04 février 2011
(Copyright Jacques Thomet)
En cet an deux mille onze, deux siècles après l’Empire,
Le panier de la plèbe se perce de part en part.
Au lieu des assignats, la politique du pire
Du Tiers-Etat se moque dans un éclat de rire.
Les nouveaux héritiers, de la planche à billets
Usent à discrétion pour renflouer les banques,
Sans se préoccuper des travailleurs inquiets
De ne pouvoir fournir, sur leur table, ce qui manque.
Jamais ne fut propice, autant qu’en ces heures blêmes,
L’éclosion des colères dans une révolution.
Les millions des patrons, véritable blasphème
En face du Smic, n’affrontent que résignation.
Qu’attendent les va-nu-pieds pour finir par chausser
Leurs bottes de sept lieues et foncer sur Paris ?
Qu’ont-ils à perdre sinon la croûte ? A l’Elysée
On ne leur sert sur plat d’argent que de la mie.
Comment peuvent-ils admettre que le chef de Vinci[1],
Non content d’empocher ses treize millions d’euros,
Puisse vouloir, au lieu de se faire harakiri,
Réclamer sept fois plus, sans l’ombre d’un culot ?
Un jour viendra, si Dieu le veut, où ces sangsues,
A la Concorde, seront contraintes de rendre gorge.
La guillotine moisit, la place de Grève n’est plus,
Mais de leur rente le peuple fera un sucre d’orge.
A tous les lampadaires, qu’on pende en effigie,
Puisque le temps n’est plus aux règlements de compte,
Les symboles de l’excès, des traîtres à la patrie,
A épandre, vrai purin, sur un sol qui fait honte.
A revoir ces pantins, jour et nuit, à l’écran,
Je tourne le bouton, croyant être à Guignol.
Pardon, héros de Lyon ! Quand j’étais un enfant,
Ta prouesse faisait du révolté l’idole.
Mon pays bien aimé, sur ma paire de souliers,
J’ai toujours emporté ton dernier souvenir
Sous d’autres latitudes. Quelle douleur d’effacer
Ces traces de poussière, dernier souffle qu’on expire.
Ton image ressemblait à une petite cassette.
Je l’ouvrais aux barbares, ce fut toujours mon rite,
Ta rivière de diamants, à chacune de nos fêtes,
Pour montrer combien, France, tu n’étais pas un mythe.
Les eaux de la patrie, hélas sous tous les ponts,
Sont passées, trépassées, et ne reviendront plus.
L’heure est venue de recevoir tous les affronts.
Tes émaux et camées sont transformés en pus.
Demain je vais partir, habillé de crêpe noir,
Vers des ports inconnus filer mes derniers jours.
Je porte jusqu’à la fin le deuil de ta mémoire
Sans croire un seul instant à l’éternel retour
De tes valeurs sacrées que je crus immortelles.
Tous les marchands du temple ne se croient pas indignes
De les abandonner chaque jour, à la pelle,
La même qui t’enterre sous leurs tumeurs malignes.
(A suivre)
[1][1] Antoine Zacharias, l’ex-Pdg de Vinci, avait réclamé près de 100 millions d’euros d’indemnités après avoir été contraint de démissionner en 2006.