FRANCK LAVIER

12 juin 2016

Vous avez été plus de soixante enfants cités comme victimes présumées de viols dans les 30.000 pages du dossier judiciaire à Outreau.
Seuls 12 d’entre vous ont été reconnus comme telles et indemnisés
aux assises en 2005.
La jeune C., 16 ans, a osé parler. Son père, Franck Lavier, a été mis en examen pour viol, agressions sexuelles, et laissé en liberté sous contrôle judiciaire, mais avec interdiction de retourner au domicile familial.
Vos silences jusqu’ici s’expliquent : la peur, la honte, les menaces, l’amnésie post-traumatique, toutes les victimes les éprouvent à des degrés divers. Elles forment un mur entre vos blessures indélébiles et l’envie de les révéler à la face d’un monde qui vous semble indifférent.
Mais non, vous n’êtes pas seuls ! C. a ouvert la voie, il ne tient qu’à vous de vous y engouffrer pour faire sauter le barrage qui retient les immondices dans le cloaque du silence.
Vos prédateurs ont peur, sachez-le, et ceux qui les défendent tremblent.
Nous seront de plus en plus nombreux à vous soutenir.
Un autre victime va bientôt sauter le pas et imiter C., selon mes informations. Je ne puis en dire plus pour d’évidentes raisons.
Levez-vous en masse, et faites sortir la vérité de son puits !.

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25 août 2015

(Je ne vous donne ici que la moitié du chapitre concerné. Les coupures sont signalées par des points de suspension entre parenthèses)

D/ Le nouveau procès du couple Lavier en janvier 2012
a/ Le martyre de deux enfants
La vidéo inédite à Boulogne-sur-Mer sur une fête familiale alcoolisée et licencieuse en présence de petits enfants, baptisée « strip-porno » par les adultes, avait déjà suscité des rires jaunes dans le public, voire des grincements de dents en raison de la célébrité controversée de ses acteurs. Mais quand des photos en couleurs ont fait apparaître, dans leur immobile cruauté, les atroces sévices commis contre d’autres mineurs de cette lignée par certains des mêmes adultes, un silence glacial a envahi la salle, partagée, les yeux écarquillés, entre rictus de dégoût et sourdes exclamations d’incrédulité.
Les images de S, fillette de 11 ans, bras et dos marbrés de bleus à la suite de coups de pied, de poing ou de bâton, puis la vision de ses doigts gonflés, devenus noirs à force d’avoir été frappés avec une lame de sommier, n’étaient qu’un « hors-d’œuvre » de l’horreur, avant le gros plan atroce sur les jambes de L, frère de S, garçonnet de 10 ans. Sur chacun des clichés en question, on pouvait voir, sur la peau boursouflée du pré-ado, deux taches rouges suintantes de la grosseur d’un poing, sous la rotule et un peu plus bas sur le tibia. Ces lésions étaient le résultat du supplice dit « du balai », avec l’obligation de l’enfant, sur ordre de ses parents, de rester pendant des heures, voire des jours entiers, agenouillé au sol sur le manche, les mains sur la tête.
« Quand ma punition était enfin terminée, j’avais l’impression, en me relevant, que mes rotules allaient arracher le sol avec elles », devait confier aux autorités le petit martyr à la fin son calvaire. Dans n’importe quel cas identique de violences avérées, les auteurs de telles abominations auraient été mis en détention provisoire après leur garde à vue. S’en serait suivi un réquisitoire implacable du ministère public pour demander aux juges une lourde peine face à cette barbarie.
Ces scènes présentées sur un écran le 26 janvier 2012 ont eu pour cadre la France, et plus précisément Boulogne-sur-Mer, principal port de pêche national, dans le prétoire du tribunal local de grande instance (TGI), lors d’un procès hors normes. Au final, le ministère public demandera dans la soirée aux magistrats du siège de condamner les accusés à des peines avec sursis. Les deux présumés responsables des horreurs et autres délires éthyliques aux dépens de mineurs, déférés devant le même tribunal le 26 janvier, n’étaient autres que Franck et Sandrine Lavier… Deux des treize acquittés d’Outreau, remis en liberté en 2005.
Outreau. Cette banlieue sans vie apparente, en surplomb de Boulogne-sur-Mer, on y grimpe à pied en vingt minutes après avoir franchi le pont sur la Liane. Pratiquement vide de toute activité commerciale, elle porte à jamais les stigmates de sa maléfique Tour du Renard. Sur cette hauteur sans âme, que j’ai découverte en 2012, les rares passants fuient le regard de l’étranger pour courir rejoindre leur foyer. Le jardin d’enfants reste vide avec son toboggan inutilisé. Aucun sportif en herbe ne foule le terrain de basket. Ses huit HLM de cinq étages, aux façades blanches proprettes, ont servi de cadre aux viols présumés commis à la chaîne contre des enfants par des adultes, selon les cotes judiciaires de l’enquête menée par le juge Fabrice Burgaud entre 2001 et 2002.
(…)
Aurélia, devenue majeure en 2011 et mère d’un bébé la même année, appartient au sinistre contexte d’Outreau, affaire qui a éclaté en 2001. Omettons son nom de famille pour la laisser en paix. Elle est l’un des douze enfants reconnus victimes d’actes « criminels » ou « correctionnels » devant les assises de 2004 et 2005. Aurélia apparaissait dans l’une des vidéos de strip-porno, tournée en 2008 et projetée par le ministère public, mais elle était encore mineure à l’époque. Sa présence dans ce « délire festif », ainsi qualifié à la barre par l’un de ses participants, explique les accusations de corruption sur mineurs de plus de 15 ans contre le couple Lavier et le reste de la famille.
J’ai assisté à la totalité de l’audience du 26 janvier 2012 pendant les onze heures du débat jusqu’au réquisitoire et pris en notes les interventions des parties en présence. L’affaire commence le 24 février 2011 à Boulogne-sur-Mer. Elle comporte tous les ingrédients d’un roman d’Hector Malot, mais sans aucune suite « qui finit bien » après le triste « Sans famille » d’anthologie.
Ce jour-là, L. et S. sonnent à la porte de Mme X, assistante maternelle. Les deux gosses viennent de parcourir, main dans la main, six kilomètres à pied pour s’enfuir du domicile paternel situé dans la vieille ville de Boulogne-sur-Mer. Ils ont emporté un maigre bagage avec eux. Dans le mélange redoublé de leurs plaintes contre les sévices subis chez eux, ils insistent pour se réfugier chez cette « nounou ». Mme X a en effet hébergé la petite S, quand elle fut placée chez elle, de 2001 à 2005, par les services sociaux, durant la détention de ses parents. Franck et Sandrine Lavier étaient alors accusés de violences ou de corruption de mineurs à Outreau.
Les deux petits décrivent un panorama dantesque devant celle qu’ils appellent « tata ». Elle va vite prévenir les autorités après avoir nourri ces désespérés, souvent « privés de manger chez papa et maman » selon leurs dires. Pressés de fuir, ils n’ont pas eu la force d’emmener leurs jouets déjà empaquetés dans des sacs à la maison. Car ces enfants vivaient non plus dans la HLM d’Outreau, dans l’immeuble des Merles, mais dans une maison de trois niveaux, en plein cœur de Boulogne-sur-Mer, sur l’avenue bourgeoise du Général de Gaulle. Quelle revanche pour leurs parents, ces parias acquittés en appel à Paris en 2005 !
Indemnisés à hauteur de 500.000 euros après leur libération par le jury des assises, Franck et Sandrine Lavier avaient quitté en 2006 la Tour du Renard. Avec le pactole versé par l’État, ils avaient alors acheté cette maison pour 220.000 euros ainsi qu’une grosse voiture, meublé les trois étages et équipé les lieux du dernier cri en matière de télévisions, ordinateurs, consoles de jeux, et même caméras internes pour surveiller dans leurs chambres S. et L., devenus les brebis galeuses du foyer depuis la naissance de deux nouveaux bébés après 2006.
Derrière cette façade d’un luxe inespéré pour un couple qui n’a jamais cessé depuis longtemps de vivre des aides sociales sans travailler, les fissures ont vite démoli les espoirs d’une nouvelle vie pour S. et L. sortis en 2006 de leur foyer d’accueil pour être remis à leurs parents acquittés. Leur sœur Aurélia les avait rejoints à la même date au domicile paternel, après de longues années passées chez une assistante maternelle. Pour la bonne compréhension de ce milieu familial, soulignons le refus d’A., une autre fille de Sandrine Lavier née également d’une autre union et aujourd’hui âgée de 16 ans, de revoir son beau-père. Comme Aurélia, elle se trouve dans la liste des douze enfants victimes d’Outreau et indemnisés par l’Etat, pour des « actes correctionnels » commis par des adultes. Elle n’a jamais cessé de maintenir ses accusations contre ses prédateurs.
Insistons ici sur un point fondamental : douze mineurs ont été reconnus en 2005 par les jurés comme victimes de sévices sexuels. Onze d’entre eux ont été indemnisés à hauteur de trente mille euros chacun. Le douzième n’a reçu que dix mille euros pour une raison inexpliquée.
Quinze enfants, en première instance à Saint-Omer (2004), avaient reçu cette qualification de victime, mais trois d’entre eux, M., J. et F. avaient retiré leur plainte entre les deux procès malgré l’étendue de leurs dénonciations initiales. Pour quelles raisons ont-ils alors renoncé à leurs mises en cause précises dans les trois cas ? Je vous laisse l’imaginer, dans l’impossibilité de confirmer l’évidence, faute de preuves face au silence ultérieur de ces trois mineurs. Selon les dernières informations puisées à une source présente à ces assises, ils auraient été effrayés par l’audition odieuse de leurs camarades à la barre par les avocats de la défense.
Un quatrième des enfants concernés dans la liste des victimes, A. (il est encore mineur), l’a été pour une raison technique : la justice a reçu son dossier hors délais légaux… Il avait pourtant révélé les détails des sévices sexuels dont il avait accusé son père : « Il me suçait, je le suçais », selon son témoignage devant la police.
À peine réfugiés chez l’assistante maternelle, les deux petits fugueurs continuent à énumérer leur martyre. Cette confession effraie l’assistante, puis dans la foulée les policiers aussitôt avertis, ainsi que les juges, médecins et psychiatres chargés de recueillir leurs témoignages. Une longue litanie de sévices, punitions et violences, ponctue leurs auditions. Dès 2008, les relations de S. et L. avec leurs parents se détériorent, comme va l’avouer Sandrine Lavier devant les juges ce 26 janvier 2012. « Ils ne nous disaient plus bonjour, faisaient ce qu’ils voulaient », accuse-t-elle alors, sans jamais se remettre en cause à la barre pour expliquer cette attitude, pas plus que ne le fera son mari.
Si les deux gamins ont pris la fuite, selon leurs aveux, ce n’est pas pour une mauvaise querelle sur une absence de salutations. La raison, bien plus grave, concerne une série de sévices commis sans relâche par leurs parents, ainsi que le révélera l’avocate générale. Les deux enfants n’ont plus de vie commune qu’à l’occasion avec leurs géniteurs. « Nous étions relégués au dernier étage de la maison, ont-ils confié aux enquêteurs qui ont pu vérifier leurs dénonciations. Nous n’y avions ni lumière ni eau ni aucun chauffage, car la chaudière était en panne depuis six mois. Nos parents (qui ont confirmé ce point devant le tribunal) invoquaient l’absence de ressources financières pour la remplacer. »
Après que la présidente du tribunal, Nicole Jarno, eut cité cette révélation, ni elle, ni le procureur en titre, Nathalie Bany, ni la défense des enfants (Me Laurence Chopart), ni la partie civile (Me Emmanuelle Dehec) ne réagiront pour demander au couple Lavier le comment d’une telle faillite après leur jackpot de 2006, sans compter l’apport mensuel de leurs avantages sociaux : RSA, allocations familiales…
Un jour S. avait été surprise au collège en train de se laver les cheveux dans les toilettes. Aucun des deux parents ne montait plus à leur dernier étage pour s’occuper ni de leur bain ni de leurs devoirs, excepté pour leur infliger des punitions. « D’abord copier des lignes et des lignes sur un cahier, du genre « je ne recommencerai pas », puis le balai sous les genoux, ou la chaise (cf. infra), ou encore les coups », selon leurs confessions réitérées.
Ces punitions, progressives dans leur brutalité, n’avaient comme « crimes » commis par les gamins pour les justifier que la découverte, par exemple, d’un emballage de gâteaux par leurs parents dans leur chambre. Affamés, souvent privés de petit déjeuner, contraints d’attendre une autorisation qui ne venait parfois jamais pour aller se laver dans la salle de bains, les deux enfants en étaient réduits à chaparder des biscuits dans le salon du rez-de-chaussée. Quand, faute de réserves dans les armoires paternelles, ils ont monté d’un cran avec le vol d’une boîte de chocolats dans un magasin Lidl, leur peine a augmenté.
Les caméras installées dans chacune de leurs chambres visaient à permettre à leurs parents de contrôler devant un écran d’ordinateur, depuis le rez-de-chaussée, « s’ils faisaient leurs punitions », comme l’avouera Sandrine Lavier à l’audience du 26 janvier 2012. Le jeune L. révèle alors tous les détails sur le supplice de « la chaise ». Selon lui, il était contraint, comme nouvelle punition, de simuler la position assise, mais sans le support d’un siège, jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue. Essayez, amis lecteurs, de compter dans cette position combien de temps vous pourrez la maintenir avant de vous écrouler. Cinq minutes à peine pour ma part ! « J’ai réussi à tenir pendant vingt-cinq minutes », devait avouer le gamin dans une audition.
Cette torture, qu’il faut bien appeler ainsi avec comme victime un enfant âgé à l’époque des faits de moins de 10 ans, a été invoquée par Laurent, le frère de Franck Lavier, lui aussi poursuivi le 26 janvier 2012, comme un « héritage familial » subi dans leur propre enfance. Mais le supplice dit « du balai » dépasse tout ce que les enquêteurs avaient pu imaginer avant d’entendre le petit L. : « Pendant des heures, parfois des jours, je devais rester au sol sur mes genoux, appuyés sur un balai, les mains derrière la tête, avant de pouvoir regagner ma chambre. » Selon ses propres aveux, l’adjonction du balai sous ses rotules avait été décidée par sa mère après que L. lui eut dit un jour, dans un accès de rage : « Rester à genoux sur le sol ne me fait plus mal ! »
Pendant l’audience, où les enfants victimes n’ont pas été convoqués à la barre, les confessions de L. et de sa sœur S. ont été avalisées par de multiples témoignages. Tous concordants. Ces dénonciations de violences caractérisées commises par les principaux accusés, le couple Franck et Sandrine Lavier, ont été relevées par la présidente du tribunal, à partir des auditions par les enquêteurs de leurs copains à l’école, du principal du collège des deux enfants, et même de l’inspecteur local de l’Éducation nationale.
Sandrine Lavier efface une larme furtive quand lui est rappelé son aveu antérieur devant la police en 2011 sur le supplice du balai (« infligé une seule fois », avait-elle alors reconnu). Elle et Franck maintiennent leurs dénégations. Ils se limitent à reconnaître avoir mis à genoux L. et S., « mais au maximum une heure de temps à chaque fois, et sans balai ». Aucun des deux n’esquisse la moindre demande de pardon envers leurs petites victimes avérées. Le mot « excuses » ne sortira jamais de leurs lèvres.
À la barre, Sandrine, petite femme menue aux joues crayeuses, fait clignoter ses yeux au gris glacial, réduits maintenant à une minuscule amande comme sous le poids des révélations enfantines. Ses regards furtifs de gauche à droite tiennent d’un ballet d’essuie-glace comme pour rejeter la pluie d’aveux attendus par la salle. Elle hésite, bafouille des propos inaudibles, interroge du regard son avocat, se plante dans des silences interminable, avant d’écarter ses responsabilités pour les rejeter sur les deux petits. « C’est gênant », telle sera la seule réaction de cette mère à la question des magistrats sur l’étendue du drame dénoncé par les enfants.
Avec Franck, grand dégingandé qui a du mal à se tenir droit, le spectacle ne change pas. D’une démarche chaloupée, il se rend à la barre, bras ballants. D’une pâleur mortelle à son arrivée au palais de justice le matin, il a repris de légères couleurs devant le ton courtois des débats, après avoir fumé une cigarette à l’extérieur pendant une suspension de séance. L’homme nie tout. Ni le siège ni le parquet ne le poussent dans ses retranchements malgré l’accumulation des charges, comme la confession de L. devant les gendarmes : « « T’as mal ? T’as mal ? », me criait mon père quand je tombais à terre. »
Le balai ? « Jamais de la vie ! J’obligeais les enfants à s’agenouiller, mais sans mettre ce manche sous leurs rotules, et pas plus d’une heure durant. » La chaise ? « Seulement une fois, mais c’était pour montrer aux enfants cette punition que j’avais souvent subie dans mon enfance. » Les coups violents, comme ce jour où la petite S, selon ses dires, est projetée contre une armoire ? « Avec ma force, je l’aurais massacrée si tel était le cas. À l’époque je pesais cent vingt kilos, elle quatre. Si je ne m’étais pas retenu… », rétorque-t-il pour se justifier.
Et pourtant, que de témoignages accablants contre les accusés, mais aussi contre les personnes ou autorités responsables de ne pas avoir dénoncé les violences contre L. et S., dont ils avaient eu connaissance… six mois avant leur fuite apeurée, sans aucune réaction de leur part, ainsi que le révélera à l’audience le procureur. Dès septembre 2010, qui pouvait en effet ignorer à Boulogne-sur-Mer, dans l’entourage des deux gamins, les atrocités commises contre eux ?
Dans un sursaut de colère maîtrisée, le procureur vient pourtant d’égrener devant nous la liste de ceux qui savaient, mais n’ont pas ouvert la bouche – en tête l’Éducation nationale – sans qu’aucun d’entre eux ne soit appelé à la barre pour confirmer les horreurs dont ils avaient eu connaissance. Comme une bouteille à la mer, le garçon avait ainsi écrit un mot à son instituteur sur les sévices que lui et sa sœur subissaient. Il l’avait glissé dans le cahier de punitions – où il devait copier des lignes et des lignes, du genre « je serai gentil avec papa et maman » – que ses parents exigeaient qu’il remplît quand il avait osé dérober un paquet de gâteau dans la cuisine pour conjurer sa faim. Quand le directeur du collège découvre ces appels à l’aide du garçon, il le convoque, lui et sa sœur. Le garçonnet lui révèle uniquement les « coups de baguette sur la tête et les gnons » reçus de son père, mais attribue les énormes hématomes sur ses genoux et tibias à des « chocs contre un meuble ». Sa soeur se contente d’évoquer « les claques » des parents.
Devant l’infirmière du collège, la fillette avait justifié ses bleus, ses doigts gonflés et des douleurs abdominales par des accidents, comme si elle s’était « coincée » dans une porte. Elle lui avait confié l’absence de chauffage dans leur maison. Une assistante médicale avait appris à ses supérieurs qu’elle se lavait les cheveux dans les toilettes du collège, « faute d’eau chez elle ». Une autre enseignante avait accueilli « à plusieurs reprises » en classe la petite couverte de blessures. Alors qu’elle les avait expliquées par une chute à vélo, son frère avait démenti cette version et assuré qu’elle avait été balancée contre un lavabo sous les coups de son père.
Alerté par cette succession de faits très graves, l’inspecteur local de l’Éducation nationale, M. Bouvier (son nom a été cité par le procureur), avait alors reçu L. et le directeur du collège, puis proposé à ce dernier de faire un signalement auprès des services sociaux chargés de la défense de l’enfance. Cette initiative, qui aurait permis d’abréger de six mois le calvaire des enfants, ne sera jamais prise par la chaîne hiérarchique de l’enseignement public. Le directeur du collège, M. Lherbier ou Lerbier (toujours selon le procureur), s’est alors contenté de « recommander, à cause d’Outreau et de l’innocence des accusés, la plus grande prudence », et de demander « le retour d’informations » aux autres enseignants. Cette requête n’obtiendra aucun résultat.
(…)
Le 23 février 2012, le jugement de Franck et Sandrine Lavier a été rendu selon les vœux du ministère public, soit sans aucune incarcération : dix mois et huit mois de prison avec sursis respectivement contre Franck et Sandrine Lavier, et deux ans de mise à l’épreuve, soit une peine inférieure à celle demandée.
(…)

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