INGRID BETANCUR

05 novembre 2011

La liquidation d’Alfonso Cano par l’armée colombienne de cette guérilla narcoterroriste qui vit du trafic de cocaïne et des enlèvements, y compris d’enfants contre rançon, ne signifie pas l’extinction à court terme de ce fléau contre la paix civile, malgré le vœu ardent des 46 millions de Colombiens.

Dans ce splendide pays deux fois grand comme la France et recouvert aux deux-tiers de forêts tropicales ou amazoniennes face à deux océans (Atlantique et Pacifique), les quelques 7.000 terroristes encore présents, sur les 20.000 qu’ils étaient en 2002, n’ont aucune peine à se cacher dans ces reliefs sauvages, mais sont séparés en fronts de plus en plus isolés les uns des autres. Ce contexte ne les empêchera pas de frapper encore à l’aveugle, comme ils en ont la coutume, avec y compris des chevaux piégés contre la population.

Un tel éparpillement de ces rebelles sans cause aucune va s’accentuer avec la disparition de Cano, tué dans le Cauca (au sud-ouest du pays), car son successeur ne peut être qu’un des derniers chefs survivants des FARC, tous retranchés au Venezuela, voire en Equateur. Il s’agit d’Ivan Marquez, de l’afro-américain Joaquin Gomez, de Timochenko et de Pablo Catatumbo. Toutes mes sources me l’ont confirmé depuis longtemps.

On voit mal comment ces candidats à la direction des FARC pourraient reprendre le contrôle des divers fronts colombiens. Leurs allers et venues sont repérés par les avions espions colombiens et américains, et leurs communications écoutées par les services secrets. Ces rebelles sanguinaires bénéficient de l’appui du président castriste Hugo Chavez, même si son homologue colombien Juan Manuel Santos, au pouvoir depuis 2010, fait semblant de croire le Vénézuélien quand il dément leur présence sur son territoire, pour ne pas nuire aux importants échanges commerciaux entre les deux pays.

L’armée colombienne détient en outre un considérable trésor de guerre avec la saisie dans le camp de Cano de dizaines d’ordinateurs, disques surs et clefs USB. Leur déchiffrage va permettre l’identification du réseau commandé par l’ex-patron des FARC, mais aussi de ses complices dans la société colombienne.

A l’heure qu’il est, j’ignore si le pouvoir à Bogota va remettre immédiatement à Interpol, avant de les ouvrir, toutes ces données informatiques afin de valider leur contenu, comme ce fut le cas après la liquidation de Raul Reyes, ex-n°2 des FARC, le 1er mars 2008. Les disques durs de ce terroriste, que j’avais rencontré en 2004, avaient notamment prouvé les liens des FARC avec l’ex-sénatrice Piedad Cordoba, relevée de ses fonctions par la justice, et bien d’autres personnages toujours pas entendus par les tribunaux.

Le moment est venu en tout cas pour le président Santos de proposer aux FARC une reddition générale sans condition, avec la remise aux autorités des 21 officiers encore otages entre leurs mains (dont certains depuis 13 ans !), dans le cadre d’une loi semblable à celle qui avait permis la fin de leur combat pour quelque 30.000 paramilitaires en 2003 sous la présidence d’Alvaro Uribe, dont le rôle aura été primordial dans la lutte anti-terroriste en Colombie.

Nul n’a oublié que l’opération « Jaque » (mise en échec), menée par un commando héroïque de 13 agents secrets colombiens sous la présidence d’Uribe, avait permis le 2 juillet 2008 la libération de 15 otages, dont 3 Américains (après 5 ans de captivité) et Ingrid Betancourt (après 6 ans dans les geôles des FARC), ex-candidate à la présidence colombienne pour le parti des Verts.

Je vous rappelle que mes entretiens avec le chef de ce commando de « Jaque » à Bogota en 2009 ont été publiés dans mon livre en espagnol « Ingrid Betancourt : pasos en falso » (Planeta), toujours en vente en Colombie. Il s’agit d’une version augmentée de mon livre en français « Les secrets de l’opération Betancourt » (Fayard), hélas épuisé si je ne m’abuse.

27 octobre 2010 

Un mois jour pour jour après sa décision en première instance, le procureur général de Colombie Alejandro Ordonez a confirmé ce mercredi la destitution de la sénatrice Piedad Cordoba, alias « la Negra » ou « Teodora de Bolivar », pour avoir collaboré avec la guérilla des FARC et fait la promotion de ce groupe terroriste. Elle reste inéligible pendant 18 ans, mais n’encourt aucune peine de prison pour l'instant. 

Alors que 60 congressistes colombiens ont été accusés de complicité avec les paramilitaires depuis trois ans, et souvent incarcérés sans aucune preuve, cette sénatrice devenue un agent des FARC, opposée en 2007 à la libération d’Ingrid Betancur par les rebelles, ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire malgré l’amplitude des preuves accumulées contre elle. 

A l’évidence, les magistrats ne veulent pas en faire un martyr, pour éviter une campagne internationale de la mouvance terroriste, active, reconnaissons-le, dans les ONG, et jusqu’au cœur de certaines chancelleries occidentales. 

Le ministère public a estimé qu'en tant que médiatrice, “Mme Cordoba a outrepassé ses fonctions et est allée au-delà de l'autorisation donnée par le gouvernement pour gérer l'échange humanitaire”, portant sur la libération parallèle d'otages et de combattants des Farc emprisonnés, réclamée par la guérilla.  Un dossier contenu dans les ordinateurs de Raul Reyes, ex-n°2 des FARC abattu en 2008 par l’armée colombienne en Equateur, démontre que cette élue avait suggéré à la guérilla de ne pas divulguer de vidéos de ses otages, pour retarder les négociations avec le pouvoir. Un autre document de 2007 citait sa demande aux FARC de ne pas libérer Ingrid Betancur.  

Le Conseil d’Etat ou la Cour suprême devront se prononcer prochainement sur cette décision du procureur, mais on voit mal comment ces instances pourront l’infirmer , tant une telle conclusion apparaîtrait comme un appui aux rebelles terroristes qui tuent des civils, séquestrent même des enfants, et détiennent encore comme otages 21 officiers, certains depuis plus de 12 ans enchaînés …

22 octobre 2010

par Jean-Pierre Tailleur, journaliste franco-argentin et auteur de l’essai ‘Bévues de presse’

(publié dans www.enquete-debat.fr )

Les médias ont engendré et occulté un malaise, une affaire Betancourt. Il est temps de débattre, en France, au sujet de ce cas d’école peu reluisant pour le métier d’informer et inquiétant pour la communication citoyenne.

Ingrid Betancourt est sortie une nouvelle fois de l’ombre cet automne 2010, deux ans après la fin de sa captivité hyper-médiatisée. La parution le 21 septembre, dans une dizaine de pays, de Même le silence a une fin, ses mémoires des années de détention par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), a fait réémerger cet étrange objet médiatique «IB». Détaché du contexte socio-politique sud-américain qui en a fait sa légitimité, le phénomène a de nouveau frappé en France tout particulièrement. Pendant deux semaines, on a reproduit les mauvaises pratiques journalistiques répétées depuis une décennie, sans tirer les leçons des erreurs passées.

Le récit de Betancourt, long de près de 700 pages, très personnel et souvent poignant, a été amplement résumé dans la presse écrite ou dans des émissions de télévision et de radio de grande écoute, sans être contredit. L’ancienne otage des FARC y raconte son enlèvement le 23 février 2002, ses tentatives d’évasion et ses plus de six années et quatre mois de galère dans la jungle. La Franco-colombienne sera libérée avec 14 autres prisonniers début juillet 2008, au cours d’une opération militaire ayant tous les ingrédients d’un film d’action. Cet épilogue mettra également fin aux gesticulations maladroites du gouvernement français, dont l’égoïsme et l’arrogance à l’égard de la Colombie ont généralement été occultés par les rédactions françaises.

Des dizaines d’otages «politiques» – sans compter les «économiques» pour les rançons – vivent encore le calvaire de Betancourt dans l’indifférence des mêmes journalistes. On nous avait pourtant dit que la médiatisation du cas IB contribuait à ne pas oublier les autres victimes. Le livre est d’ailleurs sorti au moment même où l’État colombien remportait un nouveau succès contre les FARC, sans que la presse française ne mette l’histoire personnelle de Betancourt dans ce contexte. La mort de Víctor Julio Suárez, alias Jorge Briceño ou le «Mono Jojoy», abattu pendant une opération militaire lancée ce même 21 septembre 2010, a été peu traitée en effet. Cette étanchéité, entre d’une part le décès (dans des circonstances qui méritent d’être éclaircies) de l’un des principaux ravisseurs de Betancourt, et d’autre part la parution concomitante de son nouveau livre, est révélatrice. Elle illustre des pratiques qui nuisent à l’information du public tout en prétendant le contraire.

Même les journaux les plus sérieux semblent parfois fonctionner comme les programmes de télé réalité. A l’égard de la Colombie comme avec d’autres pays «exotiques», ils n’ont alors d’yeux et d’oreilles que pour les douleurs ou les exploits d’individus qui ont fait l’objet d’un casting préalable et contestable. La couverture asymétrique des actualités labellisées IB et du conflit encore en cours au nord des Andes aurait dû créer des controverses au moins aussi retentissantes que celles suscitées par ces émissions, si critiquées au moins, elles.

On l’a vu aussi avec les 33 mineurs chiliens, dont le sauvetage n’a pas permis de mieux connaitre leur pays, en dépit d’une illusion entretenue par sa sur-médiatisation. Ou encore avec Diego Maradona depuis trois décennies, par rapport à l’Argentine. Cet intérêt pour l’Amérique latine depuis une perspective avant tout «people», ne rend-il pas «peu disponibles» les cerveaux pour les questions de plus grand importance (pour reprendre une expression popularisée par un ancien patron de TF1)? Le divertissement par l’information, auquel a souvent donné lieu le phénomène IB, nuit plus par son impact sur les citoyens instruits et responsables, que les jeux ouvertement destinés à un public futile.

Un traitement médiatique spécial

Betancourt commence à être sur-médiatisée en 2001, peu avant son rapt par les FARC, quand sort son premier livre La rage au cœur. Il s’agit un coup marketing très réussi de l’éditeur parisien Bernard Fixot, truffé de postures et d’accusations mal étayées sur la situation politique en Colombie. L’hystérie IB, dont les prémices se situent à ce moment, s’explique davantage par cette campagne éditoriale que par les attaches de l’auteur avec la France. Pour preuve, le sort de Français victimes comme Betancourt, de groupes terroristes de la région, a été complètement ignoré. Notamment ceux d’Aïda Duvaltier, enlevée un an avant elle et morte en captivité, et de Marc Beltra, étudiant disparu dans le sud de la Colombie en 2003. Ou encore celui de Christophe Beck, décédé récemment dans une indifférence générale lui aussi. Etabli au Venezuela et séquestré durant plus d’un an en 2005-06 par l’ELN (Armée de libération nationale), ce dernier a même raconté ses malheurs dans un livre intitulé L’otage oublié, paru en février 2009.

Depuis que les radios rapportent les affaires à tiroir de la milliardaire Liliane Bettencourt, les auditeurs doivent parfois attendre quelques secondes avant d’éviter la confusion. Mais au-delà de l’homophonie, il y a aussi des similarités entre les sommes hors normes dont jouit l’héritière de L’Oréal, et l’espace immense réservé à Betancourt dans la sphère médiatique. L’ancienne otage reste présentée comme une égérie en France – des lieux publics portent toujours son nom – malgré une image ternie par certains de ses anciens codétenus, et les remarques majoritairement acerbes du public dans les forums. Sa récente demande d’indemnisation, démesurée, à l’Etat qui l’a libérée de la bande criminelle alors que son enlèvement se devait surtout à son imprudence, a également été mise à son passif.

Ces bémols ont été rappelés, sans insistance, lors des entretiens publiés ou diffusés durant la promotion de Même le silence a une fin. Mais ils ont surtout eu pour effet d’alimenter la scénarisation de l’image de l’ex-députée et sénatrice, comme les disputes entre participants dans les émissions de télé réalité. Ces réserves ont permis de mettre du sel dans les interviews, en effet, sans que le traitement médiatique IB ne soit remis en question.

Une histoire qui a démarré il y a bientôt dix ans

Alvaro Uribe

Au début du millénaire, les journaux français font d’abord de la future otage un acteur politique majeur de la Colombie, une héroïne voire même une présidentiable plausible. Or, candidate aux élections de 2002, elle est créditée d’un nombre négligeable d’intentions de votes au moment de sa séquestration, à moins de trois mois du scrutin. Ensuite, durant sa captivité, les familles Betancourt et Delloye (du nom de l’ex-mari de l’otage et de ses enfants) désinforment sur la réalité colombienne. Elles ont constamment un accès privilégié aux médias, et les instrumentalisent afin de diaboliser Alvaro Uribe. Le tort du président, démocratiquement élu peu après l’enlèvement, est de se montrer ferme avec les guérilleros. Il a certainement ses parts d’ombre avec les paramilitaires et d’autres alliés infréquentables, mais les rédactions ne font généralement pas le travail de préciser ce qui est vrai et ce qui est faux dans ces accusations.

La plupart des intellectuels, des journalistes et des artistes – le chanteur Renaud notamment – qui apportent un soutien aveugle et exclusif à la défense légitime de la captive, se comportent de façon irresponsable. Ce lobbying jouant sur l’émotion, comme en télé réalité mais avec des conséquences plus inquiétantes, n’hésite pas à rendre Uribe encore plus coupable que les FARC. Les Betancourt-Delloye sont les «idiots utiles» d’un mouvement classifié comme terroriste par l’Union européenne, tandis que les médias français deviennent les leurs. Le manque relatif de reportages approfondis ou de commentaires correctifs sur le conflit colombien n’a jusqu’à présent pas fait l’objet de questionnements sérieux, y compris dans les essais prétendant dénoncer le maljournalisme à la française.

Pendant des années, les émissions, les articles, les points de vue sur la Colombie apportent rarement les nuances nécessaires aux attaques contre Uribe (dont le père a été assassiné par les FARC en 1983). On s’interdit d’expliquer les contraintes de la multiplication des enlèvements et de la lutte anti-terroriste. Les journalistes et chroniqueurs en tous genres, notamment dans les émissions d’info-divertissement, acceptent d’être eux aussi des otages en quelque sorte. Ceux d’une source principale, une famille avant tout soucieuse de libérer «sa» prisonnière des FARC, qui va parfois romantiser ce groupe de délinquants.

Certains reporters et commentateurs produisent un travail équilibré de mise en contexte, mais ils sont réduits au silence, parfois de force. J’ai notamment le souvenir d’une émission d’actualité politique pourtant intitulée «Revu et corrigé», durant laquelle Paul Amar interroge deux journalistes de retour de Colombie, auteurs d’un reportage sur les FARC diffusé par le magazine VSD. Le présentateur ne veut pas les entendre expliquer pourquoi selon eux, IB tient alors plus du «microcosme parisien» que d’un enjeu majeur dans un pays gangrené par des vastes zones de non-droit (France 5, le 12 avril 2008). Révéler une information qui sort des clous fixés par le consensus ambiant est une mission quasi-impossible. A comparer avec la facilité avec laquelle, en sens inverse, on s’indignera des médias chinois qui n’informent pas sur l’attribution du prix Nobel de la paix…

Les personnes pouvant enrichir l’information avec un éclairage différent, quitte à le contester, ne manquent pourtant pas, même en France. Il s’agit notamment d’Eduardo Mackenzie, journaliste colombien basé à Paris, et de Jacques Thomet, ancien chef du bureau de l’Agence France Presse à Bogota. Pendant la captivité de Betancourt, le premier écrit un somme historique remarquable, Les FARC ou l’échec d’un communisme de combat, tandis que le second publie une enquête très bien documentée sur les scandales liés au phénomène IB, Ingrid Betancourt: histoire de cœur ou raison d’Etat? Les médias n’interrogent que très rarement des connaisseurs du dossier comme eux, permettant de compléter les points de vue des Betancourt-Delloye et de rappeler à l’ordre la diplomatie française. Ils pratiquent la censure, préférant solliciter les avis convenus des comités de soutien, dont les porte-paroles sont catapultés experts de la Colombie. Leurs propos, souvent angéliques pour ne pas dire niais, sont eux aussi généralement pris pour argent comptant.

Des sources et des scandales occultés

Dés le début de la détention, les rédactions fautent par passivité et par excès d’émotion. Comme l’expliquera Mackenzie dans son essai El enigma IB (publié en décembre 2008 dans son pays), «les livres, éditoriaux, reportages et commentaires lucides et courageux» font «exception» chez les «journalistes et intellectuels français». Par exemple, les rédactions ne réagissent pratiquement pas à la couteuse tentative de sauvetage, façon «pieds nickelés», lancée par Dominique de Villepin en juillet 2003 dans la forêt amazonienne.

A cette époque, le futur chef du gouvernement, alors ministre des Affaires étrangères, est pourtant au centre d’un conflit d’intérêt et d’un couac diplomatique méritant la une de tous les journaux. Proche de Betancourt, il vient de provoquer une crise avec le Brésil et la Colombie, leurs présidents n’ayant pas été informés de l’envoi sur leurs sols d’une équipe d’agents français transportés par avion militaire. Thomet revient en détail sur ce scandale dans son livre, paru en janvier 2006, mais les médias – même ceux qui ne s’intéressent qu’à la politique politicienne – négligent aujourd’hui encore ce gros caillou dans les chaussures du présidentiable Villepin. De même, ils restent apathiques devant le fait que la sœur de l’otage partage sa vie avec le directeur des Amériques au Quai d’Orsay, ancien ambassadeur en Colombie. D’ordinaire, des conflits d’intérêt bien moins problématiques arrivent à semer le trouble…

Les pressions de Paris pour libérer Betancourt redoublent avec l’élection de Nicolas Sarkozy, début mai 2007. Dés l’annonce de sa victoire, le nouveau président fait de IB une cause nationale et reçoit la famille de la captive (en s’engageant aussi pour les infirmières bulgares détenues en Lybie). Les commentateurs ne s’interrogent pas sur cette priorité accordée aux malheurs d’une otage qui représente si peu en Colombie et presque rien en France, si ce n’est dans la sphère médiatique. Les gardiens de la morale républicaine préfèrent concentrer leur indignation sur la fête organisée au restaurant Le Fouquet’s sur les Champs Elysées, le soir de l’élection. La focalisation sur IB de la nouvelle présidence a pourtant une dimension «people» elle aussi, qui mérite d’être soulevée par la presse sans minimiser les malheurs de l’otage.

Hugo Chavez

Sarkozy aurait pu suivre les recommandations d’un papier rare, publié un mois plus tard dans Le Monde. «La Colombie est une démocratie libérale, sans comparaison avec, par exemple, ce que semble vouloir instaurer Hugo Chavez dans le Venezuela voisin», explique Stephen Launay, chercheur associé à l’Institut des hautes études d’Amérique latine (édition datée du 7 juin 2007). «La France semble vouloir dépasser les cafouillages antérieurs (la tentative ubuesque de sauvetage d’Ingrid Betancourt sans consultation des autorités colombiennes en juillet 2003). Elle continue toutefois de résumer la Colombie à la terrible affaire Betancourt qui devrait être remise dans son contexte (près de 700 personnes enlevées en 2006)».

Les faux (premiers) pas de Sarkozy

Cet avertissement passe inaperçu, et sur la place publique, on se garde bien de critiquer l’axe Elysée-IB en train de se substituer à la politique latino-américaine de la France. Même chez les plus acerbes détracteurs du sarkozisme, on a jusqu’à présent rarement relevé une telle incongruité. Les faux-pas se sont accumulé pourtant, dans l’indifférence de rédactions plus promptes a blâmer le moindre «casse toi pauv’con» prononcé par le chef de l’Etat (en réaction à une agression verbale).

Durant la première année de sa présidence, Sarkozy et son ministre Bernard Kouchner poussent Bogota à faire les concessions les plus insensées en vue d’un «échange humanitaire», sans que les médias parisiens ne bronchent vraiment. Le 20 novembre 2007, le président Chavez, auto-propulsé médiateur à succès des FARC, est même reçu à l’Elysée. Alexandre Adler, sur France Culture, est une des rares voix qui invitent le gouvernement français à ne pas déstabiliser Uribe en faisant le jeu de son voisin vénézuélien, accusé de soutenir les guérilleros. Mais ce type de critique, provenant d’un ennemi déclaré du «chavisme» et de ses appuis chez les alter-mondialistes français, est prévisible. A l’instar des billets d’Ivan Rioufol dans Le Figaro ou d’une tribune d’intellectuels pour la plupart étrangers et «connotés» eux aussi, publiée par Libération.

Ces points de vue perçus comme partisans ont moins de chances de sensibiliser l’opinion, et de pousser les décideurs politiques vers plus de réalisme. Il en est de même avec le commentaire isolé d’un journaliste mexicain, interviewé par la chaine d’information continue France 24, s’étonnant que Sarkozy et Chavez se rencontrent pour une affaire mineure malgré leurs profonds désaccords sur l’Iran. Cela mérite au moins un mini-débat.

Les pays européens rechignent à recevoir le controversé président vénézuélien, à quelques exceptions près comme le régime biélorusse. Sarkozy le fait pour des raisons douteuses au niveau humanitaire et ridicules sur un plan géostratégique. Chavez arrive d’ailleurs les mains vides à l’Elysée, n’apportant rien de consistant sur Betancourt, suite à quoi Uribe lui retire son mandat de médiateur avec les FARC. Mais conditionné par l’activisme des Betancourt-Delloye et protégé par l’apathie des médias, Sarkozy demande au président colombien de revenir sur sa décision sans craindre d’être critiqué. On imagine ce qu’on dirait, en France, si un Silvio Berlusconi se mêlait ainsi du règlement de la question corse…

Des couacs et mensonges par omission à répétition

Durant des années, les médias français ont globalement minimisé la culpabilité des FARC, ignoré l’irresponsabilité de Paris dans ses contacts avec Bogota, et gardé le silence lorsque les faits ne correspondaient pas au tableau imposé au public. Les exemples se sont accumulés dans la foulée des pieds nickelés de Villepin, envoyés en mission pour une urgence plus privée qu’humanitaire. Pas d’indignation lorsque plus tard, le Premier ministre François Fillon se dira prêt à recevoir en France des «prisonniers politiques» colombiens si les FARC libèrent Betancourt. Ou quand un proche de la captive assimilera les objectifs des guérilleros sud-américains avec la cause palestinienne.

La liste est longue. Pas d’objections non plus après les appels de Kouchner à reprendre des négociations vouées à l’échec. Ou lorsque durant des mois, un immense poster placardé devant l’Hôtel de ville de Paris prête à confusion, insinuant que Betancourt est une détenue politique de la Colombie. Silence quand sur une grande radio, le ministre des Affaires étrangères qualifie de «mauvaise nouvelle» la mort d’un chef des FARC. Mutisme quand le président brésilien Lula, lors d’une rencontre au sommet en Guyane avec Sarkozy, lui demande d’arrêter d’interférer dans les affaires d’Uribe. Discrétion sur les manifestations contre les FARC organisées dans de nombreux pays, ou sur l’assassinat par ces derniers de 11 députés otages. Apathie médiatique quand il est clair que la libération d’un cadre du mouvement terroriste, demandée par Paris, n’a servi à rien. Etc. Dans son ensemble, la presse française fait passer la compassion avant l’information, abandonnant sa mission de contre-pouvoir et se contentant de reproduire la version officielle en dissimulant tout élément qui peut la contredire, ou simplement la nuancer.

Suite à ces bévues, répétées de façon passive ou active, les rédactions se montreront également incapables d’un minimum d’autocritique (laquelle aurait également permis de saluer les rares reportages ou commentaires pertinents et honnêtes). Certes, après l’annonce de la libération de Betancourt, le 2 juillet 2008, une partie de la presse blâmera enfin le gouvernement pour la gestion de «son» problème colombien. Les faits ayant donné raison à la fermeté d’Uribe, L’Express soulignera un «échec de la diplomatie» française (dans son numéro daté du 10 juillet). Mais cette critique reste sur le terrain politique, et l’hystérie médiatique se poursuit, atteignant des sommets au moment de ce dénouement.

La corporation des journalistes n’est toujours pas revenue sur ses fautes autour du cas IB. Il suffisait pourtant de lire les réactions de lecteurs dans les sites des journaux ou des émissions, en contradiction avec ce qui avait été dit ou raconté dans leurs espaces d’information, pour prendre la mesure des reproches qui pouvaient leur être fait.

La défaite des critiques du journalisme français

Ce maljournalisme moutonnier, et sourd aux réprobations de son public, méritait d’être débattu sans attendre la fin, heureuse ou pas, de la séquestration. Il est devenu un cas d’école sur le manque de professionnalisme et l’excès d’émotion dans le traitement de l’actualité. Mais ses effets, particulièrement néfastes sur les décideurs politiques trop sensibles à l’exposition médiatique, ne sont même pas discutés dans les instituts de journalisme. L’émission Arrêt sur images l’a pourtant traité le 10 juin 2007, peu avant de disparaitre des programmes de France 5 et d’adopter un profil bas sur Internet. L’équipe de ce rendez-vous hebdomadaire, animé par Daniel Schneidermann et consacré à la critique du journalisme, a évoqué l’absence de remises en cause des propos des Betancourt-Delloye, et même un «syndrome de Stockholm» vis-à-vis des FARC. Mais ces remarques, au demeurant tardives, seront une exception qui confirme la règle.

Ingrid Bétancourt

Même Schneidermann semble les avoir oubliées dans sa chronique de Libération du 7 juillet 2008. Il y concentre ses attaques sur la religiosité affichée de Betancourt quand elle réapparait vivante, et sur la récupération par Sarkozy – avec la complicité de ses alliés dans les médias – d’un événement qui lui a totalement échappé au bout du compte. Au Monde, le visage de Betancourt continue de figurer dans la première page du site internet pendant plus de six mois, sans que les journalistes du quotidien ne semblent s’en étonner.
Plus grave, aucune critique du journalisme français parue ces dernières années ne s’intéresse à ces bévues. Même les plus promptes à stigmatiser la promiscuité de Sarkozy avec les médias, ignorent l’omerta sur une diplomatie consternante, centrée sur le sort d’un otage au détriment d’un subcontinent de plusieurs centaines de millions d’habitants. Frappés du même aveuglement que le gouvernement et la presse, les essayistes ne tentent pas de tirer les leçons de ce fiasco informatif. Leurs livres ressassent les mêmes histoires, du reproche fait aux éditorialistes «oui-istes» lors du referendum de 2005 pour le Traité européen, à «l’affaire du RER D» (du nom du train où une fausse attaque antisémite fut médiatisée en 2004). Comme «Timisora» pendant deux décennies (se référant aux mensonges sur le nombre de morts durant la révolution roumaine de 1989), ces critiques s’appuient essentiellement sur des exemples déjà connus, politiquement corrects, et plus anodins pour les rédactions que le malaise traduit par «IB».
J’ai noté une exception avec un livre au titre évocateur, Les journalistes français sont-ils si mauvais? Dans ce pamphlet confus et peu rigoureux, paru en mars 2009 et parrainé par la crème de la profession, son auteur François Dufour – un des principaux rédacteurs du «Livre vert» sur les problèmes de la presse écrite publié peu avant – aborde IB sur une question dérisoire. Il critique le choix éditorial de France 2 qui, dans un journal télévisé, a mis en avant les attaques de Ségolène Royale contre la récupération par Sarkozy de la libération de Betancourt. La sortie de l’ancienne candidate socialiste contre le président était justifiée pourtant, et en parler ne constituait pas en soi un exemple de partialité. Cela permettait à France 2 de corriger l’unanimisme officiel, bien qu’il eût été préférable que la chaîne fasse une longue enquête sur des mois de désinformation… L’autisme et les fautes récurrentes des médias n’ont pas non plus semblé troubler Dufour et ses pairs.

Une promotion éditoriale à sens unique

La publication de Même le silence a une fin, édité par Gallimard, offre une occasion de réfléchir enfin sur ces travers dus à un manque de curiosité et de reportage. Mais les médias se gardent bien, cela reste une constance, de faire la moindre introspection sur cette affaire. Ils se focalisent sur les conditions de détention, sur les souffrances physiques et morales endurées. Le cas de l’ex-otage franco-colombien est singularisé, mimant l’approche très personnelle adoptée dans son récit, sans que les intervieweurs ne montrent d’intérêt pour ce qui se passe actuellement en Colombie. La menace terroriste encore présente, les débuts du nouveau président Juan Manuel Santos (ancien ministre de la défense qui a piloté la libération de Betancourt), sortent des radars de la plupart de ceux qui présentent au public français un long récit sur la vie sous l’emprise des FARC.

Jean-Pierre Elkabbach fait un peu exception durant son émission matinale d’Europe 1, en faisant référence à la mort du Mono Jojoy au début de sa conversation avec l’auteur (4 octobre). Et au moment où le député socialiste Arnaud Montebourg traite TF1 de télévision crétine et délinquante, la note la plus juste que je peux lire ou entendre vient de Vincent Hervouet, interrogé par Thierry Ardisson sur Canal Plus (2 octobre). Le responsable des informations internationales de la première chaine et de sa petite sœur LCI rappelle que «les Colombiens avaient raison» face à une France maladroite dans ses négociations avec les FARC.

A de rares exceptions près, du «Grand journal» de Canal Plus au «20 Heures» de TF1, de France Culture au Monde et au Nouvel observateur, on suit à la lettre un argumentaire redondant, rêvé pour Gallimard. On ne revient pas sur les mensonges des Betancourt-Delloye et sur les bévues de la presse ou du gouvernement français. On ne relance pas l’ancienne captive lorsqu’elle donne des explications peu convaincantes sur sa demande d’indemnité. Franz-Olivier Giesbert parle d’un «très grand livre» qui «sera un classique, c’est clair!», lorsqu’il l’accueille dans son magazine politico-culturel de France 2 (1 Octobre 2010). Cette «antidote à l’ingridophobie ambiante», comme cela est dit aussi au cours de l’émission, fait déjà partie de la littérature concentrationnaire à entendre les critiques. Primo Levi ou Alexandre Soljenitsyne ont toutefois produit des témoignages autrement plus riches, car moins individualistes, sur la genèse des crimes décrits.

Robert Ménard, ancien président de Reporters sans frontières (RSF) aujourd’hui chroniqueur multicartes, tient un discours qui en dit beaucoup sur le malaise IB, mais de façon voilée. Dans un de ses billets hebdomadaires de RTL, il présente l’ex-otage comme une «grande bourgeoise qui se passionnait avant tout pour les intrigues de la politique française», en qui les électeurs pouvaient mal se retrouver (25 septembre). «On ne voulait pas entendre les Colombiens qui nous rappelaient qu’il y avait des dizaines, des centaines, des milliers d’otages comme elle, dont on parlait si peu», ajoute Ménard. «Nous avons construit une Ingrid Betancourt qui correspondait surtout à l’image que nous nous faisons de la victime, une sorte de sainte laïque très loin de la réalité».

Des outrances exprimant un malaise

Maintenant comme avant juillet 2008, pourquoi la presse ne l’a-t-elle pas souligné, à commencer par la revue spécialisée Médias, que dirige Ménard? Le fondateur de RSF évoque aussi les «malentendus d’aujourd’hui» autour d’une ex-otage «enfermée dans sa foi, tournée vers les puissants de ce monde, d’une sincérité parfois très calculée». Il serait plus juste de parler de malaise, voire même d’affaire médiatique IB, ces dénonciations vagues, tardives et anti-catholiques proférées sur RTL en étant une illustration.

De son côté, Laurent Ruquier ironise sur une «Madame Ingrid Betancourt» dont on dit qu’elle vit «quasiment sous le seuil de pauvreté», pendant son émission de grande écoute diffusée le samedi soir («On n’est pas couché», France 2, le 25 septembre). «Elle n’a pas dû beaucoup dépenser pendant six ans, faut pas déconner non plus!», commente l’humoriste sous les applaudissements et les rires. «On se demande si ce n’est pas ses preneurs d’otages, qui ne devraient pas être indemnisés pour l’avoir gardée pendant six ans.»

Entre la complaisance aveugle d’un maljournalisme de télé réalité, les moqueries outrancières des chansonniers et les insultes diffusées dans les forums d’internet, il manque un chainon. Celui d’une information responsable, qui approche la réalité sans s’interdire les angles qui dérangent. Ce renoncement et ce brouillage des médias français, remarquablement illustré par le cas IB, est fréquent face à des questions socio-économiques autrement plus fondamentales, de la reforme des retraites à la délinquance des jeunes… et aux défaillances de la presse.

Jean-Pierre Tailleur


05 octobre 2010
 Voici en exclusivité pour ce blog la lettre de la Franço-Colombienne Martine Jacquier adressée à Ingrid, qui n'avait jamais répondu à la première missive qu'elle lui avait envoyée quand son mari, l'ex-président du Congrès, Franco-colombien comme Ingrid, moisissait en prison à Bogota sous la fausse accusation de liens avec les paramilitaires, avant d'être libéré la semaine dernière sans aucune charge retenue contre lui:

 Merci quand même Doctora Ingrid! 

Je vais écrire ces quelques lignes en français car après tout, c’est ma langue maternelle.

Nous nous sommes sincèrement réjouis –même si nous n’avons pas eu l’occasion de te le dire personnellement-  lors de ta libération après 6 ans et demi de captivité dans l’ « enfer vert » de la jungle colombienne, aux mains de la guérilla. Je suis sûre que tu seras contente que ton ex-collègue colombo-français Carlos Garcia Orjuela, vienne d’être définitivement innocenté par la Cour Suprême de Justice, des accusations de collusion avec les milices d’extrême-droite (ici appelée parapolitique) qui pesaient contre lui. Il fut libéré ce  mercredi 29 septembre après 26 mois de détention « provisoire ». Une date que je n’oublierai pas.  

Hors de moi l’idée de comparer ces deux privations de la liberté. La condition de l’otage est une ignominie sans égal. Mais même si la vie du détenu est protégée par le système-même de la maison d’arrêt, si l’on a accès à la radio et éventuellement d’autres commodités, si l’on peut améliorer l’ordinaire alimentaire,  recevoir des visites, le préjudice moral subi par celui qui affronte des accusations aussi graves et sa famille, est considérable.

La plupart de tes connaissances s’éloignent. Les amis qui te restent se comptent sur les doigts de la main. Les médias font la sourde oreille, même si ta famille s’époumone pour proclamer ce qui s’avérera n’être…  que la vérité. Rien de ce qui te concerne, n’intéresse plus personne : que tu aies été  un bon parlementaire reconnu par de nombreux secteurs de la société et les médias, que tu aies représenté une des options électorales de choix du fait de ton profil intègre et ton efficacité,  - encore en 2006, lors des dernières élections législatives auxquelles tu aies pu participer avant de te retrouver «  au trou »-   ne signifie plus rien.

A la première dénonciation d’un ex-paramilitaire, tu deviens instantanément un « parapolitique ». Ce qui est synonyme pour l’opinion de politicien sans foi ni loi qui n’a pas hésité à passer des accords avec des criminels pour atteindre ses aspirations électorales. Peu importe que ces témoignages soient apportés par des gens condamnés -dans le cas du procès de Carlos-  à des peines oscillant entre 29 et 100 ans, disant sans ambages rechercher une remise de peine et divers avantages pour leurs déclarations quelle qu’elles soient, au titre de la « collaboration » avec la justice),  Même si à l’époque tu étais Président du Congrès et que tu n’avais absolument pas besoin du petit coup de pouce que ces illégaux auraient éventuellement pu t’apporter… Même si tu n’as physiquement pas pu te rendre fin 2001,  comme le prétendent ces messieurs,   à une quelconque réunion clandestine, car tu as reconstruit ton agenda de l’époque au millimètre près. Et que surtout, comme le montrent tes positions et ton profil de toujours, tu n’y serais jamais, au grand jamais,  allé…

Seul, le rendu de la Cour Suprême après plus de 70 heures d’audience, des milliers de preuves documentaires et le témoignage in vivo de 20 personnes au profil impeccable et d’environ 10 par écrit,  peut te rendre dans un premier temps la liberté et peu à peu, nous l’espérons , la dignité…

Je comprends bien à quel point les souvenirs de captivité peuvent te hanter. A une autre échelle, depuis mercredi, je me réveille dans la nuit et je palpe les couvertures à côté de moi, pour m’assurer que Carlos est effectivement bien là. Hier, nous avons fait une brève promenade dans le parc, tout étonnés d’avoir un tel rayon d’action. Et nous sommes allés déjeuner au nord de la ville, comme le font des milliers d’habitant de Bogota, dans un petit restaurant champêtre : j’avais oublié la chaleur du foyer, la variété de la décoration brocantée, l’éclat des géraniums. Cela faisait deux ans que tous les dimanches, je me retrouvais, à l’entrée de la prison de la Picota au Sud de Bogota,  avec les quelques 4000 femmes qui rendent visite à leur compagnon, leur frère, leur mari. Elles viennent souvent en claquettes pour faciliter la fouille et apportent dans un sac transparent, le repas du dimanche, ce dont elles se sont peut-être privées toute la semaine… Nous passerons sur la visite poignante des enfants, une fois par mois.

Le dimanche antérieur, j’avais pris une photo du dernier coup de tampon qu’on m’avait appliqué sur le poignet à l’entrée de la prison. Une mesure qui remue dans l’inconscient collectif, de douloureux souvenirs. Je voulais être sûre que ce soit le dernier. Et la providence voulut que ce fût le cas.

Bon, Ingrid, « no te quito mas tiempo » comme on dit ici en Colombie. Tu es bien occupée par la promotion de ton nouveau livre et les actions que tu ne manqueras pas de mener en faveur de ceux et celles qui sont encore séquestrés et des Libertés en général. Permets-moi une seconde de revenir sur ton premier ouvrage,   «  La rage au cœur ». Je voudrais te dire, après tout ce temps,  à quel point ton livre nous avait blessés. Mais la rage ne fait pas partie de notre mode de réaction. Nous préférons la compassion. Pour raisons de sécurité (Carlos en tant que Président du Congrès avait été déclaré comme tant de gens à l’époque, objectif militaire de la guérilla), nous étions en France en 2000-2001,  avec nos enfants qui avaient 9, 15 et 16 ans. C’est bien loin, mais je me rappelle le réconfort que je devais leur prodiguer le matin avant d’aller à l’école et moi à l’hôpital : ils en avaient assez de devoir affronter les quolibets de leurs camarades de classe, dont les parents t’avaient lue, entendue ou vue à la télé.

«  Maman, Papa n’est pas un s… corrompu ». 

«  Maman, quand est-ce qu’on pourra voir Papa, il sera là pour Noël, dis? ». Ce politicien digne qui voulait pouvoir remplir ces obligations sans exposer indument sa famille.

Ah, à propos, Ingrid, je crois que tu n’as toujours reçu la lettre que je t’avais adressée à ta Fondation pour les Libertés, ni le message correspondant sur Facebook… Sinon, tu m’aurais sûrement répondu. (mis en italique par JT) 

Enfin, heureusement,  tout s’est bien terminé. On verra d’ici quelque temps comment on pourra aider, le cas échéant,  ceux pour qui cela s’est moins bien passé.

Felicidades ! Martine 

 

 

 3 octobre 2010 

Bravo à toutes, Ingrid, Piedad et les FARC, vous triomphez dans les médias ! Toutes les preuves apportées ici sur vos mensonges pour la première, votre trahison à la patrie pour la seconde, et vos crimes contre l’humanité pour la troisième ne sont qu’une invention ! 

Vous avez gagné ! Je l'admets. Bravo encore ! 

1er octobre 2010 

Les larmes, moi Ingrid Betancur, que j’ai d’un hochement de tête retenues, ont-elles noyé les vraies questions attendues de votre bouche, celle de journalistes dignes de ce nom que je redoutais de rencontrer dans le présumé pays de la liberté d’expression ? 

Avec ou sans les sanglots avortés qui ont fait mouiller vos paupières et sécher vos éventuels arguments néfastes, mes propos édulcorés de toute polémique dans la savante réécriture de mon drame ont réussi à vous frapper de mutisme. 

Merci à vous, Michel Denisot, au Grand Journal de Canal +, et Franz-Olivier Giesbert, sur France 2 (La semaine critique), pour avoir distillé la pommade dont je n’aurai plus besoin pendant des années. 

Sous la bannière de Jeanne d’Arc, dont je ne suis pourtant qu’une réplique avariée dans la gangrène de mes errements, je m’en réjouirais si je n’avais la tentation iconoclaste de vous demander pourquoi vous ne m’avez-pas interrogé sur les points suivants: 

Etc etc 

(Je vous laisse compléter les blancs, je n’ai plus envie de perdre mon temps) 

1er octobre 2010 

La Colombienne renonce à retourner vivre en Colombie, où il y a selon elle « trop de haine », et affirme que ses « racines » seront toujours en France, dans un entretien diffusé vendredi sur France Inter. 80% des Colombiens ont une mauvaise image de cette ex-candidate et ne souhaitent pas la voir revenir en politique dans leur pays.


« Il faut que je me trouve un 'chez moi', parce que je n'ai pas de chez moi, j'ai vécu dans les valises entre mon fils et ma fille » (entre Paris et New York, ndlr), explique l'ex-otage, 48 ans.
« Je n'irai pas vivre en Colombie, pas pour l'instant. J'ai encore beaucoup de blessures qu'il faut soigner. Il y a trop de haine dans mon pays et je crois qu'il faut que cette haine se calme », juge l'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2002 en Colombie.
L'image d'Ingrid Betancur  s'est ternie en Colombie, où elle a suscité une vague d'indignation en réclamant fin juin une indemnisation de près de 8 millions de dollars, à laquelle elle a finalement renoncé. Idem en France, où elle avait réclamé également une indemnisation. Elle a renoncé aux 400.000 euros proposés par Paris.
« Je ne suis plus obligée de travailler en politique pour montrer que j'aime mon pays, je pense qu'il y a d'autres façons d'être présente », dit encore Ingrid Betancourt, tout en refusant d'être définitive. « Je n'ai pas de boule de cristal donc je ne sais pas, mais mon amour pour la Colombie est toujours là », assure-t-elle.

26 septembre 2010 

Dans ce blog devenu un hymne à la gloire des bons vins dans le monde, je n’imaginais pas à quel point on pouvait être contraint de boire le calice jusqu’à la lie, jusqu’à en vomir, quand il s’agit de la maléfique Ingrid Betancur (nom francisé en Betancourt comme l’indique après moi, avec à-propos, le réputé site wikipedia). 

Demain soir, une chaîne d’Etat française va diffuser le reportage d’un réalisateur anglais sur l’ex-otage, suivi d’un débat avec des auteurs. Mais je n’y ai pas été invité, malgré ma relance auprès de l’animatrice du dossier.

Cette émission intervient au moment où la sortie du livre d'Ingrid connaît un échec fracassant en France, comme en témoigne son mauvais classement dans les ventes.

Les médias publics français, aux ordres du régime de Nicolas Sarkozy, se refusent à donner la parole à ceux qui ont été, comme moi, sur le terrain en Colombie, avec leurs expériences et documents, pour démontrer l’imposture du scandale Betancur. 

J’avais déjà été censuré en 2006 par TF1 pour la présentation de mon premier livre sur Ingrid, comme mes lecteurs le savent, après une intervention des services du Premier ministre de l’époque Dominique de Villepin, ex-ami intime de son élève à Sciences-Politiques Ingrid. 

La censure continue donc de frapper dans le soi-disant pays des droits de l’Homme – qui ne l’est plus que dans les images d’ Epinal – avec ce refus de m’inviter à cette émission. 

J’aurais pu y démonter, preuve écrite à l’appui, que l’ex-otage Betancur avait refusé d’obéir aux autorités de l’armée, de la police et des services secrets quand elle avait décidé le 23 février 2002 de gagner par la route la région aux mains des FARC. Elle s’était jetée dans la gueule du loup pour tenter de faire remonter dans les sondages (0,4% d’intention de vote à l’époque) sa candidature à la présidence de Colombie en mai 2002, avec une  séquestration par les terroristes qu’elle n’imaginait pas dépasser un mois, comme elle l’avait révélé après sa libération. Maintenant, devant les médias depuis New York (elle n 'a pas daigné se rendre à Paris pour s'xpliquer), elle assure que les autorités colombienns auraient dû « l'empêcher de continuer sa route ». On croit rêver…

Voici la copie de mon courrier à cette TV publique de l’Etat français, pour laquelle je dois payer une taxe de 120 euros/an : 

Pour Béatrice Schönberg 

23/09/2010 

Bonjour chère consoeur, 

 

Ancien rédacteur en chef à l'AFP, directeur de l'Agence à Bogota avant et pendant les premières années de captivité d'Ingrid Betancourt, et auteur de deux livres sur cette question, le dernier chez Fayard (Les secrets de l'opération Ingrid Betancourt-2009), je me permets de vous donner mes coordonnées pour m'inviter, si vous le souhaitez, à participer au débat que vous allez organiser lundi sur FR3 après le film sur Ingrid:  xxxxxxxxxx 

Je suis sûr que vous aurez apprécié ma démarche. Elle m'est dictée par le respect du service public, synonyme d'une information équilibrée et non pas partisane sur des thèmes aussi politiques que celui-ci. 

Confraternellement/ Jacques Thomet 

24 septembre 2010 

Le prix Nobel de l’inventivité devrait être décerné cette année aux espions de l’armée colombienne avec leur dernière trouvaille sur une « botte secrète »: un GPS miniature caché dans les chaussures orthopédiques de « Mono Jojoy », atteint d’un diabète avancé. Cette localisation du bourreau en chef des FARC a permis son élimination par les bombes ou les rafales de l’armée colombienne mercredi dans la nuit au cours de l’opération « Sodome ». 

Les services secrets avaient capté récemment un message du monstre de la guérilla, responsable de milliers de morts et de prises d’otages. Il demandait des chaussures spéciales pour calmer les douleurs de ses pieds atteints par un diabète récurrent. 

Le mini-GPS caché dans l’une des bottes fournies, par un espion dont on ne connaîtra jamais le nom, a permis de le localiser et de l’abattre sous les bombes, à l’heure où il avait coutume de sortir de son antre souterraine – entre 1H et 4H du matin- pour lire les derniers messages de ses hommes sur le territoire colombien. 

Le 2 juillet 2008, les mêmes services spéciaux colombiens, sous les ordres de l'ex-président Alvaro Uribe, avaient réussi à sauver 15 otages des FARC, dont Ingrid Betancur et trois Américains, après avoir manipulé les communications internes de la guérilla par radio pour inventer un faux déplacement des séquestrés par hélicoptère dans le cadre d’une pseudo-mission humanitaire. 

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