec douze autres accusés, pour des faits qu’il aurait commis en tant qu’adulte.

« Il n’y a rien dans le dossier, et je demande aux jurés de déclarer Daniel Legrand fils non coupable, car il est innocent, et je veux que vous l’écriviez car il n’a rien fait », s’est écrié l’avocat général Stéphane Cantero, dans une initiative apparemment sans précédent dans l’histoire judiciaire.

Les avocat de la défense se sont alors réunis en privé avant de venir en groupe devant la Cour y annoncer, par la voix de Me Hubert Larue, que « face à ce réquisitoire d’innocence », ils avaient « décidé de ne pas plaider », tout en reconnaissant que « les enfants Delay sont des victimes ». Il leur était difficile de dire le contraire pour ces mineurs devenus adultes, puisqu’ils avaient été reconnus victimes par les jurés à Paris en 2005 avec neuf autres enfants et tous indemnisés par l’Etat.

Cette avalanche de clémence en faveur de l’accusé a surpris les connaisseurs du dossier d’autant plus que Daniel Legrand avait avoué à deux reprises des viols et dénoncé d’autres adultes en 2001 et 2002 avant de se rétracter.

Dans son réquisitoire long de deux heures, l’avocat général est revenu sur l’affaire d’Outreau pour monter haut la barre dans le dénigrement systématique des victimes, des organismes de défense de l’enfance, des experts, de l’enquête policière, du juge Fabrice Burgaud et même de la chambre de l’instruction à Douai.

Cet ersatz verbal de « massacre à la tronçonneuse » a été énoncé d’une voix cassante, avec le recours à la prétérition, figure de rhétorique périmée certainement apprise par Démosthène à son premier cours devant ses élèves. Les cailloux qu’utilisait l’orateur grec dans sa bouche pour domestiquer son élocution donnaient l’impression d’être restés dans celle de l’avocat général pour mieux casser du sucre sur ses cibles.

« Ce n’est pas le procès des victimes, mais… », a-t-il dit d’entrée. Après avoir reconnu l’état de victimes de Chérif, Dimitri et Jonathan Delay, il a réduit cette concession à la portion congrue pour mieux stigmatiser leurs accusations. « Les enfants Delay se trompent, ils ne mentent pas, mais ils vivent de faux souvenirs, de souvenirs reconstruits ». Quand Dimitri a établi une liste de prédateurs devant sa famille d’accueil à l’époque des faits, M. Cantero en a déduit qu’il avait eu « une forme de pensée magique ». Jonathan a lui aussi accouché de « souvenirs reconstruits », selon le magistrat. Emporté par son élan réprobateur, il a osé même citer les sorcières de Salem, que les enfants pointaient du doigt pour les faire pendre.   

« Ce n’est pas le procès de l’instruction, mais… », a-t-il poursuivi. Cette prétérition a donné lieu à une démolition en règle de l’enquête menée par la police et le juge Burgaud. « C’est pire que Kafka », selon ses dires, teintés d’une pointe de compassion : « le juge a fait ce qu’il pouvait, il était de bonne foi, mais il était seul, inexpérimenté, et victime de ‘l’effet Rosenthal’ (ne pas entendre ce qui va à l’encontre de la conviction initiale) ». Les magistrats du Nord-Pas-de-Calais en ont pris un sérieux coup pour leur grade à leur tour : « c’est aussi un échec de l’institution, a ajoute M. Cantero. Sur les 66 juges de la chambre de l’instructioon, personne n’a arrêté la machine ». Ces mêmes collègues de l’avocat général dans le Nord apprécieront à ce égard son allusion à « Mangez-le si vous voulez ». Ce livre de Jean Teulé raconte le drame survenu en 1870 à Hautefaye (Dordogne), village où un aristocrate local avait été confondu avec un Prussien et immolé par les habitants. « Mangez-le si vous voulez », aurait dit le maire à ses administrés.

Depuis l’ouverture des assises le 18 mai, Stéphane Cantero s’est distingué par ses permanentes interventions à décharge au profit de Daniel Legrand, et des initiatives surprenantes, y compris avec l’appel comme témoins à deux psychologues belge et canadien, Marc Meulen et Hubert Van Gijseghem.

La partie civile avait mis en cause la veille avec fermeté la légalité de ces invitations, réalisées par mail et par téléphone respectivement. Dans le mail de Stéphane Cantero à Hubert Van Gijseghem avant le procès pour le citer comme témoin, et lu par le président des assises en audience, le magistrat évoquait le thème à débattre dans sa comparution par visioconférence depuis Montréal. « Quand je cite un témoin aux assises, il m’est formellement interdit de lui en dire les raisons », s’était insurgé l’avocat Yves Moneiris.

Cette incongruité dénoncée par la partie civile n’est que l’une des anomalies détectées dans ce procès qui a failli ne jamais être audiencé depuis l’ordonnance de renvoi de 2003. Le procureur de Pontoise Jean-Jacques Zirnhelt, venu témoigner mardi à Rennes, était à ce poste à Douai de 2004 à 2011.  Il a alors révélé avoir annoncé en 2006, dans une réunion avec les avocats de la défense aux procès d’Outreau, en l’absence de leurs collègues de la partie civile, qu’il « n’avait pas l’intention d’audiencer ce procès » aux assises des mineurs.
« Compte tenu des épreuves subies par les enfants qui avaient vu leurs parents condamnés, et du fait qu’en appel à Paris ils n’avaient pas parlé, j’ai pensé que ce ne serait pas bon pour eux qu’ils reviennent devant une cour d’assises », avait-il précisé avant d’assurer que « jamais il n’avait pris une telle décision (dans sa carrière) ». Parmi les avocats présents à cet accord secret, dénoncé à Rennes par la partie civile, figuraient Eric Dupond-Moretti, Frank Berton et Hubert Delarue, à nouveau sur le banc de la défense à Rennes.   

Dans son réquisitoire ce jeudi, M. Cantero a louvoyé dans ses commentaires sur le bien-fondé de ce procès. Après avoir dit que c’était « une erreur », il a reconnu ensuite, comme la partie civile l’avait fait la veille avec virulence, que « c’est une obligation de faire le procès de Daniel Legrand, sinon c’est un déni de justice », avant de justifier les près de dix années de retard à l’audiencer par un « souci d’apaisement, sans un deal secret ».

L’avocat général s’en est pris également à deux femmes. D’abord à Homayra Sellier, présidente de l’association Innocence en danger, à l’origine de la demande en juin 2013 pour que ce procès se tienne avant sa prescription à la fin de cette année-là. « Elle affirme que les enfants violés ne sont plus entendus depuis l’affaire d’Outreau, c’est le contraire », s’est-il écrié, dans un évident déni de la réalité que connaissent tous les spécialistes de l’enfance maltraitée.

Puis à Laurence G., animatrice d’un blog critique sur Outreau. Cette dame a pris soin pendant deux ans de Chérif, et de temps à autre de Dimitri et de Jonathan, à ses frais. Pourquoi l’avocat général a-t-il abaissé le débat jusqu’à dire : « on ne sait plus si c’est sa mère, sa femme ou sa maîtresse. »

Ce nouvel épisode sur la pédophilie se situe au moment même où la police britannique enquête sur 1433 personnes soupçonnées d’abus sexuels sur des enfants, sur plusieurs décennies, dont 261 «personnalités en vue» de la politique, des médias ou du cinéma.

Aucune enquête similaire n’a lieu dans l’Hexagone, comme si le Tchernobyl pédophile qui frappe la Grande-Bretagne évitait la France…

Nota Bene : pendant l’audience de lundi, l’avocat de la défense Frank Berton avait publiquement évoqué mon livre « Retour à Outreau », écrit par le « pseudo journaliste Thomet ».

J’ai attendu la fin du procès jeudi pour aller le voir à la sortie du palais de justice, alors qu’il avait repris ses habits civils. « Monsieur Berton, vous avez tout loisir pour me qualifier de ‘révisionniste’ d’Outreau, mais je vous interdis de me traiter de pseudo journaliste », lui ai-je dit. « D’accord », m’a-t-il répondu. Dont acte.

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03/06/15

Un virulente attaque a été lancée mercredi aux assises de Rennes contre le ministère public, accusé par les avocats de la partie civile « d’arbitraire, de destruction de l’Etat de droit », et d’être « sorti de la route » dans sa conduite du procès Daniel Legrand fils dans le dossier Outreau.

Ces gravissimes mises en cause de deux avocat généraux par les défenseurs des enfants violés, pendant leurs plaidoiries, n’auront pas manqué de frapper les jurés appelés à se prononcer vendredi sur une éventuelle condamnation de l’accusé dans leur délibéré.

La première victime de ce tir de barrage n’est autre que Jean-Jacques Zirnhelt, pour son témoignage à la barre la veille. Actuellement procureur de Pontoise et avocat général à Versailles, il a été procureur général près la cour d’appel de Douai en 2004 à 2011.

C’est à ce titre qu’il avait hérité de l’ordonnance de renvoi de Daniel Legrand fils devant les assises des mineurs, décrétée en 2003, pour les crimes de viols présumés commis par lui contre des enfants quand il était lui-même mineur. L’accusé avait été acquitté en 2005 avec 12 autres adultes aux assises de Paris dans la même affaire d’Outreau pour de présumés crimes de viol quand il avait déjà la majorité légale.

Dans son intervention, M. Zirnhelt a révélé avoir annoncé en 2006, dans une réunion avec les avocats de la défense aux procès d’Outreau, en l’absence de leurs collègues de la partie civile, qu’il « n’avait pas l’intention d’audiencer ce procès » aux assises des mineurs.

« Compte tenu des épreuves subies par les enfants qui avaient vu leurs parents condamnés, et du fait qu’en appel à Paris ils n’avaient pas parlé, j’ai pensé que ce ne serait pas bon pour eux qu’ils reviennent devant une cour d’assises », a-t-il précisé avant d’assurer que « jamais il n’avait pris une telle décision (dans sa carrière) ». Parmi les avocats présents à cet accord secret, dénoncé à Rennes par la partie civile, figuraient Eric Dupond-Moretti, Frank Berton et Hubert Delarue, à nouveau sur le banc de la défense à Rennes.

Le procureur a affirmé avoir communiqué son « intention » à sa hiérarchie, et n’avoir pas le souvenir d’une réaction de celle-ci. Il a aussi confessé « ne pas en avoir informé son successeur à Douai, Olivier de Baynast, pour la raison que « ce n’était pas un dossier d’actualité »        

Dans sa plaidoirie, Yves Moneris, avocat de la partie civile, a qualifié ce refus d’audiencer le procès Legrand fils d’être « tout sauf légal », et d’une volonté de « faire un enterrement de première classe de ce procès » avec la décision de M. Zirnhelt de « n’avoir rien dit à son successeur ». Convoqué comme témoin à Rennes, Olivier de Baynast a refusé de s’y rendre, pour des raisons non expliquées.

La mise au congélateur de ce dossier a déclenché l’ire de Lev Forster, autre avocat des enfants violés. « C’est l’arbitraire, la destruction de l’Etat de droit », s’est-il écrié.

L’autre cible, dans la vindicte des avocats de la partie civile, aura été l’avocat général Stéphane Cantero, représentant du ministère public à Rennes. Son obstination permanente à intervenir à décharge, depuis le début du procès, s’est encore concrétisée mercredi avec son invitation à témoigner par visioconférence depuis Montréal, faite au psychologue Hubert Van Gijseghem.

Le président des assises, Philippe Dary, a déclenché une nouvelle levée de boucliers dans la partie civil en révélant que ce psychologue canadien avait reçu un mail de l’avocat général Cantero lui expliquant les raisons de cette invitation.

« Monsieur le procureur, vous êtes sorti de la route », s’est insurgé Me Moneris. « Moi, je n’ai pas le droit de parler à un témoin quand je le cite ». Son collègue Lev Forster a également moqué cette initiative de M. Cantero : « si on doit faire venir un spécialiste en lui disant ce qu’il a à dire… », a-t-il ironisé, avant de tourner en ridicule les théories du psychologue canadien,

Selon ce dernier, « la parole d’un enfant victime ne doit pas être recueillie dans un endroit confortable, mais au contraire dans un lieu qui inspire le respect et l’autorité. Le mineur doit donc se rendre immédiatement à la police, seul, et ne pas être accompagné ». Cette méthode a été brocardée par Lev Forster : « vous imaginez un enfant qui vient de se faire violer se rendre par ses propres moyens au poste de police ? »

Ces deux premières plaidoiries de la partie civile, qui se poursuivront demain, ont longuement commenté le cas de Daniel Legrand fils et démontré que l’accusation tenait contre lui, notamment à partir de ses aveux et des dénonciations incontestables des enfants.  

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