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8 juin 2010 

 

Certains acteurs de la justice colombienne agissent souvent avec la précision d'une montre suisse. Le 2 juin, deux jours après le premier tour de l'élection présidentielle, une juge, Mary Luz Fonseca Avila, était prête à faire comparaitre dans son bureau, au milieu d’un grand battage médiatique, le général Freddy Padilla de Léon, Commandant des Forces Militaires, pour qu’il rende, comme n’importe quel accusé de droit commun, une « version libre » dans le cadre d'une «enquête préliminaire» qu'elle avait ouverte contre lui pour «conspiration» dans l’affaire des « faux positifs » de Soacha (1). 

 

Si cet outrage avait abouti, la Fiscalía aurait jeté le pays dans une période de violente agitation et d'alarme, à quelques jours seulement du second tour de l'élection présidentielle. 

 

Une semaine plus tard, cet épisode semble clos. Cependant, le doute nous assaille. Le but de la comparution était, peut-être, la déstabilisation de l’élection du 20 Juin, celle qui donnera très probablement la victoire définitive à l'ancien ministre de la Défense, Juan Manuel Santos. Mais qui peut assurer qu’avant cette date, il y n’aura pas d'autres soubresauts? 

 

Le général Padilla de León est un héros de la Colombie. Il est un officier  respecté et admiré par ses concitoyens. Ses états de services rendus à la République sont impeccables. Sous son commandement, et sous la direction du président Alvaro Uribe, les forces militaires et de police ont assené les coups les plus dévastateurs que les FARC ont connu depuis leur apparition dans les années 1960. 

 

La comparution du général Padilla était illégale car, comme on le verra, il n'y avait pas de motif pour la faire. Les intrigants  cherchaient à créer un  coup médiatique explosif en montrant le Général comme une sorte de  coupable. Ils voulaient faire de même avec un autre ancien ministre de la Défense, Camilo Ospina. Cette opération n'était que le préambule, vraisemblablement, d’une autre non moins provocante et absurde: la comparution du candidat Juan Manuel Santos et du président Uribe, des responsables politiques qui sont également la cible des viles accusations de Gustavo Petro, candidat présidentiel d’opposition qui a été à plusieurs reprises rejeté par les électeurs. 

 

Heureusement, le président Uribe, le général Padilla et une partie de l'opinion publique ont réagi avec détermination et ont réussi à déjouer la conjuration. Néanmoins l’impact psychologique de la fausse nouvelle et la menace d’une nouvelle comparution abusive pourrait se répéter. 

 

Voyons pour quelle raison. Informé par un journaliste qu’une rumeur sur cette injonction à comparaître circulait sur Internet, le général Padilla a alerté le chef d'État colombien. Padilla a également téléphoné au Fiscal général par intérim, Guillermo Mendoza Diago, pour lui demander une réunion urgente. Par téléphone, celui-ci a dit au général qu'il n'y avait pas d'enquête contre lui. Il a accepté de le recevoir. 

L'entrevue a duré 90 minutes au cours de laquelle le Fiscal général a de nouveau nié qu'il y avait une enquête contre le général. Padilla a rétorqué que, pourtant, il y avait en circulation un texte de la Fiscalía adressé à un prétendu «demandeur», M. Felipe Zuleta, un politicien antiuribista qui n’avait pas été élu  aux législatives de mars 2010. Mendoza Diago a admis que ce document existait mais qu’il s’agissait d’une « erreur ». Selon le Fiscal, un subordonné avait donné des renseignements «contraires» aux « instructions écrites au dossier » de demander au général une déclaration par écrit sur ce qu'il savait sur les faits survenus à Soacha. La thèse du Fiscal est que la déclaration écrite est une « déclaration potentielle ni compromettante ni aggravante dans cette enquête ». Il termina en disant que lui même s’engagerait à enquêter sur l'affaire et que, si possible, il serait «le premier à aller au devant des médias pour clarifier la situation ».   

Mais il n’en a rien fait. Quelques heures plus tard, les médias étaient toujours en possession de la fausse nouvelle. Mendoza n’avait apporté aucun démenti. Plusieurs journalistes ont bien tenté de vérifier l’information, mais il n’a pas daigné leur répondre au téléphone. 

 

Très déçu par cette attitude, le président Uribe, le matin du 2 juin 2010, lors d'une cérémonie de promotions de lieutenants de la Police colombienne, a dénoncé la manœuvre  contre le général Padilla et a rappelé d'autres épisodes où la Fiscalía avait lancé des accusations injustifiées contre les militaires et la police. Il a dénoncé « les avocaillons et les idiots utiles et inutiles du terrorisme» qui cherchent à abattre les forces armées. Acculé, le Fiscal général a dû admettre, en fin de journée, qu'il y avait eu une «erreur» de la part de l'auteur du document officiel, admettant qu’il « est pratiquement un acte d'accusation quand en réalité il n’y a rien de tel». Mendoza a expliqué que la Fiscalía voulait seulement faire une «vérification des faits » par rapport à trois plaintes déposées en mars 2009 et en janvier 2010 « contre le président [Uribe], contre un certain nombre d'anciens ministres et contre des commandants militaires, sur leur responsabilité présumée dans l’affaire de Soacha ». 

 

Peu l’ont cru. Comment est-il possible que la juge ait agi sans l'approbation du Fiscal général? Pourquoi la Fiscalía a révélé à Felipe Zuleta certaines choses qui relèvent du secret de l’enquête? Pourquoi la prétendue «vérification des faits » devait être faite précisément, comme par hasard, entre le premier et le deuxième tour de l'élection présidentielle, alors qu’elle n'avait pas été faite en 2009? 

 

La chose la plus étrange est que Mendoza Diago, malgré ses explications, va semer l'incertitude de nouveau quelques heures plus tard. En répondant à l’agence de presse Colprensa qui demande si «oui ou non y-a-t-il une enquête préliminaire » contre le général Padilla, le Fiscal a répondu: « On ne peut pas répondre noir sur blanc ». Il a rappelé que la Fiscalía avait reçu en 2009 et en 2010 plusieurs « plaintes » contre le Président de la République, ainsi que contre deux anciens ministres de la Défense, contre des commandants des forces militaires et de l'armée, et contre «un grand nombre de généraux, de colonels et d’autres officiers », et que dans ces allégations « il y avait des faits exacts et des accusations précises» et que, par conséquent, « il fallait effectuer une action ». Laquelle? Mendoza ne l’a pas  dit mais il a précisé que «les plaintes nous les déclarons irrecevables seulement quand elles sont anonymes et sans fondement ». En d'autres termes, Mendoza est d’avis que la plainte de Felipe Zuleta est valable. Pourquoi? Est-ce à cause de la Directive 29, de novembre 2005? Or, tout le monde sait que ce document n’invite personne à commettre des crimes. Au vu de cela, le journal El Pais, de Cali, va publier l'interview de Mendoza le 6 juin, sous ce titre: «Quatre plaintes ont été lancées contre de très hauts fonctionnaires à cause des faux positifs». Conclusion: la confusion continue de régner et le harcèlement moral persiste, contre le gouvernement, contre le général Padilla et contre les autres fonctionnaires. 

 

Ouvrir des enquêtes basées sur des allégations gratuites ou abusives, ou sur de faux témoignages de criminels,  nier que ces enquêtes existent (lorsque les personnes affectées découvrent la chose), recueillir des témoignages de façon illégale, répandre des fausses nouvelles, en créant des moments d'agitation sociale à l'intérieur et à l'extérieur du pays, calmer le jeu pour l’attiser ensuite, ne pas acquitter ou condamner les accusés dans les délais normaux, telle est la méthode que certains organismes de la  justice colombienne sont en train d’appliquer, systématiquement, dans les cas où sont impliqués des responsables politiques et des militaires. 

 

N'était-ce pas cette méthode que Julio César Valencia Copete, magistrat à la Cour suprême de justice, a employée lorsque le président Alvaro Uribe a découvert en septembre 2007 que quelqu'un était en train de monter une accusation très grave contre lui, sur la base d’un faux témoignage émanant d'un détenu, Jose Orlando Moncada, alias Tasmania? Selon Tasmania, le magistrat assistant Iván Velasquez lui avait offert des avantages, pour lui et pour sa famille, s’il impliquait le Président Uribe dans un sordide attentat contre alias René, un paramilitaire. L'enquête que le président Uribe avait demandée à plusieurs reprises sur cette accusation n'a jamais été réalisée et l'affaire est restée dans les limbes. 

 

N'était-ce pas ce même Ivan Velasquez qui a tenté de recueillir, à Washington, dans le dos du ministère public colombien, le témoignage douteux de chefs paramilitaires furieux d’être extradés aux Etats-Unis? 

 

L'arrestation et le calvaire du colonel Luis Alfonso Plazas Vega, le héros de la reprise du Palais de Justice, attaqué par des terroristes en novembre 1985, n’ont-ils pas commencé ainsi, avec une banale « enquête préliminaire » à laquelle la fiscale ajoutera plus tard de fausses preuves? N'est-il pas indéniable que la fiscale Angela Maria Buitrago cherche à condamner à tout prix le colonel Plazas, en utilisant trois faux témoignages de criminels et en se moquant éperdument des preuves juridiques avancées par les avocats de la défense, dans l'un des procès les plus scandaleux de l'histoire de la Colombie? 

 

N’est-ce pas la même chose qui se passe dans le procès contre le général Arias Cabrales et contre le colonel Hernán Mejía Gutiérrez? Est-ce que ce ne sont pas des accusations sans fondement celles qui sont derrière l'arrestation de Mario Aranguren, fonctionnaire irréprochable et ancien directeur de l’UIAF, l’organisme qui a découvert des détestables liens entre certains magistrats et une poignée de mafieux? 

 

Comme l’a bien dit l'ancien ministre Fernando Londoño Hoyos dans son éditorial pour L’Heure de la Vérité, le 4 juin: « Dans la Fiscalía  il y a des choses très graves qui sont en train de se passer car cet organisme se comporte comme un chien enragé qui mord ceux qu’il identifie comme des militaires ou comme des hommes du gouvernement du président Uribe ». 

 

Cette situation anormale de la justice ne peut pas continuer. Le nouveau gouvernement qui prendra la relève le 7 août 2010 devra résoudre ce problème. Il est essentiel de mettre fin aux agissements d’une clique qui travaille contre les intérêts de la justice et du pays en général. Il est urgent de nommer un nouveau Fiscal général qui soit capable d’enlever les échafaudages invisibles et illégaux. Le ministère de la Justice doit être reconstitué. La justice pénale militaire doit être rétablie. Cette manie de la Fiscalía de retarder ou d’empêcher l’arrivée de la chose jugé dans les procès, sous prétexte que tout y est «potentiel», provisoire ou incomplet; cette manie de prolonger l'angoisse de l'accusé et des détenus pour affecter leur système nerveux et pour entraver leurs efforts pour se défendre, comme c’est le cas du colonel Plazas, doit cesser. Car ce n'est pas ce que prévoit le code pénal colombien. L’utilisation à mauvais escient du Droit, la piraterie juridique, inventée par certains juges espagnols, italiens et français soucieux de faire une carrière politique, ne font pas bon ménage avec la démocratie. Ils sont l'ennemi de celle-ci et révèlent par anticipation ce que ferait un régime communiste. Qu’une telle justice s'applique aujourd'hui au Venezuela, en Equateur et au Nicaragua est une chose. Mais en Colombie, où le chavisme n'a pas à imposer sa loi, on doit rompre avec ces très mauvais exemples. 

 

 

(1)  Il s'agit de la mort de onze civils. Selon l'armée ils étaient des guérilleros tués au combat. Leurs familles disent qu'ils ont été «assassinés». Le gouvernement a destitué 27 militaires, dont trois généraux, en octobre 2008, pour une supposée responsabilité ou omission des contrôles en la matière. La justice a ouvert une enquête contre 54 militaires. Le 8 janvier 2010, un juge a laissé en liberté 17 des militaires inculpés en raison d’une « expiration des délais». Le gouvernement et les forces militaires ont arrêté à nouveau les soldats et demandé au juge d'accélérer la recherche de la vérité et de définir si ces soldats avaient ou non une quelconque responsabilité dans l’affaire de Soacha. A ce jour, aucune décision n’a été prise sur la question. 

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