SATIRE
26 janvier 2011
Copyright Jacques Thomet
Etre honnête aujourd’hui, sous cette République,
N’a plus droit au chapitre. Ce n’est plus qu’une antienne,
Qui vise à faire croire que nos élus l’appliquent,
Mais ils se moquent en cœur de la calembredaine.
Quand le printemps arrive, j’espère, qu’enfin les ides
Vont empêcher chez nous l’avènement du fade.
N’est-ce pas le moment, pour ces odeurs fétides,
De les éliminer sur d’autres barricades ?
Aux incrédules impénitents, je tiens à dire
Pourquoi mon parchemin se trempe de venin.
Notre histoire épique invite, plutôt qu’à en rire,
Au recueil du silence, pour noyer le chagrin.
Jamais je n’oublierai le fracas des tranchées,
Le pas furtif des rats, à portée des cercueils
Que le baron de Buchenwald[1] nous a montrés,
Debout, avant l’accueil de fils de mères en deuil.
Mon corps n’y était pas, mais l’âme encore barbotte,
Dans le glauque rappel de chacune des buttes,
Que mon oncle Gaston[2], à la pointe des bottes,
Conquit avant la balle d’une ultime chute.
De ce superbe héros, on ne revit le corps
Que sous la dalle, sans nom, des héros anonymes.
Blessé en Quatorze, c’est en Somme que la mort,
L’évitant à Verdun, en Seize en fit ma rime.
A sa mémoire, je tiens à rendre cet hommage,
Tant l’histoire pour les jeunes a besoin qu’on fige
L’image des anciens, qui le cœur plein de rage
Sont montés à l’assaut, avant qu’on leur exige.
Je le vois, mon ancêtre, dans son bleu horizon,
Partir à l’abordage, et plus vite qu’on pense.
Je l’entends quand je croise sa vieille maison[3],
Crier encore, je crois y être, « vive la France ».
Pendant des heures il a sculpté, dans son boyau,
De son poignard, sur un obus tiré d’en face,
Un seul mot dans le bronze, devenu un joyau.
Il vaut tous les trésors. C’est un défi : « Alsace ! »
Aucune caméra n’a fait la moindre prise
De ces instants magiques, gagnés sur les démons
De l’horreur qu’à l’école on lui avait apprise,
Jusqu’à la gravure du point d’exclamation.
Mais l’interrogation a-t-elle encore cours
Si l’on s’inquiète enfin pour notre devenir ?
Le pays de Ronsard est livré aux vautours
Acharnés à sa perte, jusqu’à n’en plus finir.
A l’ombre de sa tombe, dans un combat épique,
Ils griffent, croquent, imitant l’arène de Lutèce,
Le goût du lucre aux lèvres, sans les Jeux Olympiques
Qu’ils rêvaient d’accueillir pour agrandir leur caisse.
Que la Ville lumière, en pleine obscurité,
Ait pu céder soudain, l’esprit déjà perdant,
Aux avances d’un homme, qui se dit pénétré
D’autres dons, pour l’élire prévôt des marchands[4],
Achève d’un soupir, de me laisser narquois,
Devant l’incompétence, en matière sportive,
D’abominables électeurs, sans foi ni loi,
Dont le vote funeste de ces Jeux nous prive.
La chute de l’Etat, dans les arrière-cuisines,
Donne au pays le goût d’un ragout peu fumeux.
Au lieu de grands commis, pour la mener aux cimes,
La France a choisi de s’offrir aux maître-queux,
Enchantés de laisser pour notre nourriture,
Qu’ils jettent à la volée dans cette basse-cour,
Les reliefs de festins avant leur pourriture.
Un jour, qui sait, ils subiront la Haute-cour.
(A suivre)
[1] Erich Maria Remarque, baron de Buchenwald, auteur de « A l’ouest rien de nouveau »
[2] Gaston Thomet, tué le 13 octobre 1916 dans la bataille de la Somme. Son corps n’a jamais été retrouvé.
[3] A Rochejean, dans le Haut-Doubs
[4] Le prévôt des marchands était jadis l’équivalent du maire de Paris aujourd’hui