CHRISTOPHE BECK

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17 mars 2009 (Si les médias veulent publier cette exclusivité, j'en serais fort aise, mais svp citez mon blog en échange !)

Quand on a été pris en otage par la guérilla de Colombie, il vaut mieux s’appeler Ingrid Betancourt, alors candidate à la présidence colombienne et désormais aidée par la France, que de porter le nom de Christophe Beck, un entrepreneur français ruiné et désormais au bord de la misère.   Elle, qui s’est jetée dans la gueule du loup (les FARC) pour faire remonter une cote exsangue dans les sondages (0,3%), a été médiatisée pendant son calvaire, transformée en héroïne par le pouvoir français, et reçue à grands frais à Paris dans un hôtel 5 étoiles. 

Lui, séquestré à son corps défendant par l’autre guérilla de l’ELN de 2005 à 2006, est sans le sou après la vente de tous ses biens par sa famille pour payer une rançon de 600.000 dollars aux terroristes. A 64 ans, il vit avec son épouse Martine dans un mobile home prêté par un ami, près de Perpignan, avec une retraite de 1200 euros par mois.  Un abîme sépare les deux ex-otages dans le traitement par l’Etat français de leurs cas respectifs, mais bien au-delà de ce que j’avais déjà relaté ici et dans mon dernier livre sur Les secrets de l’opération Betancourt (Fayard). L’entretien que je viens d’avoir par téléphone avec Christophe Beck fait froid dans le dos, et va plus loin encore dans les révélations contenues  dans son récent livre L’otage oublié (Jean-Claude Gawsewitch). 

Pendant l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, la famille et l’ex-mari de l’otage ont été reçus à de multiples reprises par les présidents Chirac puis Sarkozy, par les ministres des Affaires étrangères Villepin puis Douste-Blazy. Le battage des médias s'est amplifié sans relâche.

Pour sauver Christophe Beck, la France a opéré un hallucinant silence radio. « Mon épouse a envoyé une lettre recommandée à Jacques Chirac. Il ne lui a jamais répondu », s’exclame ce chef d’entreprise. « Aucune autorité parisienne ne l’a jamais reçue ni contactée. Ni Douste-Blazy, ni Noël Saez (note de ma part : cet ancien consul a effectué 25 voyages en Colombie pour tenter d’obtenir la libération d’Ingrid sans aucun succès), ni Daniel Parfait (note : alors directeur des Amériques au Quai d’Orsay et amant d’Astrid, la sœur d’Ingrid, qui n’avait pas divorcé de son mari comme je l’ai révélé ici), ni personne, à part un quatrième couteau du Quai », s’indigne-t-il. « Si je venais à rencontrer Douste-Blazy, je lui mettrais deux baffes. Il nous a pris pour des cons ! », assure l’ancien otage. Le mépris de l’ex-ministre face à la détresse du Français Christophe Beck contraste avec sa dévotion à la cause de la Colombienne Ingrid Betancourt. J’ai révélé dans mon livre déjà cité que Douste-Blazy avait osé proposer à un ami journaliste français, qui partait en reportage en Colombie, de transmettre un message aux FARC : vous libérez Ingrid et on vous retire de la liste des organisations terroristes ! Le collègue avait refusé. 

Pis encore. Le Quai et le consulat de France à Caracas (note : M. Beck avait été enlevé au Venezuela puis vendu à la guérilla colombienne par ses geôliers) n’ont cessé de demander à la famille du Français de « ne pas médiatiser. Ce fut abject. Ils ont même insisté pour que notre député-maire des Pyrénées Orientales, François Calvet (UMP), cesse de politiser mon affaire », révèle l’ex-otage. Son calvaire aurait pu « prendre fin six mois plus tôt, assure-t-il, si le ministère français avait accepté d’aider les miens pour obtenir un prêt de 10.000 euros – j’insiste sur ce point : ma famille n’avait pas demandé un don – afin de boucler la rançon. Le Quai n’a pas donné suite, alors qu’il nous restait un lopin de terre en France qui pouvait servir d’hypothèque. Ce refus a obligé ma femme à liquider notre propriété de 1.500 bovins, développée après des années d’effort, sept jours sur sept. Nous nous sentions un peu les ambassadeurs de la France, avec cet élevage d’abord bas de gamme devenu un bétail de race, que je présentais dans les concours agricoles ». 

Le parcours de l’ancien otage mérite d’être retracé. Patron d’une entreprise de construction métallique, « Beck & Cie » à Perpignan, il l’a revendue à ses ouvriers qui ont en fait une coopérative. Lui-même a contribué au montage de son capital, payé les juristes, et « fait du social », comme il aime à le rappeler, avant de partir pour une nouvelle aventure au Venezuela achevée dans les larmes.  « Leur société reste la première du Languedoc-Roussillon en la matière», dit-il avec fierté, en avouant que ses anciens employés « l’invitent régulièrement au restaurant ».  « Aujourd’hui, je commence seulement à reprendre des couleurs, explique-t-il, car quand on rentre d’un tel chemin de croix, on est déphasé, paumé, détraqué. Je me perdais même dans Perpignan que je connaissais pourtant comme ma poche ». Dans leur mobile home, Christophe et Martine ne pourront pas lire ce reportage. « Nous n’avons pas de ligne téléphonique fixe, et donc pas accès à internet… », avoue-t-il. 

4 mars 2009

Votre silence, Ingrid Betancur, confine à un aveu face aux mises en cause en série dont vous faites l’objet dans deux livres, signés par rien moins que Noël Saez, l’émissaire français qui a risqué sa vie pour tenter d’obtenir auprès des FARC votre libération entre 2002 et 2008, et par les trois Américains ex-otages avec vous de cette guérilla avant votre libération commune par les services secrets colombiens le 2 juillet 2008.

Noël Saez vous a traitée d’ « ingrate », pour ne pas avoir daigné le remercier pour ses 30 séjours en Colombie chez les FARC, et les Américains vous accusent de les avoir catalogués comme agents de la CIA, au point d’aider les FARC à fouiller les affaires des otages, entre autre, pour ne pas parler de la nourriture, des livres et de la radio que, selon eux, vous gardiez par devers vous.

Les Colombiens, par centaines, vous incendient sur les sites internet des médias locaux. Votre mutisme alimente les spéculations les plus folles sur votre attitude. Les Français ne comprennent pas pourquoi vous êtes apparue en pleine santé le jour de votre libération, avec trois jours consécutifs de spectacle en Colombie puis à Paris, alors que votre famille, et le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, vous donnaient la veille « à l’article de la mort ».

 

Avant de vous condamner à un oubli irrémédiable, vos attitudes consternantes, décriées maintenant y compris par un honorable fonctionnaire français comme Noël Saez, exigent de votre part une rectification, que vous saurez observer eu égard à votre dévotion pour la Vierge Marie, consacrée par votre voyage dans la grotte de Lourdes puis au Vatican, avec votre réception, en compagnie de votre mère Yolanda et de votre sœur Astrid, par le Pape, qui n’a pas pris ombrage de vos divorces à toutes les trois.

 

Les prix que vous avez recus, notamment les 70.000 euros du trophée de la Concorde décerné par le Prince des Asturies, Felipe, héritier de la Couronne d’Espagne, se doivent de revenir à leurs véritables récipiendaires. Nous vous avions demandé ici de léguer ce prix à Christophe Beck, un ex-otage français de la guérilla colombienne. Votre bonté s’irradierait de lumière sainte si vous condescendiez à verser  ces quelques euros, une paille pour votre riche famille, à un homme ruiné par la vente de ses biens pour payer la rançon de 600.000 dollars exigée par les terroristes.

Mais notre humble requête ne peut s’arrêter en si bon chemin de Damas. La France, en ruines, accumule les déficits. Pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes de votre indéfectible passion mariste pour rembourser les frais engagés par la France depuis votre enlèvement en 2002 ?

Si j’en crois les augures, vous allez toucher près de un million d’euros pour publier vos mémoires d’otage chez un éditeur français. Vous seriez à jamais remerciée de votre geste si vous reversez cette somme au Trésor français. Votre image ne pourra ainsi que regagner les points que les livres cités vous ont fait perdre dans les sondages.

 

A tous, vous pouvez signer cette lettre, il suffit de l'indiquer dans un commentaire. 

7 février 2009 

 

Madame, 

Les lecteurs de ce blog, l’un des plus courus pour connaître la réalité des Andes, et notamment de votre première patrie, la Colombie, sont unanimes à vous adresser cette requête, que nous espérons digne de votre bienveillance. 

Vous n’ignorez sans doute pas la tragédie vécue par Christophe Beck, cet éleveur français expatrié au Venezuela, enlevé à 61 ans par la guérilla colombienne de l’ELN et enchaîné pendant 12 mois à un arbre, avec un rayon d’action limité à deux mètres. Sa famille a dû vendre tous ses biens pour payer la rançon de 600.000 euros exigée par les terroristes, sans pouvoir disposer comme vous de l’aide française. 

Même un prêt de 10.000 euros demandé au Quai d’Orsay a été refusé aux Beck pour boucler le montant de l’extorsion. Le fils de cet otage a été contraint de liquider à son tour ses biens pour permettre la libération de son père. Toute la famille a alors dû rentrer en France début 2007, dans le plus complet dénuement, sans pouvoir bénéficier ni d’un avion de la République, ni d’un accueil fastueux sur notre sol, ni même du réconfort essentiel que vous a procuré à vous le sentiment de n’avoir jamais été abandonnée par votre pays d’adoption. 

Vous n’êtes certes pas responsable de cette différence criante de traitement, par les autorités françaises, entre votre séquestration et celle vécue par notre compatriote. Néanmoins, lors de la remise par le prince Felipe du prix des Asturies pour la Concorde, l’été dernier à Oviedo, vous avez déclaré « recevoir ce prix au nom de [vos] compagnons séquestrés ». 

Nous connaissons votre désintéressement, vous qui avez renoncé à une existence confortable pour tenter d’être élue à la présidence de la Colombie, avant de passer plus de six ans sous le joug des FARC. 

Nous connaissons aussi votre combat incessant pour la justice et votre attachement profond à la France, si merveilleusement exprimé dans la lettre bouleversante que nous avons tous en mémoire. 

Pour illustrer ce combat, pour témoigner encore davantage de cet attachement, vous vous honoreriez en acceptant de verser à la famille Beck le montant du prix des Asturies pour la Concorde, soit 50 000 euros. 

Cette somme permettra à M. Beck et à son épouse, victimes comme vous de la barbarie de la guérilla colombienne, de quitter la caravane où ils vivent depuis plus d’un an, en pleine nature, pour acheter un studio et vivre avec leurs 1 200 euros de retraite. 

En vous remerciant par avance pour cet acte de solidarité,

Le blog 

 

3 février 2009 

L’intolérable indifférence du ministère français des Affaires étrangères dans l’affaire de l’ex-otage français de la guérilla colombienne en 2005, Christophe Beck (cf. mon article antérieur), ne doit pas jeter le voile de l’oubli sur l’action courageuse sur le terrain que mènent certains diplomates et policiers, comme dans la libération de Stépanie Minana en 2004 au Venezuela. 

Cette étudiante française de Biarritz (Pyrénées occidentales) avait été séquestrée pendant 46 jours dans un cul de basse-fosse par un commando de truands vénézuéliens et guérilleros colombiens qui exigeaient deux millions d’euros pour la libérer. Le Quai d’Orsay avait alors pour ministre le sulfureux Dominique de Villepin, ancien ami proche d’Ingrid Betancur (au nom francisé en Betancourt).

Non seulement Villepin n’a rien fait pour la libérer, mais ils n’a à aucun moment convoqué les médias, comme il le faisait à tout moment pour exiger du président Alvaro Uribe qu’il capitule devant les FARC pour accepter leur diktat et faire ainsi libérer Ingrid. Il avait y compris accepté que la France paye une rançon aux terroristes, versée en fait à de faux rebelles vite évanouis dans la nature.   

Pour Christophe Beck et Stéphanie Minana, le Quai n’a pas versé un seul denier. Abandonné par le Quai d’Orsay, Monsieur Beck est aujourd’hui ruiné, condamné à vivre dans une caravane près de Perpignan, après que sa famille eut vendu tous leurs biens au Venezuela pour payer la rançon aux terroristes colombiens. Vous comprendrez mon courroux (un euphémisme) quand j’ai su que le terroriste des FARC Wilson Bueno, alias Isaza, est désormais hébergé en France, et entretenu aux frais du contribuable, depuis deux mois, pour avoir libéré l’un des otages qu’il maintenait enchaînés à des arbres.

Quand il a été libéré, Christophe Beck avait souligné le contraste entre l’aide sur place apportée à sa famille pendant son calvaire de 13 mois par l’ambassade de France à Caracas, et l’indifférence du Quai, dont le directeur des Amériques n'était autre à l'époque que notre Daniel Parfait, bien connu de ce blog, pour être devenu l’amant (et non le mari) d’Astrid Betancur, la sœur d’Ingrid, quand il était ambassadeur en Colombie (2000-2004). Je reviendrai un jour sur l’action de ce dernier…  

Cette action des diplomates sur place au Venezuela, avec à leur tête l’excellent ambassadeur Pierre-Jean Vandoorne, apprécié de tous, que j’ai connu quand je dirigeais l’AFP dans la région, mérite d’être soulignée. Dans l’enlèvement de Stéphanie Minana, c’est cette ambassade qui a réussi à la sortir du guêpier. Quatre policiers français de l’ambassade étaient intervenus. L’un d’eux l’a sauvée, l’arme au point, en la couchant au sol quand ses geôliers avaient tenté de l’abattre. 

Le jour même de sa libération, j’avais pu parler au téléphone à Stéphanie. Je vous livre la copie de ma dépêche AFP du 25 janvier 2004 : 

« Encore sous le choc mais « si heureuse d'être là » après 46 jours comme otage au Venezuela, la Française Stéphanie Minana avoue avoir vécu « chaque seconde avec la mort » et tient à rendre hommage au policier français qui lui a « sauvé la vie », dans un entretien avec l'AFP depuis Bogota. 

   Etudiante en espagnol de 25 ans, elle avait été enlevée le 8 décembre à Valera, à 500 km au sud-ouest de Caracas, contre demande de rançon, avant d'être libérée vendredi lors d'un assaut des forces de l'ordre qui a fait un mort parmi les ravisseurs. Elle se reposait dimanche à la résidence de l'ambassadeur de France à Caracas, Pierre Jean Vandoorne.     »Dès que la fusillade a éclaté entre le commando vénézuélien et mes ravisseurs, un policier français s'est précipité sur moi, l'arme au poing, prêt à tirer pour me protéger », souligne-t-elle. Elle ne souhaite pas révéler l'identité de ce « merveilleux policier ». 

   L'assaut contre les auteurs de cette prise d'otage, au nombre de huit – sept Vénézuéliens et un Colombien – s'est déroulé dans la localité d'Agua Santa, à une cinquantaine de kilomètres de Valera, où l'un des frères de l'étudiante est industriel. Le commando policier, dont a fait partie un Français, était composé de vingt hommes.    Pendant ses 46 jours de captivité, « à l'air libre, exposée aux pluies, au froid, et à la grippe », l'étudiante française n'a eu accès « ni à un livre ni à la radio », mais aujourd'hui, elle « se sent si bien d'être en vie », ajoute-t-elle, qu'elle « ne réalise pas encore vraiment » ce qui lui est arrivé. 

   Pour tenir contre la « pensée de la mort permanente, à chaque seconde », elle « n'a cessé de prier et de songer à (sa) famille ». « J'ai lutté par amour, et cet amour m'a sauvée. C'est aux miens que j'ai aussitôt pensé dès que j'ai pris conscience d'avoir été arrachée aux bandits par la police », confie-t-elle.    Ses ravisseurs, qui exigeaient l'équivalent de deux millions d'euros pour la libérer, « ne lui disaient rien » sur leurs contacts avec sa famille. 

   Compte tenu de « l'enquête en cours », elle ne souhaite pas donner davantage de précisions sur ses conditions de détention, mais des sources de l'AFP avaient assuré samedi qu'elle avait été « fortement maltraitée et entravée ».    Stéphanie Minana a souffert de « déshydratation et de douleurs provoquées par ses liens », selon la police, mais elle ne se plaint aujourd'hui que des « amibes » contractées par une eau non traitée. « Je n'avais à manger que des féculents », poursuit-elle. 

   Originaire de Biarritz (sud-ouest de la France), l'étudiante a l'intention de regagner la France après ce qu'elle qualifie de « calvaire », mais « pas tout de suite », car elle a besoin de « se refaire une santé physique et morale ». 

Le 4 février suivant, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait décoré à Paris les quatre policiers français qui avaient participé à la libération de Stéphanie Minana. Après les avoir assurés de sa « reconnaissance » et de « l'admiration de nos compatriotes », M. Sarkozy leur avait remis la médaille « pour actes de courage et de dévouement. » 

    »Courage », et modestie pour le capitaine de police Jean-Philippe Goudet, du Service de coopération technique internationale de police (SCTIP), en poste à Caracas et seul des quatre à avoir participé directement à l'opération de ses collègues vénézuéliens.     »Ils ne voulaient pas que je les accompagne, ils ont tenté de me faire croire à une opération de routine lorsque je les ai vus se préparer à partir, armés », explique-t-il aux journalistes. 

   Alors, il a insisté et ils ont fini par accepter, non sans s'être assurés: « est-ce que tu a les c… pour venir? », se souvient-il.    Ensuite, après « 1h30 de marche depuis un village andin, nous nous sommes retrouvés à huit sur place, devant deux toiles de tente tendues entre deux arbres et un premier ravisseur a aussitôt tiré sur nous. Les Vénézuéliens ont riposté et l'ont abattu. » 

   Puis, « Stéphanie m'a demandé, en espagnol, si nous allions la tuer. Je lui ai répondu, en français, que non, que j'étais policier et compatriote. Alors, elle s'est jetée dans mes bras, mais je l'ai aussitôt couchée au sol pour la protéger de la fusillade car les deux autres ravisseurs présents s'enfuyaient en tirant à tout va », conclut calmement Jean-Philippe Goudet.     Il ajoute que les ravisseurs, moitié Vénézuéliens pour la détenir, moitié Colombiens pour les négociations, se sont comportés, pour les premiers, « comme des animaux. C'était de la délinquance commune de bas étage », estime-t-il.    Son autre collègue du SCTIP de Caracas, le commandant Fernand Cadrot et le commandant Alain Brunach ainsi que le lieutenant Philippe Albrand, de la police judiciaire française envoyés au Venezuela pour tenter de négocier avec les ravisseurs, ont été décorés de la médaille de bronze pour actes de courage et de dévouement. 

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3 février 2009 

L’affaire Betancourt, avec sa succession de mensonges, rançon, gaspillages, manipulation et propagande n’est pas près de se terminer. Le dernier rebondissement a pour cadre la publication ce mardi en France du livre « L’otage oublié » par Christophe Beck (Editeur Jean-Claude Gawesewitch), ex-otage français de la guérilla colombienne de l’ELN. 

Ses confessions révèlent la différence hallucinante de traitement entre cet homme, ruiné par le paiement d’une rançon pour sa libération, et la Colombienne Ingrid Betancourt. De son vrai nom Betancur, francisé ensuite, cet ancienne candidate à la présidence de Colombie a été reçue en grande pompe à Paris après sa libération par les FARC en 2008, hébergée dans un 5 étoiles de la capitale, invitée à voyager dans toute l’Amérique Latine en classe Affaires, et elle est accompagnée en permanence depuis lors par deux gardes du corps de la police française, en France et à l’étranger, aux frais du contribuable. 

Le Quai d'Orsay se doit d'expliquer les raisons de ce qui est pour moi un scandale.

Christophe Beck n’a pu retenir ses larmes dans son intervention ce soir à Canal +, dans le Grand journal, à l’évocation de son drame. Cet éleveur de bétail, âgé de 64 ans, possédait 1200 zébus au Venezuela, près de la Colombie, après 12 ans d’un dur labeur. Il avait été enlevé le 13 décembre 2005 par l’Armée de libération nationale (ELN). Sa famille a dû vendre toutes ses propriétés, ses bêtes, et son fils a fait de même avec ses biens, pour payer la rançon de 600.000 dollars exigée par l’ELN. 

Pour les néophytes, je rappelle que l’ELN est une guérilla résiduelle de Colombie. Ces rebelles vivent exclusivement du rançonnement des civils pris comme otages sur les routes, alors qu’ils se proclament fervents catholiques…Comme les FARC, les rebelles de l'ELN sont abrités par le président castriste Hugo Chavez derrière la frontière commune entre le Venezuela et la Colombie, longue de 2.300 km.

L’épouse de Christophe Beck, Martine, co-auteur du livre, avait alors demandé un prêt de 10.000 dollars au Quai d’Orsay pour boucler le règlement de la rançon. Cette requête avait été refusée par notre ministère. Les amis du couple avaient complété la rançon, pour permettre sa libération fin 2006. Aujourd’hui, le couple vit dans une caravane, chez un ami qui leur prête le terrain, près de Perpignan, avec une maigre retraite de 1200 euros par mois. 

   Cette différence de traitement entre l’ex-amie proche de Dominique de Villepin, Ingrid Betancur, et ce Français ruiné, exige à tout le moins une réparation de la part de l’Etat. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, comme le regrettait Jean de la Fontaine dans Les animaux malades de la peste : « Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». 

Le pire est à venir. Le fils de M. Beck, lui aussi ruiné, est marié à une Vénézuélienne…dont le visa n’a pas été renouvelé par Paris ! Ce scandale sur les ondes a conduit aussitôt le ministre de la Relance économique, Patrick Devedjian, présent sur le plateau de télévision, à dire « qu’il en faisait son affaire ». Ce n’est pas un visa qu’il faut tamponner, mais une vie à relancer, Monsieur le ministre. 

Il aura fallu ce livre pour dénoncer publiquement le double jeu de la France dans les affaires d’otage. A l’époque, je n’avais pas encore de blog pour m’en faire l’écho, mais j’en avais parlé devant les médias à la sortie de mon premier livre sur « Ingrid Betancourt : histoire de cœur ou raison d’Etat » (Hugo Doc). La presse avait fait le mort, hélas, sur l’affaire Beck. 

« Dans les affaires d'otages comme celle qui vient de se produire au Venezuela, le principe est de ne pas céder aux pressions pour obtenir de l'Etat qu'il paye une rançon », avait déclaré le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Denis Simonneau, le 26 décembre 2005.
« C'est sur cette base que l'Etat se mobilise pleinement, à chaque fois, pour obtenir la libération de nos compatriotes pris en otage », avait-il ajouté, un jour après la libération de M. Beck. 

Comment qualifier cette position du Quai d’Orsay, quand on sait que Paris, via l’agent secret Noël Saez, alias « 008 », a payé une rançon à de faux guérilleros pour une libération d’Ingrid qui n’a jamais eu lieu, avant son sauvetage par neuf agents secrets colombiens grimés en humanitaires ? 

Qui ignore dans les médias que la libération de la journaliste française Florence Aubenas et de son chauffeur Hussein Hanoun, enlevés en Irak pendant six mois en 2005, n’a été permise que par le paiement d’une rançon de plus de 15 millions d’euros ? 

J’attends la réponse du Quai à cette question : qu’allez-vous faire pour donner une chance à la famille Beck de reprendre une vie active, au Venezuela ou ailleurs ? 

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