NOUVEL OBSERVATEUR

1er juin 2011

Lisez vite les 18 pages de commentaires envoyés par les lecteurs du Nouvel Observateur en réaction à l’éditorial de Laurent Joffrin, directeur de cet hebdo de gauche, avant qu’ils ne disparaissent sur le site internet. 80% au moins des internautes lapident ses propos incendiaires contre Luc Ferry, philosophe « simpliste » selon lui, sans avoir lu ses analyses de Kant, pour sa révélation sur l’existence d’un ex-ministre pédophile en France.

L’omerta explose depuis le scandale DSK, et n’a pas fini de dynamiter la complicité entre les grands médias français et les politiciens coupables de sévices sexuels, jamais dénoncés par ces pseudo-journalistes. Pour avoir osé révéler ce que personne n’avait fait jusqu’ici dans les hautes sphère du pouvoir et de la presse, malgré leur connaissance des faits avérés, celle d’un ex-ministre convaincu de pédophile au Maroc, Luc Ferry a été comparé par Laurent Joffrin à un agent français des SS. Honte à lui!

Les vrais coupables, dans ce scandale du viol d’enfants marocains par un ex-ministre, ce sont d’abord ce politicien, qui va finir par devoir s’expliquer, et je l’espère être jugé pour ses crimes, mais aussi tous ceux qui ont couvert ses agissements par un silence de règle, dont les médias au parfum.

Depuis quatre ans, j’essaie d’avoir la confirmation d’une source policière française sur cette même affaire de pédophilie concernant un ex-ministre français au Maroc, sans résultat. Je sais de qui il s’agit, mais je ne puis rien écrire sans avoir le feu vert de cette source.

Je lance ici un appel aux agents des RG ou de la DST qui ont eu maille à partir dans cette affaire de l’ex-ministre, devenu persona non grata au Maroc, et expulsé de ce pays en 1988, sans aucune retombée judiciaire contre lui malgré ses forfaits. Vous ne pouvez maintenir le silence sur ces crimes, au nom de la défense des enfants victimes. Rien ne vous empêche de me contacter pour les confirmer sur mon courriel: jacquesthomet25@live.fr, depuis un café internet.

1er juin 2011

(Comprenez-vous comme moi l’éditorial publié ce mercredi par Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur ?
Pas un seul mot sur les enfants marocains victimes de cette affaire …)

« Luc Ferry, un délateur embrouillé »
Philosophe plutôt simpliste, Luc Ferry vient cette fois de se distinguer par sa métaphysique stupidité. En évoquant le soi-disant scandale d’un ancien ministre qui se serait livré à des orgies pédophiles on ne sait quand et on ne sait où, il s’est placé dans un dilemme honteux. Il est vrai qu’il avait été précédé, dans cet exercice de délation contre X, par le Figaro-Magazine, qui a lui aussi porté des accusations dénuées de tout élément de preuve contre un ministre dont il s’est courageusement gardé de donner le nom. De deux choses l’une :
- Si tout cela est avéré et s’il est vrai qu’un ancien Premier ministre et deux membres de cabinets éminents étaient au courant de cette pratique délictueuse, perpétrée par un ancien collègue, que ne l’ont-ils dénoncée à l’époque ? Et Luc Ferry lui-même ? Pourquoi n’a-t-il rien dit, puisqu’il savait tout ? En gardant le silence, ces gardiens de la vertu ont couvert des agissements punis par la loi. Ils s’en sont rendus complices par abstention. Il ne reste qu’une seule solution : que Luc Ferry s’explique plus avant et porte une accusation circonstanciée et publique. Nous verrons ce qu’il en résultera.
- Et si ces accusations sont fausses ou si elles se ramènent à des rumeurs invérifiées qu’on agite dans les dîners mondains pour se donner de l’importance, pourquoi Luc Ferry se laisse-t-il aller à les colporter dans « Le Grand Journal » de Canal +, émission de grande écoute ? Et pourquoi n’apporte-t-il pas, à l’appui de ses affirmations, d’autre élément que le sempiternel « tout le monde le savait », formule floue, incriminante pour tous ceux qui sont censés savoir, mais dont on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils sont censés savoir.
Luc Ferry a brièvement été ministre de l’Education nationale. Drôle de ministre, drôle d’éducation : notre délateur embrouillé était chargé de la formation de l’esprit critique des élèves de l’école républicaine. Bel exemple pour des millions de jeunes. Comme on dit familièrement : voilà un type qu’on n’aurait pas aimé connaître pendant la guerre. La philosophie, dont Luc Ferry se prétend le représentant, est en principe l’amour de la sagesse. Il la confond cette fois avec la bassesse.
Laurent Joffrin

12 février 2010 

Cette information, qui aurait dû faire la Une de la presse française, a été reléguée dans les brèves, quand elle n’a même pas été relatée. Et pourtant … Quelle illustration de la dégringolade de la France dans les abysses de l’obscurantisme le plus dévoyé, avec la complicité de juges incohérents, et c’est un euphémisme ! 

La rappeuse Mélanie Georgiades, alias Diam’s, née à Chypre d’une mère française et d’un père chypriote, s’est récemment convertie à l’islam et porte le voile sur scène. Jusque là, rien à redire, tant que le niqab ou la burqa ne seront pas interdits dans les lieux publics en France. 

Cette « chanteuse » (les guillemets signifient qu’elle psalmodie et ne chante pas) vient de remporter une victoire singulière aux dépens du Nouvel Observateur cette semaine. Après avoir porté plainte contre l’hebdomadaire, qui avait publié en novembre dernier un dossier sur La France et ses Musulmans, avec sa photo à la Une, elle a obtenu, pour « atteinte à sa vie privée », 10.000 euros de dommages et intérêts, et, le pire, que le média publie en Une aujourd’hui un bandeau qui barre le tiers de la couverture avec l’énoncé de sa condamnation judiciaire ! 

Depuis quand les vedettes du spectacle peuvent-elles intervenir sur la publication de leurs photos, qui les font vivre par la publicité qui en découle, quand elles sont prises dans des lieux publics ? 

Si la justice ne reprend pas ses esprits – j’ignore si l’hebdo fera appel – , la seule solution m’apparaît évidente, frappée dans le bronze : toute condamnation inique de ce genre doit imposer à TOUS les médias de ne plus publier ni photo ni article sur ceux qui se jouent ainsi du consensus pourtant séculaire entre les artistes et une presse qui les FAIT VIVRE ET GRANDIR, pour leurs propres succès et leurs comptes en banque. Oubliez Diam's, chers collègues, et n'en parlez plus!

Hélas, je ne me fais guère d’illusions. Les journalistes, individualistes en diable, ignorent la solidarité. Ils vont au contraire courir pour couvrir le prochain concert de cette dame qui éructe plutôt que chanter, avec de belles photos retouchées si son voile par hasard n’est pas assez raccord. 

La secrétaire d'Etat à la ville, Fadela Amara, d’origine algérienne, a été la seule à avoir le courage, sur la télévision Direct 8, de remettre à sa place Diam's, « une femme qui a explosé en plein vol face à sa réussite et qui a beaucoup souffert, mais ce en quoi je ne l’excuse pas : ce n’est pas parce qu’aujourd’hui elle porte le voile qu’elle peut se permettre n’importe quoi et accuser tout le monde. Je trouve que là, pour le coup, elle devient un vrai danger pour les jeunes filles des quartiers populaires, parce qu’elle donne une image de la femme qui est une image négative pour moi ».
La secrétaire d'Etat était interrogée sur les déclarations de la chanteuse qui l'avait qualifiée de « sorcière » lors de NRJ Music Awards, le 23 janvier.
Mme Amara a affirmé que Diam's, « ce que l’opinion publique ne sait pas et que les citoyens ne savent pas », était « entourée de masculins qui sont rentrés dans une dynamique religieuse presque radicale ».
« Du coup, a-t-elle poursuivi, je suis inquiète à la fois pour elle (…) mais aussi à la fois, (parce que) c’est une femme publique (qui) a de l’influence sur certains jeunes et notamment les filles dans les quartiers, des gamines, surtout des gamines. » 

 

Après sa condamnation, le propre Nouvel Observateur a publié cette semaine un plaidoyer pitoyable pour tenter une justification apeurée de sa publication, au lieu de monter au créneau pour dénoncer ce scandale, comme je viens de le faire… 

Voyez cet édito lamentable : 

Pour la première fois de son histoire, le Nouvel Observateur a été condamné, cette semaine, à publier un avis judiciaire barrant sa Une. A l’origine de cette condamnation, la chanteuse Diam’s qui a déposé plainte en référé devant le tribunal de Nanterre pour une atteinte à sa vie privée. Motif: le Nouvel Obs avait fait figurer son portrait sur sa couverture du 17 décembre 2009 consacrée aux musulmans de France. Que contenait ce dossier ? Un article de fond et un ensemble de témoignages de français musulmans soulignant, à l’instar de l’historien Benjamin Stora, que « l’Islam, c’est aussi la France ». Bref, rien dans ces pages ne se prêtait aux dérapages du « grand débat sur l’identité nationale ». Rien dans ces pages ne remettait en cause la liberté de conscience et de culte. Alors pourquoi Diam’s ? Parce que la chanteuse, personnalité visible et influente, nous a bel et bien paru intervenir dans le débat public. Parce que sa conversion amplement chroniquée (même si l’intéressée se refuse à tout commentaire), son rap engagé consacré à une jeune convertie voilée, ses apparitions sur scènes la tête strictement encapuchonnée nous semblaient, comme nous l’écrivions dans un encadré, « sortir de la sphère privée ». Et que son message, par son ambiguïté même, constituait un élément d’information et de compréhension que nous souhaitions porter à la connaissance de nos lecteurs. Le tribunal de Nanterre ne l’a pas entendu ainsi. Au détriment, nous semble-t-il, de la liberté d’expression et d’information.
Le Nouvel Observateur

 

5 OCTOBRE 2009 

 

Un ramassis d’incongruités, et c’est un euphémisme, se glisse dans l’article publié cette semaine par Le Nouvel Observateur sur Roman Polanski pour défendre le pédophile. Je vous laisse les trouver et les commenter : 

 

 

 

Une affaire datant de trente ans
 

Qui en veut à Roman Polanski ? 

Un documentaire qui affaiblit l'accusation, un procureur californien piqué au vif une ministre suisse zélée, voilà les ingrédients qui ont conduit à la spectaculaire arrestation du cinéaste à Zurich 

 

Neutres, les Suisses ? Vraiment ? Arrêté à sa descente d'avion alors qu'il était invité d'honneur au Festival de Zurich, Roman Polanski a été jeté dans un cul-de-basse-fosse au vu d'un mandat international lancé par la justice américaine. Les Etats-Unis réclament son extradition en trépignant, les Suisses sont embarrassés d'avoir attiré Polanski dans un traquenard, les Français sont stupéfiés, les Polonais enragent. Résultat : Polanski, l'un des plus grands cinéastes vivants, se retrouve, à 76 ans, menacé de finir ses jours en prison. L'affaire a plus de trente ans. Pourquoi les Suisses se réveillent-ils maintenant alors que le cinéaste séjourne régulièrement à Gstaad où il possède un chalet ? Pourquoi les Américains, qui ne semblaient plus guère se soucier du cas Polanski, se sont-ils activés ?
Flash-back. En 1977, huit ans après l'atroce massacre de Sharon Tate par les épigones de Charles Manson, Roman Polanski est arrêté pour avoir eu des relations sexuelles avec une gamine de 13 ans. La mère, une actrice en mal de rôles, a laissé volontairement sa fille seule avec Polanski, pour une série de photos. Le cinéaste, qui a la réputation d'aimer les jeunes filles, ne résiste pas. La mère dépose plainte pour viol. Le juge Rittenband propose un deal : un plaider-coupable contre une sentence légère. Entre-temps, la rumeur, à Hollywood, fait état d'une grosse somme d'argent qui aurait changé de mains pour atterrir dans celles de la maman outragée. Envoyé en pénitencier pour «évaluation», Polanski se retrouve dans un environnement dangereux : quelques caïds ont décidé d'embellir leur tableau de chasse en «se faisant» une célébrité. Au bout de quarante-deux jours, Polanski est relâché en liberté conditionnelle. Il repart travailler. Une photo remet tout en question. Polanski, cigare aux lèvres, s'amuse à la Fête de la Bière en Allemagne. Le juge, irrité, casse le deal.

Brusquement convoqué
A son retour aux Etats-Unis, le cinéaste comprend alors qu'il est bon pour un demi-siècle de prison. Il s'enfuit pour la France, où il est né. Il se marie, a des enfants, obtient un oscar et une palme d'or pour «le Pianiste». Le juge Rittenband décède, les procureurs se succèdent et rien ne se passe. Désormais installé à Paris, le cinéaste se voit brusquement convoqué début 2009 par le nouveau juge de Los Angeles, Peter Espinoza. Un documentaire, «Roman Polanski : wanted and desired» (1) vient de changer la donne. L'enquête de la cinéaste Marina Zenovich démontre que le juge Rittenband a eu une conduite violant les règles éthiques. Il aimait faire parler de lui en attaquant des gens célèbres et s'est juré qu'il «aurait la peau» de ce cinéaste mondialement connu. Pas très impartial, le juge… Les avocats (de l'époque) de Polanski n'ont plus qu'à enfoncer le clou : Roman a fait le bon choix en s'enfuyant. Ils reçoivent le soutien du procureur qui a porté l'accusation devant le tribunal en 1977 !
Début 2009, avec le documentaire sur les écrans, tout semble donc en place pour que le dossier soit classé. C'est ce que réclament les avocats de Polanski. Mais pour que le juge Espinoza puisse statuer, il faut que le cinéaste apparaisse sur le sol américain. Ce dernier refuse, craignant d'être traité comme un criminel dangereux. Et entreprend le tournage de «l'Homme de l'ombre» en Allemagne. Puis il passe l'été en Suisse, avant de faire un tour en Grèce. Laissant à ses avocats le soin de faire valoir devant la cour de Los Angeles que le mandat d'amener n'est plus valable puisqu'«aucun effort sérieux n'a été fait» au cours des années. C'est ce qui met le feu aux poudres. Piqué au vif, Steve Cooley, le nouveau district artorney de L. A., publie un document où il rappelle qu'une demande d'extradition a été envoyée aux autorités anglaises en 1978; que la Royal Canadian Mounted Police a été alertée en 1986; que la Thaïlande a été notifiée en 2005; et que le mandat a été présenté aux Israéliens en 2007. Les avocats contestent : ils n'ont jamais été prévenus de ces démarches. Ont-elles seulement eu lieu ? On peut en douter, suggèrent- ils. Car, en cas d'exécution du mandat, les charges, rendues publiques, seraient apparues dans leur inanité. OAS_AD(‘Middle3′); 


Le procureur Cooley a-t-il besoin d'un procès à grand spectacle ? Aux Etats-Unis le poste est électif, comme celui de juge. Plus le tableau de chasse est riche, plus les électeurs sont contents. Cooley, élu deux fois en 2004 et 2008, surfe sur un sujet devenu sensible, la pédophilie. Pourtant la victime de Polanski, Samantha Gailey, devenue une mère de famille de 45 ans, a passé l'éponge dès 1987 : «Les charges devraient être abandonnées. L'étalage constant des détails de cette affaire me cause un tort immense. Je suis devenue la victime de l'action du procureur.» Les rôles sont renversés. Le D. A. remue la fange par goût de la notoriété, la victime plaide pour l'accusé.

Traquenard policier
Du cote suisse, le procède du traquenard policier a des relents nauséabonds. «Nous n'avions pas d'autre solution», affirme la ministre de la Justice, Eveline Widmer-Schlumpf, visiblement mal à l'aise. Pourquoi «pas d'autre solution» ? Cet été, Hillary Clinton, ministre des Affaires étrangères, a engagé un bras de fer sur la pratique du secret bancaire suisse. Désormais, le Trésor américain peut se voir communiquer les avoirs des fraudeurs fiscaux, sur simple demande. Les Suisses se sont résignés à collaborer. Avec l'affaire Polanski, ils donnent un gage de bonne volonté. Détail qui ne manque pas de sel : Eveline Widmer- Schlumpf, membre du conseil de banque de la Banque nationale suisse, a été l'un des trois conseillers fédéraux en charge du dossier UBS-secret bancaire. Autre détail qui tue : selon le réalisateur Terry Gilliam, le ministre de la Culture suisse en personne était à l'aéroport pour accueillir le cinéaste.
Polanski victime d'un jeu trop diplomatique ? Et d'une ministre soucieuse de ne gâter en rien son ascension (Eveline Widmer- Schlumpf, en acceptant un maroquin contre l'avis de son parti, l'Union démocratique du Centre, l'a fait exploser et a été accusée de «trahison») ? Pour l'heure, il a fait appel. Sera-t-il un jour emmené, menottes aux poignets, vers Los Angeles ? S'il était extradé, il risquerait de croiser Charles Manson. Qui est libérable dans deux ans.

(1)Le film vient de ressortir dans une salle à Paris, le Reflet Médias.

 

  

Rosemary's Baby(1968) 

Un best-seller d'Ira Levin adapté par Polanski : le cinéaste réalise un film d'horreur parfait, sur fond de satanisme (Mia Farrow est enceinte du diable). Cela lui sera violemment reproché après le meurtre de sa femme, Sharon Tate, enceinte de huit mois. La presse américaine, dans son ensemble, n'hésite pas à accabler Polanski, allant jusqu'à dire qu'il est responsable de son malheur. L'arrestation de Manson, trois mois plus tard, mettra à mal ces affirmations abjectes : les assassins ne savaient pas qui était dans la maison. 

  

Chinatown (1974) 

Le chef-d'oeuvre de Polanski, désormais classé dans les cent films américains déposés à la Bibliothèque du Congrès. Une histoire amère d'inceste, de trahison familiale, sur fond de corruption. Ce sera le dernier film de Polanski à Hollywood. En 1990, Jack Nicholson tourne la suite de «Chinatown», «The Two Jakes». Le troisième volet, prévu à l'origine, ne verra jamais le jour. 

  

Le Locataire (1976) 

Polanski revient à Paris, ville de sa naissance. Il y tourne ce scénario de Topor, qui marie le fantastique et le grotesque. Le film est mal reçu au Festival de Cannes, mais gagne, au fil des ans, un statut de chef- d'oeuvre méconnu. Tourné dans les studios d'Epinay juste avant leur démolition, le film ajoute à la légende du réalisateur, personnage étrange et inquiétant 

  

Le Pianiste (2002) 

La consécration. En adaptant le livre autobiographique du musicien Wladyslaw Spilman, Polanski revient sur sa propre enfance. Gamin abandonné dans le ghetto pendant la guerre, il a vu son père et sa mère déportés, et a survécu par miracle. Le film lui vaut un oscar, que Polanski n'ira pas chercher aux Etats-Unis, de peur d'être incarcéré. Harrison Ford lui remettra la statuette en France, où le cinéaste réside désormais. 

  

L'Homme de l'ombre (2010) 

Ewan McGregor est un nègre littéraire : missionné pour écrire les Mémoires d'un homme politique anglais (inspiré de Tony Blair), l'écrivain découvre des secrets d'Etat… En cours de tournage en Allemagne, le film est un polar à suspense, dont le scénario a été écrit, en grande partie, dans la maison de Polanski à Gstaad. Les autorités suisses, alors, n'avaient rien trouvé à redire… 

  

Philippe Boulet-Gercourt, François Forestier
Le Nouvel Observateur

3 juillet 2009

Je vous livre avec retard ce papier du nouvelobs.com. La réponse du président français à une question de Philippe Alfroy, journaliste de l'AFP accrédité à l'Elysée, fait froid dans le dos.

Si vous lisez mon dernier livre: AFP-Les survivants de l'information (Hugo Doc-juin 2009), vous serez édifié par l'attitude du pouvoir actuel à l'égard de l'Agence France-Presse, qu'il va tenter de transformer en société anonyme avec capital, soit un risque mortel pour l'indépendance de la plus vieille agence du monde (1835).

L'affaire de Karachi, qui a fait 14 morts dont 11 ingénieurs français, n'a pas fini de faire des vagues…A suivre.

Le papier de l'Obs:

Interrogé vendredi 19 juin sur les informations attribuant l'attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux d'Etat DCN à la suspension du versement de commissions de la France au Pakistan dans le cadre d'une vente d'armes, Nicolas Sarkozy a qualifié ces informations de « grotesque ». Le président a été interrogé pendant une conférence de presse à l'issue du sommet européen réuni à Bruxelles.
Nous publions sa réponse in extenso :

 

Question du journaliste: « Selon les informations qui ont été rapportées hier à la suite d'une réunion entre les parties civiles dans l'attentat de Karachi et les juges d'instruction, il semblerait que l'origine de l'attentat ne soit pas due à un acte terroriste mais plutôt à des représailles de l'Etat pakistanais après le non versement de commissions. On parle même de rétro-commissions qui auraient pu alimenter la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Est-ce que en tant que ministre du Budget, vous avez été au courant de tels accords ? »

Réponse de Nicolas Sarkozy, après un léger rire: « C'était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement. Enfin écoutez c'est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c'est ridicule. Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez. Soit il y a des éléments, donnez-les nous. (Balbutiements). C'est grotesque, voilà, c'est ma réponse. Alors qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Raisonnement: Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n'auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… Mais enfin, respectons la douleur des victimes. S'il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille. Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-les à la justice et demandez à la justice qu'ils enquêtent. Mais enfin franchement qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Mais, honnêtement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Y a 14 ans, de surcroît. On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d'Etat n'existe plus. 14 ans après vous venez me poser la question: 'est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur'. Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque, peut-être à ce moment là je vous aurais… non, mais je ne vous en veux pas mais enfin écoutez franchement. (Soupir). Enfin, si y a un braquage à Bruxelles aujourd'hui, j'y étais… (rires dans le public) c'est incontestable. »
Nicolas Sarkozy se met alors à rire avant de reprendre: « Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu'est-ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus. »

Là où Sarkozy pourrait être mis en cause

L'enquête sur l'attentat disposerait de nouveaux éléments, selon Me Olivier Morice, l'avocat de plusieurs familles, qui a rencontré les juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier. La justice s'orienterait vers un contentieux franco-pakistanais, sur fond de contrats d'armements et de présumées rétro-commissions.
Ces rétro-commissions auraient pu participer au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, avait donné son aval à la création de la société Heine, par laquelle a transité une partie des commissions.
Edouard Balladur a reconnu jeudi avoir « entendu parler de cette histoire depuis des années » mais souligné que tout s'était déroulé de manière « parfaitement régulière ».
Un éventuel financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 par des commissions sur des contrats d'armements de la DCN était apparu dans le cadre d'une enquête préliminaire sur des sociétés d'intelligence économique mandatées par la DCN.
Les policiers avaient alors trouvé à la DCN une note mentionnant l'aval pour la création de la société Heine du directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et celui du ministre du Budget d'alors, Nicolas Sarkozy, laissant « supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l'élection présidentielle de 1995″. (Nouvelobs.com)

Je vous livre un dossier publié par Serge Raffy dans la dernière livraison de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Je partage totalement son analyse.

25 août 2008

Pendant près d'un an, le chef de l'Etat français et le président colombien ont mené une course de vitesse pour libérer Ingrid Betancourt. Derrière une amitié de façade, les deux hommes ont joué une partie de poker menteur. Négociations sabotées, émissaires concurrents, coups de bluff. Serge Raffy raconte les coulisses de ces douze mois décisifs. Et explique pourquoi Nicolas Sarkozy n'avait aucune chance de l'emporter face à Alvaro Uribe 

 

En apparence, ils se ressemblent. Même détermination. Même conviction qu'ils doivent «tout faire» par eux-mêmes. Même art de contrôler l'arme suprême de la télévision : phrases coup de poing tirées au cordeau, effets de manches et de menton pour toucher le plus grand nombre. Aux tripes, si possible. Autre point commun : ils ne boivent pas une goutte d'alcool, se couchent tôt et n'ont aucun goût pour la flânerie. Ces deux-là ont un chronomètre dans le sang. Alvaro Uribe et Nicolas Sarkozy sont des maniaques du timing. Dernière comparaison : ils sont tous les deux avocats. Quand, le 2 juillet dernier, le président français dissèque l'opération colombienne qui a permis la libération d'Ingrid Betancourt, il est estomaqué. Lui, le fan de séries américaines, applaudit le coup de maître. Le commando qui a libéré la Franco-Colombienne vient d'exécuter un scénario digne de «24 heures chrono». Pas une seconde n'a été perdue. L'austère Uribe a joué les Jack Bauer. Le raid hollywoodien est un modèle du genre. Les Français n'ont pas été prévenus ? Ils ont été réduits au rang de témoins passifs ? Pas de quoi pavoiser à Paris. Simple spectateur, pas rancunier, Sarkozy se fend pourtant d'un grand «merci au président Uribe». Il parvient même à tirer la couverture médiatique à lui, paradant sur le tarmac de Villacoublay avec son épouse pour recevoir l'otage planétaire. Uribe, lui, a eu le triomphe modeste. Il a à peine reçu Ingrid au palais présidentiel, la Casa de Nariño, et a filé aussitôt en province pour assister à un conseil communal, comme il fait chaque semaine. Alors qu'à Paris la libération d'Ingrid Betancourt a des allures de fête nationale, à Bogotá Uribe minimise, fait dans la discrétion. Il laisse l'hôte de l'Elysée «fanfaronner» autour de l'icône de la jungle. Ses proches lui murmurent qu'enfin «les Français vont nous foutre la paix. Ils ne joueront plus avec notre souveraineté». Face aux micros, Alvaro Uribe maintient que jamais les relations avec la France n'ont été aussi bonnes. Langue de bois qui fait sourire tous les acteurs qui oeuvrent dans les coulisses de l'affaire Betancourt. Car, derrière les embrassades de façade, une véritable guerre des nerfs a opposé les deux hommes. Une partie de poker menteur sous haute tension. Avec cafouillages, coups de théâtre et malentendus. Elle a duré une année interminable. 



Une taupe nommée Granda

Quand Nicolas Sarkozy accède à l'Elysée, en mai 2007, il a une obsession : sortir Ingrid Betancourt des griffes de la guérilla colombienne. Réussir là où Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont échoué en cinq ans de négociations. L'euphorie de la victoire lui donne des ailes. Il est persuadé qu'il va aboutir vite. Il n'a pas tort. Il a un avantage sur son prédécesseur : il a d'excellentes relations avec Uribe. Ce n'est pas rien. Car l'homme n'est pas un tendre et a la réputation de faire de la diplomatie au canon. Dès son installation à l'Elysée, le tout nouvel élu appelle son «copain» et lui fait une folle proposition. Nicolas Sarkozy réclame la libération d'un des chefs des Farc, Rodrigo Granda, pour en faire un «facilitateur de paix», comme la loi colombienne l'autorise. Pas moins.
Pour Uribe, l'arête est un peu grosse à avaler. Rodrigo Granda, emprisonné au pénitencier-forteresse La Dorada, vient d'être condamné à vingt ans de prison par la justice colombienne. Pourquoi Uribe offrirait-il un tel cadeau à la France, au risque d'agacer ses galonnés ? Sarkozy lui promet en échange un soutien de la France à sa politique au prochain sommet du G8 en Allemagne. La proposition intéresse Uribe. Il a besoin de redorer son image, ternie par les affaires de corruption qui touchent plusieurs de ses proches, tous liés aux groupes paramilitaires d'extrême- droite. Ces derniers ont commis des centaines d'assassinats politiques dans les années 1990. Alvaro Uribe, malgré tous ses efforts, a du mal à se débarrasser de vieilles histoires qui le lient aux premières milices d'autodéfense qu'il a contribué à créer quand il était gouverneur. Le coup de main de Sarkozy serait le bienvenu. Même si libérer un chef des Farc lui «brise l'âme»

 


Pourquoi Granda intéresse-t-il tant les Français ? Parce qu'il est dans les petits papiers de nos services secrets, voire un «correspondant». Fin 2004, alors qu'il séjourne au Venezuela, il est au coeur d'une négociation secrète entre la France et les Farc qui dure depuis des mois, orchestrée par Dominique de Villepin, alors au Quai- d'Orsay. A cette époque, Granda rencontre à de nombreuses reprises des émissaires français. Il est même reçu, fin novembre 2004, par l'ambassadeur de France à Caracas Pierre-Jean Vandoorne. Mais le président Uribe, qui a des relations exécrables avec le Quai-d'Orsay depuis l'expédition désastreuse en Amazonie montée par Villepin lui-même à la barbe des autorités colombiennes, va faire capoter l'opération. «Pour lui, raconte un diplomate colombien, il n'est pas question que Paris négocie la libération d'Ingrid dans son dos. Et puis, dans la bataille politique franco-française, il a déjà choisi son cheval. C'est Sarkozy, qui vient d'être nommé président de l'UMP.» Résultat : le 13 décembre 2004, en plein centre de Caracas, alors qu'il sort d'un restaurant, Rodrigo Granda est enlevé par un commando des services secrets colombiens, conduit à la frontière dans le coffre d'une voiture et livré aux autorités de Bogotá. Fin des négociations secrètes. Granda est hors jeu. Grillé. C'est ce même homme que le président Sarkozy veut remettre en piste deux ans plus tard. A la surprise générale, le président Uribe donne son feu vert : il le fait libérer. La presse colombienne se frotte les yeux. Uribe fait une incroyable fleur à son homologue de l'Hexagone. De son côté, l'hôte de l'Elysée tient sa promesse : le G8, dans une déclaration sans ambiguïté, soutient la politique d'Uribe. L'idylle franco-colombienne est au zénith.
Mais le scénario vole en éclats. Rodrigo Granda, de Cuba, une fois libéré, refuse de jouer le Monsieur Bons-Offices. Il clame haut et fort qu'il n'est pas un «collabo». Il est prêt à retourner en prison s'il le faut. Il ne veut pas jouer les repentis. Ni les conciliateurs. A Paris, c'est la consternation. Nicolas Sarkozy enrage. Il tente de faire envoyer à La Havane son émissaire Noël Saez, ancien consul de France à Bogotá, grand connaisseur des Farc, pour tenter de ramener le guérillero à la raison. Mais les autorités cubaines, peu conciliantes, refusent de l'accueillir. «Là, on a compris qu'avec les Farc il n'y avait aucune vraie règle du jeu, précise un des diplomates français chargés du dossier. Nous entrions dans une galerie des glaces. Il fallait l'expliquer au président : les choses n'allaient pas se régler en cinq minutes, malgré l'amitié d'Uribe. Il fallait lui faire accepter l'idée que nous entrions dans une longue partie de patience…» Et de cache-cache. Pas simple pour un partisan du «tout, tout de suite». Et surtout comment trouver des nouveaux contacts auprès des Farc sans froisser le président colombien ? Alvaro Uribe est très sensible quand il s'agit de défendre la souveraineté de son pays. A l'Elysée, on étudie de près le personnage. Et son curriculum.

«L'Emmerdeur» de Bogotá

Fils d'Alberto, grand propriétaire terrien dans la province d'Antioquia, assassiné par les Farc en 1983 et proche de la famille Ochoa – des éleveurs de bétail devenus caïds de la drogue. Avocat, étudie à Harvard, pratique l'équitation, a l'âme d'un ganadero, éleveur de bétail… A la différence de Sarkozy, enfant des beaux quartiers de Neuilly, sans racines et sans terroir, Uribe est un homme de la campagne. Il sait d'où il vient. Pas un jour sans appeler du palais présidentiel l'intendant de sa finca El Ubérrimo, à Montería, dans le Cordoba (1 020 hectares), pour prendre des nouvelles de ses veaux et de ses taureaux. «Il passe pratiquement tous ses week-ends là-bas, souligne María Jimena Duzán, journaliste au quotidien «El Tiempo» et auteur d'un livre portrait d'Alvaro Uribe (1). Il a aussi une passion pour la cartographie. Dans son bureau trône, à côté de la Bible, un atlas géant de la Colombie qu'il consulte sans arrêt.» L'homme de Bogotá veut connaître le moindre chemin vicinal de son pays. Pas un canyon, pas un mètre carré de cordillère ou de jungle ne doit échapper à son compas. Sous ses allures de pasteur anglican, il cache un tempérament volcanique et une grande sensibilité. Ses colères homériques font le miel des échotiers. Tout comme son obsession pour la propreté des toilettes de tous les aéroports colombiens. A chaque occasion, il organise des visites de contrôle des vespasiennes, sous le regard amusé de ses collaborateurs. Grand spécialiste de Pablo Neruda, dont il récite souvent des poèmes, admirateur de Winston Churchill, il se surnomme lui-même «l'Emmerdeur» (el canson). Victime de nombreuses tentatives d'attentat dont il a réchappé miraculeusement, Uribe, le moine-soldat, a une mission quasi divine : imposer l'Etat de droit sur l'intégralité du territoire colombien. Il se lève chaque jour vers 4 heures du matin, fait du yoga, se soigne à l'homéopathie, mange léger, déteste aller au restaurant. Il préfère partager ses soirées avec sa très discrète épouse, Lina, intellectuelle spécialiste de Platon et de Descartes. Pas tout à fait le même style que le couple présidentiel français. L'affaire Ingrid Betancourt ? Pour Uribe, c'est un épiphénomène. «Le sparadrap qui lui colle au talon et dont il aimerait tant se débarrasser», avoue un de ses conseillers.
Il a des dossiers autrement plus lourds à régler : corruption massive des élus par les groupes paramilitaires (trente parlementaires sont actuellement en prison), lutte contre les cartels de la cocaïne, guerre totale contre les Farc, mise en place de services sociaux dans les zones difficiles, libération des 3 000 otages… Et il répète que l'ancienne candidate à la présidence de la République séquestrée par les Farc n'est qu'une otage parmi les autres, qu'il la considère avec la même compassion que ses compagnons d'infortune. Nada más. Rien de plus. «C'est le grand hiatus entre lui et Sarkozy, reconnaît un conseiller de l'Elysée. Cette hypermédiatisation de Mme Betancourt en France l'agace au plus haut point. Et surtout les attaques de la famille d'Ingrid contre lui. A plusieurs reprises, nous avons tenté de calmer le jeu. Surtout après l'échec de l'opération Granda et l'assassinat des onze députés de Cali par les Farc le 18 juin 2007…» Ce jour-là, Alvaro Uribe remet son costume de guerrier, implacable. Devant son opinion, qui n'a pas vu d'un bon oeil l'élargissement de Granda, il ne peut plus se permettre de faire de concessions. Tant pis pour Paris. Uribe, lui, a d'autres priorités : en finir avec la guérilla. Dommage pour l'«ami» Sarkozy. Ce dernier surveille sur les bords de Seine ses sondages de popularité ? Uribe aussi. Or, chaque fois qu'il durcit ses positions, le baromètre des opinions favorables monte en flèche, au-delà des 70%.

La valse des émissaires

Comment persuader l'homme de fer de Bogotá de laisser Paris ouvrir un «corridor de négociations» avec les Farc, alors que sur le terrain il mène une offensive militaire d'une rare violence contre la guérilla ? En juillet 2007, Sarkozy parvient quand même à convaincre Uribe qu'une solution est possible du côté du président vénézuélien Hugo Chávez. Cette piste, la cellule diplomatique de l'Elysée, dirigée par Jean-David Levitte avec Damien Loras, la travaille depuis de longs mois. Uribe, sceptique, par amitié pour Nicolas Sarkozy, donne son accord. Durant tout l'été, des tractations entre Paris et la guérilla sont menées à Caracas. Un émissaire discret, Daniel Leandri (voir encadré p. 12), ancien collaborateur de Charles Pasqua, multiplie les rencontres avec des responsables de l'organisation armée : Iván Márquez, mais aussi, surprise ! Rodrigo Granda. Une réunion a même lieu durant cinq jours, début novembre 2007, au domicile du ministre de l'Intérieur vénézuélien Ramón Rodríguez Chacín, dans sa propriété de San Silvestre, dans l'Etat de Barinas, avec Rodrigo Granda, Iván Márquez et… Daniel Leandri. Chacín connaît bien Granda : il a été son officier traitant au Venezuela. Mais l'opération échoue au début de l'hiver. Uribe – qui au fond n'a jamais accepté que Hugo Chávez, son ennemi irréductible, s'immisce dans ce qu'il considère comme une affaire intérieure et surtout puisse tirer gloire d'une éventuelle libération d'Ingrid Betancourt – reprend la main. C'est lui qui intercepte les cassettes vidéo de l'otage que Chávez devait récupérer. Les images d'Ingrid Betancourt décharnée et épuisée provoquent un cataclysme médiatique. L'otage devient une star planétaire. Les stratèges médias de l'Elysée ne mettent pas beaucoup de temps à le comprendre. Pour surfer sur cette vague, le président français joue le desperado : il implore en direct à la télévision «Monsieur Marulanda» de relâcher Ingrid. Diplomatie à l'estomac ou à l'esbroufe ? A Bogotá, ce «couronnement» international du chef terroriste par la France est pris comme un coup de poignard dans le dos. Pis, une faute. Uribe est furibard. Il annule la visite à Paris de son conseiller pour la paix Luis Carlos Restrepo, d'autant qu'il a appris que l'émissaire français, Noël Saez, a rencontré Raúl Reyes, le numéro deux de la guérilla, et qu'avec l'accord de Paris il a évoqué l'idée de la création d'un bureau des Farc dans la capitale française avec, en prime, le retrait des Farc de la liste des organisations terroristes ! «Ce n'est pas parce qu'on évoque des hypothèses qu'elles peuvent se réaliser, soutient un fonctionnaire du Quai-d'Orsay. Ces thèmes ont été abordés avec Raúl Reyes, c'est vrai. Mais dans le cadre d'une cessation des hostilités. Uribe nous fait un procès injuste, d'autant que ces rencontres ont toujours été faites avec son accord.» Pas toutes, répond-on à Bogotá…

Double jeu

Qui croire ? Paris a-t-il négocié dans le dos d'Uribe la libération d'Ingrid Betancourt contre une reconnaissance internationale des Farc en tant que mouvement politique et non pas terroriste ? C'est ce qu'on prétend dans l'entourage du président Uribe. Officiellement, l'amitié entre «Alvaro et Nicolas» n'en est pas pour autant altérée. Mais en coulisses… «Nous avons de nombreuses informations récupérées début mars dans l'ordinateur de Raúl Reyes qui pourraient nous brouiller un temps avec la France, prévient un haut responsable du ministère colombien de la Défense. Mais nous préférons les laisser dans les oubliettes de l'Histoire.» Coup de bluff ? Menace à peine voilée ? Pour ceux qui n'auraient pas compris le message, quelques documents ont tout de même filtré dans la presse. En particulier, ce courriel d'un des leaders des Farc adressé au secrétariat de l'organisation terroriste et daté du 23 décembre 2007 : «Sarkozy demande à Chávez qu'il transmette au camarade Manuel [Marulanda, ndlr] s'il peut voir son émissaire Noe [en fait Noël Saez, ndlr]. Nous nous sommes informés sur ce dernier : il est un agent de renseignement français… Chávez a parlé d'Ingrid, mais nous lui avons dit que si nous faisions cela [la libérer, ndlr], nous nous retrouverions sans cartes entre les mains.» Une preuve pour Alvaro Uribe que jamais les Farc n'auraient libéré Ingrid Betancourt, que sa posture était la seule valable et que ses «amis», dont Nicolas Sarkozy, se sont beaucoup trompés.

(1)«Así Gobierna Uribe», Editions Planeta.

 

  

Serge Raffy
Le Nouvel Observateur 

Un article quotidien ne suffirait pas à traduire le renoncement des médias français dans une approche indépendante de l’actualité. Face au scandale du présumé SMS de Nicolas Sarkozy à son ex-épouse, Cécilia, la presse s’est émasculée devant la nouvelle, Carla. Le président en aura été ravi, à tous égards. C’est la raison de mon propos. 

 

Quand la Première dame de France – qui ne sera Française que dans 5 ans si la loi est respectée sur les mariages mixtes – met à profit sa première déclaration publique dans l’Express pour comparer le Nouvel Observateur aux journaux de la Collaboration sous Pétain, c’est déjà un précédent. L’hebdomadaire avait relaté le contenu du présumé texto en question : « si tu reviens, j’annule tout ». Mais que le lendemain l’héritière de Pirelli s’en aille à Canossa pour regretter ses propos, reconnaître ses torts et s’excuser, c’est une bombe. 

 

Le journal de Jean-Pierre Pernaut sur TF1 n’en a soufflé mot. On comprend ses patrons. Avec la fin de la publicité annoncée par Sarkozy pour les chaînes publiques, les canaux privés vont ramasser tout le pactole des annonceurs. Parmi les heureux bénéficiaires de l’opération figure, outre Martin Bouygues pour TF1, le milliardaire Vincent Bolloré. Patron d’un groupe de presse (la chaîne Direct 8, le quotidien Direct Matin), il a déjà fourni yacht et avion au président français pour ses récréations. 

 

Ce que je n’attendais pas, c’est un autre mea culpa après celui de Carla. Jean Daniel, patron du Nouvel Observateur, vient de battre sa coulpe à son tour. Dans un éditorial ampoulé, mal relu par les correcteurs de grammaire, il finit une longue tartine de logorrhée sur le « snobisme » avoué de son média pour planter son couteau non pas au cœur de la plaie, mais dans le dos de son rédacteur en chef, auteur de l’article sur le SMS. « Si j’avais eu l’information dont Airy Routier a disposé, je me serais empressé de m’en détourner », finit-il par avouer pour disqualifier son collaborateur. 

 

Si j’avais eu cette information, j’en aurais fait le titre de mon hebdomadaire. Cette affaire concerne l’ex et la nouvelle Première dame de France, mais surtout l’attitude d’un président disposé à changer d’avis comme de chemise. 

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