MARIO VARGAS LLOSA

Par Ricardo Uztarroz, ancien directeur de l’AFP à Lima*

Coup dur pour Mario Vargas Llosa, le second tour de la présidentielle péruvienne qui se tiendra le 5 juin opposera « le sida à un cancer en phase terminale. »
Quelques semaines avant le premier tour, avec cette morgue bien peu démocratique
envers tous ceux qui le contrarient, le prix Nobel de littérature avait osé, dans une
déclaration à une télé locale de Lima (Canal 4 – appartenant aux journaux El Comercio,
conservateur opportuniste, et La Republica, gauche affairiste) que l’on peut visionner
sur YouTube, comparer à ces deux terribles maux, l’éventualité, qui s’annonçait de
plus en plus probable, d’un duel entre Ollanta Humala, le candidat et leader du Parti
nationaliste (chaviste) à Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori,
purgeant une peine de 25 ans pour « homicide qualifié et enlèvement aggravé », et non
pour crime contre l’Humanité comme cela est dit et redit non sans malveillance dans une
certaine presse nationale et internationale.
Avec cette clairvoyance politique qui le caractérise, il avait ajouté, très
docte : « Cela n’arrivera pas ! Cela n’arrivera pas, avait-il le besoin de répéter en prenant le ton du devin infaillible. Je me nie à croire que mes compatriotes vont nous mettre dans une situation aussi absurde. » C’était bien mal connaître ses compatriotes, et aussi son pays où il ne réside qu’épisodiquement (ceci expliquant sans doute cela).

Les électeurs péruviens ont en effet décidé à 55% (les 31,5% des voix qui se sont portées sur Humala et les 23,5% de Keiko, cette dernière distançant de 5% le troisième, Pedro Pablo Kuczynski, ancien premier ministre d’Alejandro Toledo et cousin de Jean-Luc Godard) que la présidence de la République se jouera entre « sida et cancer. »

Cette comparaison odieuse, pétrie de dédain, est très révélatrice de la mentalité de l’écrivain. Elle révèle qu’il n’a aucune compassion envers ceux qui en sont atteints. Pour lui, ils ne sont que parias et rebus de la société, en somme les nouveaux lépreux. Dans un portrait dressé par un de ses anciens compagnons de route quand il fut candidat malheureux en 1990 à la présidence, battu par un inconnu, Alberto Fujimori
(qui plus est d’origine japonaise, le comble de l’humiliation), Luis Delgado Aparicio,
aujourd’hui fidèle parmi les fidèles du fujimorisme, a dit de Vargas Llosa qu’il « ne
dialogue pas, il pérore ; il parle et n’écoute pas, mais, surtout, il n’aime pas qu’on le
contredise. Sa suffisance l’empêche d’être tolérant, d’avoir de la compassion(…). Vous
êtes peut-être un grand écrivain, l’apostrophe-t-il en conclusion, mais vous êtes une
mauvaise personne. »

Pas permis hier, envisageable aujourd’hui
Malheureusement, le « grand » écrivain, dont le talent s’apparente à celui d’un Marcel Pagnol, gentil conteur d’historiettes sans conséquences, mais qui est à des lieux de celui d’un Albert Camus, d’un André Malraux, ou (tiens pour le faire enrager) d’un Gabriel Garcia Marquez, n’a pas spécifié qui dans cette « tragédie» tenait le rôle du sida et du cancer. Dommage, on ne saura jamais qui du sida ou le cancer le répugne le plus. Car à peine le résultat du premier tour était acquis, il a déclaré péremptoire qu’il ne
voterait jamais pour Keiko ; en revanche, n’hésitant pas à se renier une fois de plus, en
échange de quelques vagues engagements, il a laissé clairement entendre qu’il serait
disposé à donner son suffrage au chaviste Humala.

Rappelons que Vargas Llosa a été pro-cubain quand c’était à la mode, qu’il a soutenu depuis la terrasse des cafés parisiens de la place de la Bourse la guérilla au Pérou dans les années 60 quand celle-ci était davantage folklorique que réelle, avant de se convertir au libéralisme pour postuler à la tête de l’Etat péruvien, puis de mettre ces dernières années un mouchoir sur son pro-américanisme en s’opposant à la guerre en Irak pour se faire bien voir du jury Nobel.

Ainsi, lui, chantre du libéralisme effréné, il s’accommoderait maintenant
d’un régime qu’il honnissait il y a encore peu, car le programme de Humala est tout sauf
libéral, propose un retour de l’étatisme en économie, a comme référence idéologique
le chavisme, tout ça à cause d’une rancœur qu’il n’arrive pas à dominer depuis plus de
vingt ans, tout ça pour ne pas voter pour Keiko Fujimori parce qu’elle est la fille de son
père. Dans cette manifestation de rancœur, on devine que Vargas Llosa estimait, et
estime toujours, que la présidence du Pérou lui revenait sans doute de droit divin, que le
Chino, comme on a surnommé Fujimori en raison de son origine asiatique, n’a été à ses
yeux qu’un usurpateur.

Or, il est évident que Keiko, et non pas Humala, est la garante du maintien de la démocratie – qui se fonde soi-dit en passant sur la constitution que fit adopter son père en 1993 – et de la pérennité du système économique fondé sur la libre entreprise et le marché – dont les fondements furent rétablis aussi par son père. Dire que Keiko est une candidate anti-système est absurde. Le Pérou d’aujourd’hui est l’œuvre de son père.

L’éventuel incongru soutien de Vargas Llosa à Humala devient encore plus
incongru quand on se souvient que le 28 mai 2009, il avait débarqué à grand renfort de
tambours et trompettes à Caracas mettre à l’index du monde le régime d’Hugo Chavez.
A son arrivée, il avait été interpellé et retenu pendant 90 minutes, la seule détention que lui a value son engagement politique dans sa vie. Cette péripétie lui permit de prendre la posture du tribun héroïque. Une fois libéré, il se lança dans une diatribe contre le régime chaviste qui n’admettait aucune nuance. Celui-ci, déclara-t-il en substance, ressemble de plus en plus à une dictature communiste et est en route pour devenir un second Cuba. « Cela nous le permettrons pas », s’exclama-t-il. Chavez en frémit encore. Ce qu’il n’allait jamais permettre hier au Venezuela est donc aujourd’hui envisageable au Pérou pourvu que la fille de Fujimori ne soit pas élue.

Vargas Llosa ne sera jamais Mandela qui, après 27 ans de prison, sut
tendre sa main à ses geôliers ouvrant la voie à une authentique réconciliation qui a
donné naissance à l’Afrique du sud actuelle, modèle de cohabitation raciale (J’ai pu le
vérifier, je reviens d’un séjour de trois semaines dans ce pays). Visiblement, Vargas
Llosa aurait voulu être le Sartre du libéralisme, sa conscience morale. Il ne le sera pas
car jamais on pourra dire de lui ce que de Gaulle a dit de Sartre : « On ne met pas en
prison Voltaire. » Cette élection montre qu’il est moins un Voltaire, comme il s’échine à le
parodier, qu’un Danton. Chez lui la haine mesquine étouffe la simple raison.

Représailles terrifiantes.

Si, par malheur pour lui Keiko était élue, hypothèse qui se présente, trois
fois hélas pour lui, sous des auspices favorables, il a menacé le Pérou de terribles
représailles : il quittera le pays et n’y reviendra plus pendant les cinq prochaines années
que durera son mandat. On le devine : les électeurs en sont ébranlés… Il n’est pas
sûr qu’un soutien aussi précipité et quasiment acquis d’avance soit très productif pour
Humala. La personnalité arrogante de Vargas Llosa suscite plus d’aversion que de
sympathie parmi ses compatriotes.

Vargas Llosa se justifie en disant que le régime de Fujimori a été « la
plus cruelle et corrompue dictature » qu’ait connue le Pérou. A force de vivre dans la
fiction, il a perdu le sens de la réalité, mais, pire pour un romancier, il ignore le sens des
mots. Le régime de Fujimori n’a jamais été une dictature. Il n’a fait que faire respecter
l’autorité de l’Etat sans laquelle aucun pays ne peut survivre. Mais pour la catégorie
sociale péruvienne à laquelle appartient Vargas Llosa, l’autorité de l’Etat, l’égalité devant
la loi, équivalent à une odieuse dictature. Quant à la corruption, on attend toujours les
preuves irréfutables (et non de vagues allégations) de l’existence d’un système mafieux
organisé par El Chino et pour son profit. Oui, on attend les preuves… comme on attend
les preuves de la responsabilité de ce dernier dans les deux massacres qui lui on valu sa
condamnation à 25 ans.

Le résultat du premier tour est aussi un coup très dur pour El Comercio
et la Republica qui ont soutenu leur homme-lige, Alejandro Toledo, en recourant à des
procédés peu compatibles avec l’éthique. Durant son premier mandat (2001-2006), celui-ci leur avait été totalement dévoué. Dans un premier temps, les sondages donnaient Keiko face à Casteneda, l’ancien maire de Lima au second tour et celui-ci était donné gagnant à coup sûr. Alors les deux journaux qui s’étaient entendus pour promouvoir la candidature de Toledo se sont lancés dans une entreprise de démolition de l’ex-maire pour imposer leur servile champion, convaincus qu’il l’emporterait lui aussi face à la fille de Fujimori. Longtemps, il a semblé que leur stratégie fonctionnait. Toledo caracolait en tête des sondages.

Mais voilà, Toledo est un politicien fantasque, inconséquent, limité intellectuellement, disant exactement le contraire de ce qu’il avait dit la veille juste pour flatter son auditoire du moment. A un mois du premier tour, il s’est effondré pour terminer quatrième avec 15%. Ses électeurs potentiels se sont reportés sur Humala, au
grand dam bien entendu du Comercio qui ne sait plus très bien quel parti prendre. La
Républica s’est rallié à Humala.

L’issue du second tour s’annonce incertaine, avec, comme disent les
turfistes, avantage à Keiko. Elle s’est rallié les soutiens tacites de Kuczynski et de
Castaneda. Le parti de Toledo est divisé mais penche plutôt vers Humala (une alliance
contre nature nourrie seulement par un anti-fujmorisme viscéral). Selon les résultats
définitifs publiés dimanche, le bloc Kieko-Kuczynski-Castaneda, totalise 51,8 des
suffrages, celui Humala-Toledo 47,3%. Mais la politique ne se résume jamais à de
simples additions de voix.
A suivre

*Dernier livre paru : Tour du monde épicurien des vins insolites (Artthaud)

12 avril 2011

Ses bajoues plissées sous le poids de la rancoeur depuis son balayage à la présidentielle de 1990 par Alberto Fujimori, Vargas Llosa vient ainsi de cracher sa bile anti-démocrate face au scrutin de dimanche au Pérou.

Le second tour opposera certainement le 5 juin – il reste encore 15% des bulletins à dépouiller- Ollanta Humala (gauche chaviste) à Keiko Fujimori, fille de l’ex-président injustement emprisonné (droite).

Pour lui, ces deux candidats représentent « le cancer et le sida ». Ollanta est « un Chavez au langage brésilianisé », et Keiko la représentante de « l’extrême droite » qui « va libérer, une fois élue, les assassins et tortionnaires dont son père ».

L’écrivain de poche, confiné dans l’énanisme malgré un Nobel de littérature, et un habitué de la délation avec son roman « La fiesta del Chivo », continue son oeuvre de bas étage, inconscient de sa petitesse dans ce mépris affiché des urnes.

Dans le livre cité, sur l’histoire de l’assassinat du dictateur dominicain Trujillo en 1961, Vargas Llosa met en cause des gens sur leur trahison jamais prouvée, depuis son petit bureau de Madrid.

Il a obtenu en effet la nationalité espagnole, mais a voté au Pérou dimanche… pour Toledo (15%), un ex-président imbibé de scotch depuis les 11 heures du matin.

Honte à cet ancien relecteur de dépêches au desk espagnol de l’AFP à Paris !

 

07 octobre 2010 

 

Comme l’Olympe de l’écriture reste vide de génies, les jurés du Prix Nobel de littérature ont sorti de leurs caves moisies le nom de Mario Vargas Llosa comme lauréat 2010, un piètre escrivaillon.

Qui d'entre vous peut-il de mémoire citer une seule oeuvre magistrale de ce prosateur devenu éditorialiste de droite dans le quotidien espagnol El Pais avec un retard permanent sur l'événement, sieste oblige, pour ne pas entraver les jugements à gauche du journal. 

 

La lourdeur de son style ampoulé, pire que celui de Garcia Marquez dont je ne puis finir un seul livre (pardon à ses admirateurs colombiens !), se double de misérables affabulations historiques, notamment quand il relate  l’assassinat du dictateur dominicain Leonidas Trujillo et l’enquête ad hoc, sur un dossier que je connais bien, au détriment de victimes incapables de se défendre puisqu’elles sont mortes (La Fiesta del Chivo – La Fête du bouc). 

 

Ecrasé à la présidentielle de 1990 au Pérou, son pays, par le héros Alberto Fujimori aujourd’hui détenu sans raison après avoir éradiqué le terrorisme du Sentier Lumineux, Vargas Llosa a pris la nationalité espagnole en 1993 pour se refaire une virginité. 

 

Sa patience dans l’ombre de la vraie littérature lui aura permis, dans le no man’s land actuel, sans aucun titre de gloire à son actif, de toucher le jack pot à Stockholm. Tant mieux pour lui ! 

 

Imbu de lui-même, ce dactylographe a oublié ses débuts dans les années 60 au sein de mon entreprise, l’AFP. Quand je lui ai demandé son témoignage en 2008 pour le livre « AFP-Les survivants de l’information » (Hugo Doc), il a été LE SEUL des cent anciens ou actuels agenciers à ne pas répondre. 

 

Comme il a été scribouillard pendant 18 mois à notre desk espagnol pour y relire la copie des collègues sur le terrain, sans jamais avoir fait un seul reportage, je comprends qu’il n’ait rien eu à dire…

En hora buena Mario ! Sans rancune…

05 janvier 2002

Par Ricardo UZTARROZ 

Journaliste-écrivain, ancien directeur de l’AFP à Lima 

 

 

 

Les cinq juges qui composent la cour suprême péruvienne ont attendu samedi soir, 31 décembre, que les douze coups de minuit sonnent pour rendre public leur verdict confirmant la condamnation à 25 ans de prison, pour deux massacres commis par un escadron de la mort en 1991 et 1992, de l’ancien président Alberto Fujimori, dit El Chino, en raison de son origine japonaise. Il était donc 00h01 dimanche 3 janvier quand ils ont mis en ligne sur le site web de la cour les 266 pages de leur sentence ???!!!!. 

 Ce détail en dit long sur la nature de leur verdict : c’est un verdict veule. Ils ont attendu en effet que le pays dorme, ils ont attendu que le long week end de fin d’année ne soit pas entièrement terminé pour se prononcer. Même le très viscéral anti-Fujimoriste El Comercio, le doyen des quotidiens qui partage avec l’ex-Pravda soviétique la même conception de l’information, s’est étonné de « cette heure et ce jour peu habituel » pour rendre un jugement. Cela laisse perplexe si on ne sait pas que le Pérou est certainement le pays qui a la justice la plus « surréaliste » du monde… et, disons, parmi les plus influençables 

Ce qu’omet de souligner la presse dans son ensemble, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’un verdict veule mais aussi d’une condamnation politique. Le président de la cour est connu pour ses liens avec Patria roja (Patrie rouge – un groupuscule communiste vestige de l’ancien PC d’obédience soviétique, farouchement anti-fujimoriste), que deux de ses assesseurs sont aussi connus pour leur lien avec l’APRA, le parti de l’actuel président Alan Garcia, et que les deux autres assesseurs sont aussi notoirement connus pour leurs liens avec «  la gauche caviar » locale. 

 Quand on sait ce détail, qui peut alors prétendre qu’ils ont jugé en leur âme et conscience, en toute impartialité ? Il faut savoir que la magistrature au Pérou est très politisée et les carrières sont redevables d’affinités et renvois d’ascenseurs. 

 

PETAIN JUGEANT DE GAULLE 

 

 Si on veut une image un peu forte, c’est un peu comme si De Gaulle, après sa démission en 1969, avait été jugé par un tribunal pétainiste pour des crimes qu’auraient commis des Résistants contre l’occupant nazi. Car, il faut le dire haut et fort ; que ça plaise pas à gauche ou à droite, que ça énerve les prétendues ONG de défenseurs auto-proclamés des droits de l’Homme, cache-sexe de politiciens ou diplomates ratés, le Sentier lumineux, organisation maoïste polpotiste, était, est et restera un nazisme rouge et celui qui a sauvé le Pérou de cette barbarie n’est autre que Fujimori. 

 Ainsi, le sauveur du pays se retrouve en prison à vie au même titre que l’halluciné assassin en masse Abimael Guzman, dit Présidente Gonzalo, fondateur et chef suprême d’une des plus sanguinaires organisations terroristes subversives, digne des SS allemands. Pour la justice péruvienne, pour la classe politique, une des plus incompétentes et futiles qui soit, pour les bobos gogos de  la gauche caviar, irresponsables fils à papa, le sauveur et le tueur (Fujimori et Guzman), c’est du pareil au même… La déraison est sans limites une fois qu’on franchit celles-ci, comme aurait pu le dire un épigone du Sapeur Camembert. 

 Il faudra bien un jour que tous ceux-ci s’expliquent sur ce qu’ils faisaient au plus fort de la lutte contre la terreur qui s’annonçait. Ils faisaient les autruches ; la tête dans le sable, ils attendaient que d’autres se chargent de la sale besogne. Et après, on vient distribuer les bons points, jouer les consciences comme un certain Vargas Llosa, écrivain au talent aussi léger que la marche d’un cheval de trait, ou un certain Salomon Lerner, un universitaire qui, si pris par ses recherches dont personne ne connaît les résultats, a reconnu qu’à l’époque il ne s’était pas rendu compte de la gravité de la situation… Cela ne l’a pas empêché de présider une prétendue Commission de la vérité et de la réconciliation (CVR) dont les conclusions relèvent de la «fantaisie spatiale ». On comprend pourquoi…   Tout commentaire à propos de ces deux personnages est superflu. Il se suffit de se reporter à une certaine pièce de Molière…   

 

UNE CONDAMNATION A MORT A FEU LENT 

 

Le pire dans la confirmation de ce jugement inique, c’est que la cour suprême a maintenu la condamnation pour « enlèvement aggravé » ce qui interdit un jour à Fujimori de pouvoir bénéficier d’une amnistie, car, comme le veut une législation internationale, ce délit classé crime contre l’humanité ne peut en aucun cas valoir la moindre indulgence de la part des autorités politiques (à moins de braver cette législation qui n’engage au demeurant que ceux qui veulent bien s’y soumettre). Ainsi, El Chino, comme avec un vicieux plaisir le soulignait El Comercio, restera en prison jusqu’en 2032. Il a 71 ans… Faîtes le compte. Cette condamnation à 25 ans équivaut en réalité à une condamnation à mort à feu lent. Voilà, ce jugement n’est pas seulement inique, il est ignoble. On condamne à mort sans oser l’assumer… 

Qu’est-ce donc cet « enlèvement aggravé » dont s’est rendu coupable Fujimori ? Tout simplement, le 5 avril 1992 lors du dit auto-coup d’Etat (en fait il s’est agi d’un anti-coup d’Etat, une machination était en cours pour  renverser Fujimori), un détachement militaire interpelle un journaliste, Gustavo Gorriti, correspondant d’El Pais d’Espagne, à son domicile, le garde à vue pendant à peine 48 heures, sans le maltraiter, et, le lendemain de sa libération, celui-ci, comme si de rien n’était, assiste à une conférence de presse du Président Fujimori dans les murs mêmes du propre palais présidentiel. 

 « L’enlevé aggravé » pose, sur un ton insolent comme à l’accoutumée, une question à son « ravisseur » qui lui répond. « L’enlevé aggravé » est ressorti libre du palais et a pu faire son papier dans lequel il dénonçait le coup d’Etat et les atteintes aux libertés fondamentales parmi lesquelles son interpellation, bien entendu. Depuis, il n’a plus jamais été inquiété bien qu’il n’ait jamais cessé de plastronner, de jouer les héros. Si cette interpellation est un « enlèvement aggravé », toutes les interpellations de casseurs en fin de manif méritent cette qualification… Bref les crimes contre l’humanité se ramassent désormais, après ce jugement, à la pelle en France et ailleurs dans le monde… Ce détail est encore la preuve de l’inconsistance de ce jugement. 

 

GEOMETRIE VARIABLE 

 

 En première instance, sans la moindre preuve, Fujimori avait été condamné pour les deux massacres en question (J’ai suivi le procès de bout en bout qui a duré plus de  16 mois). Alors, on inventa une vague théorie, celle de la « responsabilité indirecte ». Faute de preuves, on se contente d’allégations, de on-dit, et de suppositions. Parce qu’il était chef d’Etat, il était automatiquement coupable de tous les abus perpétrés au plus bas de la hiérarchie étatique. Pour résumer, tout chef d’Etat est coupable de toutes les bavures que peut commettre la police d’un pays… Sur ce principe, on peut condamner n’importe qui sur la base d’une simple dénonciation…. 

Cet escadron s’était formé au sein d’un service de renseignement au plus fort de la lutte contre le Sentier lumineux. A l’époque, celui-ci semblait sur le point de pouvoir l’emporter. Excédés par une stratégie anti-subversive qui semblait conduire à l’échec, ces agents décidèrent de former un escadron pour régler le problème à leur manière… Sans l’aval, et encore moins sans que le président Fujimori en ait eu connaissance, contrairement à ce qu’affirment sans l’ombre d’un début de preuve les attendus de la condamnation. La manière dont a été vaincu le Sentier lumineux constitue un modèle qui est aujourd’hui étudié dans toutes les écoles de guerres des pays démocratiques car elle a été foncièrement respectueuse justement des droits de l’Homme (un jour nous reviendrons sur ce sujet par le détail). 

Logiquement, les défenseurs de l’Etat de droit, comme la LIDH ou American human wright watch, devraient s’élever contre cette condamnation inique et donc absurde. Elles ne le feront pas, comme elles n’ont toujours pas condamné sans équivoque le Sentier en disant qu’il est le seul et unique responsable de la barbarie qu’a connue le Pérou pendant douze ans et à laquelle a mis fin Fujimori en respectant, autant faire se peut dans pareilles circonstances, les droits fondamentaux. Si quelqu’un ne les a pas respectés c’est le Sentier. Elles ne le feront pas parce qu’elles ont une conception de ces droits à géométrie variable. 

Enfin, si Mario Vargas Llosa était la conscience qu’il prétend être, il s’élèverait contre cette « condamnation à mort ». Mais Vargas Llosa n’est pas et ne sera pas Mandela. Il est trop mesquin, trop opportuniste, pour avoir ce geste magnanime. Il est vrai qu’à l’époque, il avait fui à Londres poursuivre son oeuvre et obtenir, par complaisance de Felipe Gonzalez, président du gouvernement socialiste d’alors, la nationalité espagnole, qui lui avait recours au GAL pour éliminer l’ETA ce qui apparemment n’a jamais gêné Vargas Llosa. Une fois que le danger était écarté, il est revenu dire ce qu’il aurait convenu de faire… Il mérite le diplôme honoris causa d’inspecteur des travaux finis.     

Ma panne de 6 jours a empêché la publication dès lundi de cette version. La voici: 

« La vie ne va pas sans grands oublis. » 

                                 Honoré de Balzac – La cousine Bette                   

LIMA – Malgré ses dénégations répétées, trop répétées pour être réellement sincères, la gloire des lettres péruviennes, Mario Vargas Llosa, n’a jamais digéré l’humiliante, l’écrasante défaite électorale à la présidentielle de 1990 que lui avait infligée Alberto Fujimori, sombre inconnu encore quelques mois avant, et, qui plus est, d’origine japonaise. 

 Les Japonais au Pérou ont longtemps constitué une sorte de caste « d’intouchables », de gueux tenus en marge de la société, qui furent massivement déportés aux Etats-Unis lors de la seconde guerre mondiale, suspectés de former une 5° colonne favorable aux forces de l’Axe. Aujourd’hui encore, dans la bonne société de Lima, qui se prend pour une aristocratie alors qu’elle est descendante de soudards, les Conquistadores, subsiste un racisme diffus à leur endroit. 

Or, ce « petit Chinois de merdre », comme souvent appelaient Fujimori ses opposants quand ils étaient à bout d’arguments, avait recueilli au second tour 60% et lui, noble descendant de Castillan, lui le prestigieux écrivain, seulement 40% malgré une campagne dispendieuse, malgré l’appui actif de la communauté internationale. La disproportion de moyens entre les deux candidats a été sans doute un des facteurs de son échec. On ne pouvait brancher une radio sans être assailli d’appels à voter pour Vargas Llosa. Ce tintamarre médiatique avait fini par créer un puissant réflexe de rejet. 

Mais, surtout, ce que n’a vraisemblablement jamais digéré Vargas Llosa, c’est que lors du duel télévisé décisif entre les deux candidats, qui tourna au net avantage de Fujimori, celui-ci ne lui avait pas donné, comme il aurait été convenant à l’égard d’une personne ayant son prestige, du Don Mario ou du  Doctor Vargas Llosa. Non, El Chino, comme les classes défavorisées l’avaient affectueusement surnommé se reconnaissant en lui, ne cessa de lui dire : Monsieur Vargas par ci Monsieur Vargas par là. Ce manque de déférence a été la pire des offenses, un véritable crime de lèse-majesté, un véritable blasphème, quoi ! 

Depuis, chaque fois que l’occasion se présentait, Vargas Llosa n’a cessé de dénigrer son rival, de le calomnier, de le diffamer, n’hésitant pas à infliger à la vérité la plus simple, la plus immédiate, la plus évidente, de sérieuses entorses. Ayant l’oreille de l’intelligence mondiale salonarde, il a fortement contribué à la « mauvaise réputation » de Fujimori, résultat d’une malversation médiatique que quelques officines de propagande clintoniennes ont savamment orchestrée. Un jour aussi il faudra évoquer le rôle de quelques ambassadeurs de France à Lima qui ont été à la diplomatie ce que le choléra a été à la bonne santé. Il serait temps que la France revienne à ce bon et sage précepte gaulliste en matière de politique extérieure : on reconnaît les Etats pas les gouvernements qui sont passagers et relèvent des affaires internes d’un pays. 

 

CEUX-CI EN FREMISSENT 

 

Avec la condamnation de Fujimori, enfin, Vargas Llosa tient sa revanche, sa vengeance, objet de toutes ses obsessions, de tous ses ressentiments. Ouf ! L’affront  qu’il avait enduré tant d’années vient d’être lavé. Le petit Chinois va le payer dur en allant pourrir dans un cachot pendant 25 ans! 

 Impayable, inénarrable, ineffable, incroyable, incorrigible Vargas Llosa, il n’a pas eu la pudeur de dissimuler sa joie, ni  l’élégance de garder le silence. Non la rancoeur ayant été trop forte, il ne pouvait que la déverser dans sa chronique (*) que publient régulièrement El Pais de Madrid (journal social-démocrate prétendument de référence) et la Pravda péruvienne (à savoir El Comercio, organe conservateur), intitulée pompeusement, bien dans son style de pseudo gourou, d’aspirant à maître penseur, « Avis aux dictateurs. » 

Depuis que le tribunal spécial de Lima s’est prononcé, ceux-ci en frémissent. Le président soudanais Omar El-Béchir se terre désormais ! Dans les chancelleries africaines, c’est la panique !   Taxés par Vargas Llosa de « dictateurs », Chavez et Evo Morales sont aux aguets. Ce jugement les terrasse. Ce jugement, pas du tout aussi exemplaire sur le plan juridique que  le prétendent ceux qui s’en réjouissent, est néanmoins, selon lui : « Un exemple pour l’Amérique latine, oui. Et pour le monde entier. » Il est tellement exemplaire pour les consciences universelles du Bien que Barak Obama a déjà engagé une procédure contre Bush après les révélations sur la torture pratiquée par la CIA ! 

Mais surtout, cette tribune est un exemple de falsification historique. Encore une fois, Vargas Llosa qualifie de dictateur Fujimori, visiblement ignorant le sens de ce mot. Qu’est-ce une dictature M. Vargas ? Une dictature, c’est un régime qui concentre tous les pouvoirs dans les mains d’un seul homme ou d’un groupe d’hommes comme par exemple une junte militaire. Sous une dictature, l’opposition est traquée, en exil, en prison, ou sous terre. Sous une dictature, il n’existe pas de liberté d’expression. Sous une dictature, il n’y a pas d’élections libres. Sous une dictature, le droit de réunion et de manifester est suspendu. 

Est-ce que cela a été le cas sous Fujimori ? Non ! Si vous prétendez le contraire, dîtes quand la Republica ou El Comercio (la Pravda péruvienne du pire conservatisme) ont été censurés ou interdits de parution ? Quel journaliste a été emprisonné ? Où étaient les opposants Javier Diez Canseco, Lourdes Flores, Bedoya Reyes, Meche Cabanillas, etc…? Le seul qui a été en exil a été Alan Garcia. L’opposition n’était-elle représentée au congrès ? A-t-elle été une seule fois muselée ? Combien de partis ont été interdits ? Combien de manifestations ont été dissoutes dans le sang ? Fujimori n’a jamais concentré en sa personne tous les pouvoirs ; il ne s’efforçait que de faire respecter l’autorité qui incombe à n’importe quel Etat démocratique. Est-ce cette autorité « naturelle » de l’Etat qui vous paraît être d’essence dictatoriale ? 

Vous invoquez l’auto-golpe du 5 avril 1992 pour justifier votre accusation. Combien de temps après se sont tenues des élections pour désigner une constituante ? La constitution qu’elle élabora n’a-t-elle pas été approuvée par referendum par 52,24% en 1993 ? Des élections municipales remportées à Lima par l’opposition ne sont-elles pas tenues en 1992 et 1998 ? Poursuivre cette série de questions serait fastidieux. Mais répondez simplement et sincèrement à celles-ci et après nous faisons, entre honnêtes hommes, le point pour voir si le qualificatif de dictature s’applique au régime de votre ancien rival qui vous détestez tant. 

Pour moi, la réponse ne fait aucun doute car j’ai appris à connaître peu à peu le sens des mots au terme d’une carrière de 40 ans dans le journalisme. C’est dommage que ce ne soit pas le cas de la part d’un écrivain aussi prestigieux que vous. Cantonnez-vous à la fiction, dont vous ne cessez de faire l’éloge à tout propos, votre territoire d’excellence. La fiction autorise qu’on prenne des libertés avec le vocabulaire, pas l’information. 

 

UN COUP D’ETAT ? NON, UN CONTRE COUP 

 

Je ne discute pas votre talent de plume. C’est une affaire de subjectivité. Mais je dois avouer que je n’ai jamais pu terminer un de vos livres. Le style y est lourd et l’imagination étriquée. On sent l’élève appliqué qui cherche à imiter quelques grands maîtres français comme Flaubert ou Hugo. Mais que vaut mon opinion face à tous les prestigieux prix et doctorats honoris causa que vous collectionnez avec avidité ?    

  Encore une fois, dans cette tribune rageuse, Vargas Llosa omet de préciser que le Pérou démocratique actuel, que sa constitution en vigueur, trouvent leur origine dans ce fameux auto-golpe du 5 avril 1992. En fait ce soi-disant coup d’Etat n’a pas été un coup d’Etat mais un contre coup d’Etat. Dans les deux chambres, les parlementaires intriguaient dur pour engager une procédure de destitution de Fujimori, se moquant du suffrage universel qui l’avait désigné. Dans toute démocratie, la légitimité d’un chef d’Etat, élu de toute la nation, est supérieure à celle d’un parlementaire élu d’une circonscription ou par sa place sur liste dans le cas d’une élection à la proportionnelle (ce qui est le cas au Pérou). 

Les deux chambres se livraient à une obstruction systématique, bloquant toutes les initiatives économiques ou, pire, de lutte contre le terrorisme du Sentier lumineux, un nazisme rouge, qui émanaient de l’exécutif. Le pays était dans une impasse institutionnelle. L’ordre constitutionnel avait été de fait rompu par le parlement qui s’apprêtait à déposer le président. C’était une affaire d’heures voire de jours. La seule issue pour rétablir un ordre constitutionnel, face à ce parlement de facto putschiste, ne pouvait qu’être la dissolution de celui-ci, comme cela se pratique dans toute démocratie. Or la constitution de 1979, ultra-parlementariste, la rendait impossible. 

 Dès lors, le recours temporaire à  une solution de force s’imposait. Le dit auto-golpe sera approuvé par 80% des Péruviens, las de l’irresponsabilité et de l’infantilisme des deux chambres. Six mois après, la liste soutenant Fujimori qui avait recueilli 51% des suffrages, remportait la majorité des sièges à la Constituante donnant une légitimité électorale au gouvernement de reconstruction nationale que conduisait El Chino avec l’aval tacite, convient-il de le rappeler, de la communauté internationale. 

Franchement en matière de dictature, on fait mieux. N’est-ce pas M. Vargas ? 

Enfin, acceptons d’un point de vue purement théorique, que Fujimori soit « l’auteur indirect » des deux tueries pour lesquelles il a été condamné à 25 ans, autrement dit à perpétuité vu son âge (70 ans). Vous ne lui accordez aucune circonstance atténuante, comme si l’Etat péruvien n’avait pas été contraint à livrer à ce moment-là un combat à la vie ou à la  mort contre les nazis rouges du Sentier lumineux. 

 C’est mesquin, c’est petit, c’est tristement revanchard. 

 Qu’auriez-vous fait à sa place ? Au fait où étiez-vous à ce moment-là ? Sauf erreur, en Espagne. Et en quelle année celle-ci vous a accordé sa nationalité ? N’est-ce pas en 1993 ! Tout est dit, ou pratiquement. 

  

* – El Comercio, dimanche 19 avril 

fayardcouveet4e081020081.pdf

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Jacques Thomet

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