Fillon

 

1er février 2017
Quand les hyènes quitteront le poil de Fillon pour consacrer ne serait-ce que le dixième de leur temps à enquêter sur l’absence d’enquêtes préliminaires sur des viols présumés de mineurs en France, nos compatriotes commenceront à respecter les médias en pleine déliquescence pour leur absence d’indépendance.
Il ne s’agit pas ici de défendre Fillon, au contraire, mais de dénoncer une presse aux ordres du pouvoir, aujourd’hui comme hier, ainsi que le démontre l’analyse brute de cette affaire.
Ok, ce n’est pas bien pour le candidat de la droite d’avoir pris femme et enfants comme attachés parlementaires. Mais…
Mais on oublie:
- que c’était légal aux époques incriminées
- qu’aujourd’hui plus de cent collègues de ce député ont ou femme ou enfant comme attaché parlementaire
- que ceux des députés ne prenant pas d’attaché parlementaire encaissent le même montant que Pénélope sur leur compte en banque sans avoir travaillé davantage pour cela.
Comment l’argument-massue « oui mais Fillon devait montrer l’exemple » peut-il tenir dans ces conditions ?
Ce que l’on aimerait comprendre, même si la presse n’a étrangement toujours pas posé la question, c’est pourquoi une enquête préliminaire n’a pas été ouverte aussi contre la centaine ou plus de députés qui emploient leur épouse ( dont Claude Bartolone, le président !) ou un de leurs enfants comme attaché parlementaire….
En fait la réponse va de soi. Parce que nous avons une justice politique dans le pays qui invoque la séparation des pouvoirs depuis Montesquieu sans l’avoir jamais appliquée.
Aucun média n’a posé la question: qui ouvre une enquête préliminaire ? C’est un officier de la PJ ou exceptionnellement le procureur de la république.
Dans l’affaire Fillon, le parquet financier qui a pris l’initiative, a révélé cet organe judiciaire dans un communiqué qui se réfère à « l’article du Canard enchaîné » comme cause de l’initiative. C’est stupéfiant !
Donc de deux choses l’une: ou le Canard dispose d’un costume de procureur, ou le procureur en titre a reçu des ordres de la Chancellerie, actuellement aux mains des socialistes, mais sans le dire. Dans les deux cas, on est mal.
Car si le Canard est devenu un Fouquier-Tinville de papier (au vitriol), il faut que ses mises en cause s’appliquent dans tous les sens. Ainsi, pourquoi aucune enquête préliminaire n’a-t-elle été ouverte quand l’hebdo satirique a rapporté en juillet dernier une gravissime mise en cause du chef du Gign par certains de ses hommes pour l’absence d’intervention de leur escadron lors du massacre au Bataclan ? Cet article avait une autre importance, en plein état d’urgence contre le terrorisme, que celle de Pénélope, ou pas ?
Si un procureur ouvre une telle enquête sur une affaire qu’il sait légale, comment ses collègues dans tout le pays peuvent-ils hésiter à faire de même à l’encontre des milliers d’auteurs présumés de viols contre des enfants qui sont des crimes ? Les médias restent le plus souvent muets quand une mère dénonce ce laxisme devant eux, preuves à l’appui, et je sais de quoi je parle depuis mon enquête sur Outreau. Le silence de la presse dans l’affaire Polanski aux Césars a été balayé par nos actions sur les réseaux sociaux, heureusement, et le pédocriminel a été contraint à la démission .
Quand on veut tuer son chien, tout le monde connaît la suite. Un scénario similaire (mais ne souhaitons pas la même issue à Fillon) s’est produit en 1993 aux dépens de Pierre Bérégovoy, le premier ministre socialiste qui s’est apparemment suicidé. Là encore c’est le Canard Enchaîné qui avait lancé les chiens (expression de Mitterrand lors des obsèques) contre cet homme respectable qui serait devenu président de la république en 1995. Mais il en savait trop sur la corruption des élites socialistes, y compris sur les étranges comportements de la famille Mitterrand, jamais étalés sur la voie publique par le même hebdo satirique.
Dans la course aveugle à l’abîme qu’illustre l’affaire Fillon, tout concourt à se demander s’il ne s’agit pas d’une suicidaire politique du pire, comme dans le dossier Bérégovoy.
Si Fillon se retire, la droite va se liquéfier. On aura un second tour Le Pen-Macron. La vraie gauche n’ira pas voter, et la Bretonne sera élue.
En 1995, à la place d’un excellent président de gauche, on a hérité de 17 années amorphes, puis de 5 en apesanteur.
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